NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE 2024 NIGER Chapitre spécial PUBLIC DISCLOSURE AUTHORIZED Investir dans l'education pour une croissance inclusive © 2024 Banque internationale pour la reconstruction et le développement/ La Banque mondiale 1818 H Street NW Washington, DC 20433 Téléphone : 202-473-1000 Cet ouvrage a été établi par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs. Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les points de vue de la Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. Droits et autorisations La Banque mondiale ne garantit pas Le contenu du présent rapport fait l’exactitude des données citées dans cet l’objet de droits d’auteur. La Banque ouvrage. 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INVESTIR DANS L'EDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 39 2.1 Contexte sectoriel : Principaux défis dans le secteur de l'éducation 39 2.2 Programme de réforme du gouvernement et coûts 43 2.3 Scénarios de réforme et coûts associés 47 3 . ANNEXE 55 4 . RÉFÉRENCES 57 3 LISTE DES ENCADRÉS, FIGURES, TABLEAUX Encadré 1.1 Impact des sanctions sur le secteur privé formel 18 Encadré 1.2 Impacts de l'arrêt des importations d'électricité en provenance du 21 Nigeria Encadré 1.3 Marchés alimentaires et évolution de l'insécurité alimentaire 28 Encadré 1.4 Impacts potentiels du retrait de la CEDEAO 35 Encadré 2.1 Gains macroéconomiques liés à la réduction des écarts entre les 53 sexes en matière d'éducation au Niger Figure 1.1 Avant la crise, la croissance du PIB en 2023 était prévue à 6,9 %, 17 mais elle est maintenant attendue à 2,0 % Figure 1.2 Du côté de l'offre, l’agriculture, les services et l'industrie ont 19 contribué à la croissance Figure 1.3 La consommation privée et les stocks de la production pétrolière 19 ont contribué à la croissance du côté de la demande Figure 1.4 Après des baisses consécutives entre janvier et mai, l'inflation en 21 glissement annuel a augmenté de façon continue depuis août 2023, au-dessus de la moyenne de la région UEMOA. Figure 1.5 Les prix des denrées alimentaires et de l'énergie ont le plus 21 contribué à la hausse de l'inflation Figure 1.6 Les dépenses totales en 2023 ont été revues à la baisse de 9,7% 23 du PIB par rapport à la loi de finances initiale Figure 1.7 Le deficit budgetaire en 2023 etait de 5,4 % du PIB. 23 Figure 1.8 Évolution des indicateurs de pauvreté monétaire 2018/19 - 2021/22 25 par zone de résidence Figure 1.9 Profil et tendances de la pauvreté par région : 2018/19-2021/22 26 Figure 1.10 Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur (PDI) du pays a 27 fortement augmenté ces dernières années Figure 1.11 Cartographie des déplacements forcés au Niger 27 Figure 1.12 Dans le budget approuvé, les recettes devraient se redresser et 33 atteindre 16,8 % du PIB, grâce aux recettes fiscales liées aux biens et services et au commerce Figure 1.13 Les recettes pétrolières devraient atteindre 3,9 % du PIB en 2024, 33 la production pétrolière devant atteindre près de 107 000 barils/ jour. Figure 1.14 Le déficit budgétaire devrait se réduire en 2024 dans le budget 33 approuvé Figure 1.15 Selon l'analyse de la BM, le déficit budgétaire se réduira 33 probablement à 4,4% du PIB en 2024 Figure 1.16 Part des importations totales enregistrées en provenance du 38 reste du monde de l'UEMOA et de la CEDEAO non membre de l'UEMOA 4 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Figure 1.17 Total de l'électricité importée et exportée au sein de la CEDEAO 38 (réseau WAPP), 2022 Figure 1.18 Flux de transit : Transit maritime par port régional 38 Figure 1.19 Flux de personnes : Nombre de membres de la diaspora du Burkina 38 Faso, du Mali et du Niger par pays d'accueil Figure 2.1 L'indice du capital humain du Niger est inférieur à celui de ses 40 pairs structurels et aspirationnels Figure 2.2 Le taux de scolarisation primaire au Niger est inférieur à celui de 40 ses pairs structurels et aspirationnels Figure 2.3 Le nombre d'élèves de l'école primaire devrait augmenter, ce qui 41 accroît le besoin de salles de classe supplémentaires Figure 2.4 Le nombre d'élèves au niveau secondaire devrait également 41 augmenter Figure 2.5 Il faudra construire en moyenne 2 500 nouvelles salles de classe 41 par an entre 2024 et 2054 pour accueillir le nombre croissant d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire Figure 2.6 Aux niveaux secondaire inférieur et supérieur, une moyenne de 41 1037 nouvelles salles de classe sera nécessaire chaque année. Figure 2.7 Un total de 5000 classes est prévu au cours des 5 prochaines 44 années pour remplacer les CP Figure 2.8 Les régions ayant le plus grand nombre de CP recevront le plus 44 grand nombre de nouvelles salles de classe permanentes Figure 2.9 Le programme du gouvernement comprend le remplacement de 45 tous les CP, la formation et l'embauche d'enseignants plus qualifiés et l'intégration des contractuels dans la fonction publique Figure 2.10 Si toutes les CP sont remplacées au cours des 15 prochaines 46 années, le coût total est estimé à 4,3 % du PIB Figure 2.11 La majorité du financement des 24 000 salles de classe prévues 46 pour les 6 prochaines années provient de sources extérieures, qui sont désormais incertaines après la crise Figure 2.12 Si toutes les CP sont remplacées sur une période de 30 ans, on 47 estime que le coût total du programme gouvernemental passera d'environ 0,4 % du PIB en 2024 à 0,1 % du PIB en 2054 Figure 2.13 Toutefois, si toutes les CP sont remplacées sur une période de 15 47 ans, le coût du programme gouvernemental devrait passer de 0,4 % du PIB en 2024 à 0,6 % du PIB en 2030, pour redescendre à 0,04 % en 2054 Figure 2.14 Le nombre de nouvelles salles de classe nécessaires chaque 48 année pour accueillir les nouveaux étudiants devrait augmenter au cours des trois prochaines décennies Figure 2.15 Si les taux d'inscription restent constants, le coût de la construction 48 des nouvelles salles de classe nécessaires chaque année pour accueillir les nouveaux élèves du primaire et du secondaire devrait passer de 0,46 % du PIB en 2024 à 0,16 % en 2054 Figure 2.16 Bien que le taux net de scolarisation dans le primaire ait baissé 49 depuis 2017, il est encore beaucoup plus élevé qu'il y a vingt ans Figure 2.17 Si les taux d'inscription dans les écoles primaires et secondaires 49 restent constants, des millions d'enfants et d'adolescents d'âge scolaire ne seront pas scolarisés Figure 2.18 Pour atteindre la parité entre les sexes en matière de taux 49 de scolarisation d'ici 2028, il faudra 8 500 salles de classe supplémentaires au cours de la période 2024-2054 5 Figure 2.19 En conséquence, le coût annuel de la construction de nouvelles 49 salles de classe atteindra près de 0,6 % du PIB en 2025 et tombera à 0,2 % en 2054 Figure 2.20 Si les taux d'inscription dans le primaire et le secondaire 51 s'améliorent, il faudra encore plus de salles de classe pour accueillir les nouveaux élèves au fil du temps Figure 2.21 En conséquence, le coût de construction des salles de classe sera 51 également plus élevé Figure 2.22 Le coût de l'amélioration de l'accès à l'éducation au Niger devrait 51 passer de 1,3 % du PIB en 2024 à 1,6 % en 2029 et baisser à 0,5 % en 2054 Figure 2.23 Coût économique des enfants non scolarisés par estimation 52 microéconomique Figure 2.24 Coût économique des enfants non scolarisés par estimation 52 macroéconomique Figure 2.25 S'ils sont mis en œuvre, les coûts estimés de l'amélioration de 52 l'accès à une éducation de qualité augmenteront les dépenses publiques pour l'enseignement primaire et secondaire à près de 3 % du PIB Tableau E.1 Options politiques pour soutenir la reprise économique, restaurer 13 la viabilité macro-budgétaire et accroître l'accès à une éducation de qualité au Niger Tableau 1.1 Remboursements manqués par le gouvernement du Niger sur le 24 marché obligataire régional Tableau 3.1 Indicateurs économiques et fiscaux sélectionnés 55 6 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES AES Alliance des États du Sahel AVD Analyse de la viabilité de la dette BCEAO Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest CEDEAO Communauté Economique des États de l'Afrique de l'Ouest CP Classe Paillote (classes de paille) CUT Compte unique du Trésor DOLLAR US Dollar américain EE Entreprise d'État EN Ecoles normales FCFA Franc de la communauté financière en Afrique FMI Fonds monétaire international GFP Gestion des finances publiques HCR Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ICH Indice du capital humain IDE Investissement Direct Etranger KWH kilowattheure MEN Ministère de l'éducation MW Mégawatt NIGELEC Société Nigérienne d'Electricité ONU Organisation des Nations Unies PAM Programme alimentaire mondial PASEC Programme d'Analyse des Systèmes Educatifs PDI Personnes déplacées Internes PIB Produit intérieur brut PNCE Plan national de construction d'écoles PNP Prêt non Performant PPA Parité de pouvoir d'achat OMS Organisation mondiale de la santé PNCSN Plan National de Construction Scolaire du Gouvernement du Niger SORAZ Société de raffinage de Zinder TEC Tarif extérieur commun UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine UMOA Union monétaire ouest-africaine UNESCO Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture EEEOA Pool énergétique ouest-africain XOF Franc CFA d'Afrique de l'Ouest ZLE Zone de libre-échange 7 REMERCIEMENTS La note sur la situation économique du Niger est une série de rapports de la Banque mondiale produits une fois par an. Il évalue les développements économiques et sociaux récents et les perspectives au Niger. La Note fournit également un examen approfondi d'une question de politique sélectionnée, soulignant ses défis actuels et son potentiel pour l'avenir. Elle est destinée à une large diffusion publique, y compris les décideurs politiques, les chefs d'entreprise, les acteurs des marchés financiers et la communauté des analystes et des professionnels engagés dans l'évolution de l'économie nigérienne. Cette version reflète les données au 31 juillet 2024. La Note sur la situation économique du Niger a été préparée par Mahama Samir Bandaogo, Blaise Ehowe Nguem, Yele Maweki Batana, avec des contributions de Yue Man Lee, Michael Evers, Christophe Rockmore, Stanislas Honkuy, Marie Jacqueline Yvette Sacadura, Mahaman Achirou Yahaya Arde et Chimene Diane Djapou Fouthe. Le rapport a été préparé sous la direction générale de Clara Ana Les résultats, interprétations et conclusions De Sousa (Directrice pays), Han Fraeters exprimés dans ce rapport ne reflètent (Représentant Résident), Hans Anand Beck pas nécessairement les opinions des (Chargé de Programme), Fulbert Tchana administrateurs de la Banque mondiale ou Tchana (chef de programme) et Yue Man des gouvernements qu'ils représentent. Lee (économiste en chef). Les auteurs La Banque mondiale ne garantit pas remercient les évaluateurs, Emilija Timmis, l'exactitude des données incluses dans Alex Sienaert, Aly Sanoh, Juan Baron, ce travail. Les frontières, couleurs, ainsi que Christophe Rockmore et Fulbert dénominations et autres informations Tchana Tchana pour leurs conseils et leurs figurant sur les cartes de ce rapport commentaires. n'impliquent aucun jugement de la part de la Banque mondiale quant au statut L'équipe remercie Micky Ananth, Theresa juridique d'un territoire, ni l'approbation ou Bampoe et Dodo Oumarou Farouk l'acceptation de ces frontières. Alhousseini Sidi pour leur soutien administratif, ainsi que Yannik Strittmatter Pour plus d'informations sur la Banque pour son aide précieuse à la mise en page. mondiale et ses activités au Niger, veuillez Les relations extérieures et avec les médias consulter : https://www.worldbank.org/en/ sont gérées par Mouslim Sidi Mohamed. country/Niger. 8 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER RÉSUMÉ La note sur la situation économique banque centrale régionale. La CEDEAO a du Niger de 2024 s'articule en deux également fermé les frontières terrestres chapitres. Le premier chapitre présente et aériennes. La plupart des institutions les tendances économiques et de pauvreté financières internationales ont suspendu observées dans le pays en 2023 et les leur financement du développement perspectives de 2024 à 2026. Le deuxième et le pays a perdu l’accès au marché chapitre se concentre sur l'accès à obligataire régional de l’UEMOA. Les l'enseignement primaire et secondaire sanctions ont été levées après près de 7 et formule des recommandations pour mois le 24 février 2024, mais leurs effets assurer un investissement adéquat afin dureront probablement plus longtemps. d'améliorer l'accès à une éducation de En septembre 2023, le Burkina Faso, qualité. le Mali et le Niger ont formé l’ « Alliance des États du Sahel » (AES) - un pacte sécuritaire et militaire ayant également Évolution de l'économie et de la pauvreté des objectifs politiques et économiques. Le 28 janvier 2024, dans un communiqué et perspectives conjoint, les trois pays ont annoncé leur retrait immédiat de la CEDEAO. Selon le Au Niger, l’année 2023 a été marquée traité révisé de la CEDEAO, une période de par une grave crise politique, avec un notification d'un an est nécessaire pour changement anticonstitutionnel de quitter la CEDEAO. Les trois pays restent régime, suivi de sanctions et d’une forte membres de l'UEMOA. réduction des financements. À la suite du changement anticonstitutionnel de La crise a considérablement réduit la régime du 26 juillet 2023, la Communauté croissance du PIB à 2,0 % en 2023 (-1,7 % économique des États de l’Afrique de par habitant, l'une des plus faibles de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique l'Afrique subsaharienne).1 Avant la crise, et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont la croissance du PIB avait été projetée à imposé de lourdes sanctions commerciales 6,9 % en 2023 et devait atteindre 12 % en et financières, interdisant tout commerce 2024, grâce aux exportations de pétrole à (notamment alimentaire, pharmaceutique grande échelle par l'oléoduc à partir de la et électrique), interdisant les transactions fin de 2023. Cependant, les sanctions et financières entre le Niger et le reste de la CEDEAO, gelant les comptes publics à la 1 Selon les estimations de la Banque mondiale 9 les fermetures de frontières ont retardé internationales. Selon UMOA-Titres, 314 le démarrage. De même les dépenses milliards de FCFA (512 millions de Dollar US publiques ont chuté en raison du gel des ou 3,1 % du PIB) étaient dus aux détenteurs actifs gouvernementaux, de la perte des d'obligations au 19 février 2024. En raison financements régionaux et d'une réduction de ces arriérés, Moody's a abaissé la cote significative des financements extérieurs de crédit du Niger de B3 à Caa3. La dette (d'environ 7,5 % du PIB). L'investissement publique a atteint 54,7 % du PIB, y compris privé a également chuté en 2023 en raison les arriérés. de l'incertitude et d'une crise de liquidité dans le secteur bancaire, provoquée par Selon les estimations, le taux d'extrême les sanctions financières. Les volumes pauvreté, calculé sur la base du seuil du commerce extérieur ont également international de pauvreté, restera chuté - les exportations de 8,1 % et les inchangé en 2023 (48,4 %). Alors que importations de 12 %. Du côté de l'offre, le PIB global par habitant s'est contracté, les secteurs de l'industrie manufacturière, le PIB agricole par habitant a légèrement de la construction, du commerce et des augmenté de 0,12 %, ce qui a permis services liés au tourisme ont été fortement au taux d'extrême pauvreté de rester touchés. Entre-temps, la production inchangé, malgré l'augmentation des prix agricole totale a augmenté, soutenue par des denrées alimentaires au cours du les récoltes irriguées. second semestre de l'année. D'une part, la hausse des prix des denrées alimentaires Le fait que la croissance du PIB soit affecte principalement les ménages des restée positive malgré des contraintes zones urbaines où le taux de pauvreté est considérables témoigne d'une certaine relativement plus faible, ce qui limite le résilience. Les autorités ont pris des nombre de ménages qui basculent dans mesures proactives en matière de gestion la pauvreté. D'autre part, l'augmentation budgétaire, afin de pouvoir continuer à marginale du PIB agricole par habitant payer les salaires des fonctionnaires de affecte directement les ménages des l’Etat. Elles ont également augmenté la zones rurales où le taux de pauvreté est production locale d'électricité en réponse relativement plus élevé. à l'arrêt des importations d'électricité en provenance du Nigeria. Les caractéristiques Cependant, l'insécurité alimentaire est de l'économie nigérienne ont également restée un problème. L'inflation alimentaire atténué l'impact des sanctions : Le Niger et les poches de déficit alimentaire ont est un producteur de pétrole qui dispose exacerbé l'insécurité alimentaire chronique de sa propre capacité de raffinage, et le au Niger ; 2,3 millions de personnes (8,9 % de commerce informel y est très développé. la population) ont été estimées en situation d'insécurité alimentaire dans le quatrième L'inflation globale est restée stable à trimestre de l’année 2023, soit 13 % de 3,7 % en 2023. L'inflation a été modérée plus que dans le quatrième trimestre de au premier semestre de l’année 2023 l’année 2022. On estime également à (1,2 % en moyenne) mais a augmenté au environ 300 000 le nombre de personnes deuxième semestre (6,3 % en moyenne) déplacées à l'intérieur (PDI) du pays en après le début de la crise politique, en raison de l'insécurité et à autant le nombre raison de l'inflation alimentaire causée par de réfugiés, principalement en provenance les perturbations des importations. du Nigéria, du Mali et du Burkina Faso. La crise et la fermeture des frontières ont En raison de la crise, le gouvernement a entraîné de graves perturbations dans réduit ses dépenses et a accumulé des l'acheminement de l'aide humanitaire. arriérés de dette. Par suite de la réduction du financement, le budget 2023 a été Avec la levée des sanctions et le révisé. Les dépenses d'investissement ont rétablissement progressif de l'accès été réduites et le déficit budgétaire a été au financement, la croissance pourrait ramené à 5,4 % du PIB (contre 6,8 % en remonter à 5,7 % (1,8 % par habitant) 2022). En raison des sanctions financières, en 2024 et atteindre une moyenne le gouvernement a manqué plusieurs de 6,5 % en 2025-26. Le rebond serait remboursements de dette aux détenteurs soutenu par les exportations de pétrole à d'obligations et aux institutions financières grande échelle, tandis que les secteurs de 10 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER l'industrie et des services non pétroliers, le Niger peuvent contribuer à augmenter ayant accumulé de lourdes pertes en 2023, les coûts commerciaux et potentiellement sont confrontés à une reprise difficile. Ces retarder ou interrompre les exportations perspectives incluent les impacts négatifs de pétrole. Les perspectives incertaines potentiels du retrait de la CEDEAO sur la se reflètent déjà dans les taux d'intérêt croissance : coûts commerciaux plus élevés plus élevés et la couverture partielle des (nouveaux tarifs) et baisse des échanges récentes émissions du pays sur le marché avec les États de la CEDEAO non-membres obligataire régional. Un resserrement de l'UEMOA, primes de risque plus élevées de financement pourrait conduire à des pour les investisseurs et augmentation réductions des dépenses publiques, ce qui des coûts de financement régional. Le pourrait retarder les investissements qui secteur budgétaire restera confronté à stimulent la croissance. des contraintes de financement, même si les arriérés ont été apurés et que le Dans ce contexte, il est essentiel financement du développement par la d'augmenter le potentiel de croissance, Banque mondiale et le FMI a repris, car notamment en investissant les le financement intérieur restera coûteux. retombées du pétrole dans le capital L'inflation devrait atteindre 8,5 % en humain. Dans l'hypothèse d'un prix du 2024 en raison de la fermeture de la pétrole à 60 dollars le baril, l'augmentation frontière avec le Bénin et de la baisse de de la production prévue amènerait le la production céréalière au cours de la secteur pétrolier à représenter 13 % du campagne agricole 2023/2024 par rapport PIB du Niger d'ici 2030 (en fonction de à la campagne 2022/2023. L'inflation la production), contre environ 2 % en devrait rester supérieure à 3 % en 2025-26, 2023. Si cette expansion devait accroître la reprise des importations massives en les recettes publiques, elle amplifierait provenance de la région étant compensée également la volatilité de la croissance. par la hausse des coûts d'importation due En outre, s'il n'y a pas de nouvelles à la sortie de la zone de libre-échange de découvertes, la production pétrolière la CEDEAO. Avec le début des exportations du Niger devrait commencer à décliner de pétrole, le déficit des comptes courants au milieu des années 2030 en raison de devrait se réduire, passant de 9,3 % du PIB l'épuisement des réserves de pétrole, en 2023 à 8,3 % en 2024. ce qui souligne l'importance d'améliorer la productivité dans le secteur non Conformément aux fortes projections pétrolier pour une croissance économique de croissance de base, le taux soutenue et inclusive. L'amélioration d'extrême pauvreté devrait diminuer de la productivité dans le secteur non pour atteindre 42,5% d'ici 2026. Cela pétrolier nécessitera des réformes pour suppose une croissance solide dans les remédier au faible niveau d'éducation au secteurs des services et de l'agriculture Niger. Les recettes pétrolières attendues et l'adoption de politiques qui utilisent peuvent être utilisées pour augmenter efficacement les recettes pétrolières les investissements dans le secteur de accrues au profit de la population. l'éducation. Le chapitre 2 analyse les coûts fiscaux des investissements publics Des risques importants pèsent sur les nécessaires pour améliorer l'accès à une perspectives. La situation sécuritaire éducation de qualité. pourrait se détériorer et le pays pourrait subir de nouveaux chocs climatiques. Un retrait de la CEDEAO avec des lacunes Coût fiscal de l'amélioration de l'accès à dans les accords pourrait entraîner des l'éducation perturbations plus importantes dans la libre circulation des biens, des services, des Les faibles résultats du Niger en capitaux et de la main-d'œuvre et pourrait matière de développement du capital avoir des effets de débordement sur le humain constituent une contrainte commerce dans la zone UEMOA. Toutefois, contraignante pour la réalisation d'une si de nouvelles opportunités commerciales croissance économique durable et se présentent, ces effets négatifs inclusive. Le développement du capital pourraient être atténués. Des tensions humain du Niger se caractérise par une soutenues ou aggravées entre le Bénin et faible espérance de vie à la naissance, 11 des taux élevés de mortalité des enfants classe, en plus du remplacement des de moins de cinq ans et de mortalité CP.2 Sur la base d'un taux de scolarisation maternelle, ainsi que des taux élevés de (net) constant3 de 57,7 %(2021), la variation retard de croissance. En outre, l'accès nette du nombre d'élèves inscrits à l'école à une éducation de qualité reste un défi primaire chaque année devrait passer majeur. de 102 370 en 2024 à un pic de 133 511 en 2045. La variation nette du nombre Les principaux défis dans le secteur de d'élèves inscrits dans l'enseignement l'éducation sont les suivants : secondaire devrait également augmenter, bien que moins rapidement que la (i) Infrastructures scolaires limitées population de l'enseignement primaire. et médiocres : plus d'un tiers des Outre la construction de nouvelles salles infrastructures scolaires primaires de classe, le gouvernement devrait existantes sont constituées de salles de également recruter et former davantage classe en paillote, également appelées d'enseignants qualifiés et fournir classes paillotes (CP), qui sont non suffisamment de fournitures scolaires, y seulement inadéquates mais également compris des manuels. dangereuses pour les élèves et les enseignants. Le programme gouvernemental existant visant à améliorer la qualité et l'accès (ii) Fermetures d'écoles en raison à l'éducation est estimé à 0,26 % du de l'insécurité et des déplacements : le PIB par an en moyenne. Ce programme système éducatif est directement menacé comporte trois volets : (i) remplacer tous par l'insécurité, qui entraîne souvent des les CP par des structures permanentes fermetures d'écoles ; à Tillabéri, Tahoua et adéquates, (ii) former et recruter des Diffa, divers groupes armés non étatiques enseignants plus qualifiés et (iii) intégrer liés à al-Ǫaeda et à l'État islamique ont les enseignants contractuels qualifiés menacé, enlevé et tué des enseignants, dans la fonction publique. Le coût du des élèves et des parents d'élèves. programme du gouvernement dépendra du délai de remplacement des CP et de (iii) Faibles taux de scolarisation et de l'intégration des enseignants contractuels rétention, en particulier pour les filles dans la fonction publique, ainsi que de la : les taux de scolarisation primaire et croissance du PIB. secondaire au Niger sont inférieurs aux taux structurels, régionaux et aspirationnels, ce Cependant, le programme gouver- qui fait que des millions d'enfants et de nemental actuel ne sera pas en jeunes ne sont pas scolarisés. Selon les mesure de fournir suffisamment de calculs de la Banque mondiale, 4 enfants salles de classe, d'enseignants et de sur 10 en âge d'aller à l'école primaire ne matériel scolaire pour répondre à la sont pas scolarisés. croissance de la population étudiante. Par conséquent, des millions de personnes (iv) Des résultats d'apprentissage risquent de ne pas être scolarisées. médiocres en raison de la mauvaise Outre le remplacement de tous les CP, qualité de l'enseignement : les résultats la formation et l'embauche d'enseignants d'apprentissage sont médiocres en raison qualifiés et d'enseignants de l'école d'une dépendance excessive à l'égard des primaire, il est nécessaire de mettre en enseignants contractuels, dont la plupart place un programme de formation pour les ne possèdent pas les compétences enseignants. En plus de l 'intégration des minimales en matière de lecture, d'écriture enseignants contractuels, un programme et de calcul. politique global devrait également tenir compte de la croissance démographique En raison de la pression démographique, et de l'augmentation des taux de le gouvernement devrait construire scolarisation. Un tel programme devrait entre 3 500 et 8 100 nouvelles salles coûter en moyenne 1,2 % du PIB par an au de classe en moyenne chaque année cours des trois prochaines décennies, sans pour satisfaire la demande de salles de 2 En supposant un taux d'encadrement de 1/50. 3 Le taux net de scolarisation est le rapport entre le nombre d'enfants ayant l'âge officiel d'être scolarisés et la population ayant l'âge officiel d'être scolarisée. 12 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER compter le coût des manuels scolaires et de l'absence d'amélioration de l'accès de l'entretien des salles de classe. à une éducation de qualité sera considérable. S'il n'y a pas assez de salles Il existe plusieurs options pour de classe construites ou d'enseignants financer les dépenses supplémentaires formés, des millions d'enfants nécessaires sans affaiblir la viabilité supplémentaires ne seront pas scolarisés budgétaire. Ces options comprennent (i) dans les années à venir. Ces enfants améliorer l'efficacité des dépenses dans entreront plus tard sur le marché du travail le secteur de l'éducation pour libérer des avec des niveaux de productivité inférieurs ressources ; (ii) renforcer la mobilisation à ceux qu'ils auraient eus s'ils étaient allés des recettes intérieures, tant pétrolières à l'école, ce qui rend le coût d'opportunité que non pétrolières, pour créer un espace des enfants non scolarisés substantiel en budgétaire supplémentaire de manière termes de PIB perdu. Selon les estimations durable ; (iii) canaliser une partie de la de Burnett et Thomas (2013), le coût manne attendue de la production et des d'opportunité des enfants non scolarisés exportations de pétrole à grande échelle ; varie de 5,4 à 18,2 % du PIB au Mali, de 4,1 et (iv) mobiliser un financement extérieur à 17 % du PIB au Burkina Faso, et de 8,3 à auprès des partenaires de développement. 14,1 % du PIB en Côte d'Ivoire. En outre, le manque de possibilités d'éducation pour Les pays qui comptent un grand une population jeune peut avoir un impact nombre d'enfants non scolarisés sont négatif sur la situation sécuritaire du pays. confrontés à des coûts élevés en termes de manque à gagner pour le PIB, de sorte que le coût économique Options politiques pour soutenir la reprise économique, restaurer la viabilité macro-budgétaire et TABLEAU E.1 accroître l'accès à une éducation de qualité au Niger Objectifs de la politique Options politiques Mise en œuvre réalisable à court terme (1 an) Retrouver/accroître l'accès aux • Poursuivre la mise en œuvre du plan d'apurement des arriérés de dette, qui permettra au sources de financement du budget Niger d'accroître l'accès des sources de financement au financement intérieur et extérieur. Renforcement de la gestion des • Poursuivre le retour complet aux systèmes et processus de gestion des finances publiques finances publiques établis. Remédier aux vulnérabilités du • Adopter la nouvelle loi bancaire. secteur bancaire • Régler les arriérés restants sur les obligations d’État dues (directement) aux banques commerciales locales pour contribuer à alléger la contrainte de liquidité Lutter contre les niveaux élevés • Rouvrir toutes les frontières commerciales - en particulier celles qui sont liées aux voies d'insécurité alimentaire d'approvisionnement les plus sûres et les plus rentables - afin de normaliser les flux commerciaux à l'intérieur et à l'extérieur du Niger et d'alléger la pression sur les prix. • Assurer un suivi rigoureux des prix des denrées alimentaires de base et renforcer les mesures telles que les subventions ciblées - dans la mesure du possible - afin de soutenir l'accès économique à la nourriture des populations vulnérables, tant en milieu rural qu'en milieu urbain. • Conformément à ce qui précède, adopter et rendre opérationnel un plan de réponse national pour faire face à la hausse attendue des besoins au cours de la prochaine période de soudure, en particulier chez les éleveurs. Renforcer la mobilisation des Recettes pétrolières recettes nationales (pétrolières et • Mettre en place un cadre de gestion efficace des recettes pétrolières, en commençant par les non pétrolières) prévisions de recettes pétrolières. • Renforcer le cadre macro-budgétaire. Recettes non pétrolières • Développer la capacité à évaluer les prix du marché (en particulier les prix de transfert), les coûts de référence et le rapport qualité-prix dans les contrats. • Renforcer la législation actuelle sur les prix de transfert en incluant dans les textes réglementaires des mesures appropriées pour réduire le risque lié aux prix de transfert. • Finaliser la révision et la simplification du code général des impôts en élargissant l'assiette fiscale et en supprimant les exonérations fiscales non essentielles. Atténuer les impacts économiques • Préserver les avantages de l'intégration économique en maintenant ou en négociant de du retrait de la CEDEAO et prévenir nouveaux accords bilatéraux ou régionaux pour garantir : (i) les droits de transport et de transit les retombées sur le commerce de vers les ports côtiers ; (ii) l'exemption de visa et le droit de travailler dans la région de la CEDEAO ; (iii) la complémentarité entre les dispositions commerciales de la CEDEAO et de l'UEMOA, y l'UEMOA. compris les règles et les certificats d'origine. • Éviter d'adopter des mesures tarifaires et non tarifaires qui augmenteraient de manière significative les coûts commerciaux avec les États de la CEDEAO non-membres de l'UEMOA après avoir quitté la zone de libre-échange de la CEDEAO. • Assurer une communication publique claire et cohérente sur l'appartenance à l'UEMOA. 13 Améliorer l'accès à l'éducation en • Poursuivre le remplacement des CP en construisant les 750 salles de classe prévues en 2024. remplaçant la Classe Paillote • Utiliser la marge de manœuvre budgétaire accrue provenant des recettes pétrolières pour investir dans le développement du capital humain, en particulier pour améliorer l'accès à une éducation de qualité. Renforcer la qualité de • Mettre en œuvre le processus d'embauche des nouveaux enseignants diplômés des écoles l'enseignement. normales. • Poursuivre la mise en œuvre du programme de formation des enseignants dans les écoles normales et viser à augmenter le nombre d'élèves-enseignants au fil du temps en fonction de la capacité d'embauche. • Démarrer le processus d'intégration des enseignants contractuels en 2024 Important à mettre en œuvre à moyen terme (2 à 5 ans) Améliorer la gestion du secteur • Gérer la volatilité des recettes pétrolières en créant un fonds de stabilisation assorti de règles pétrolier et des recettes pétrolières fiscales et d'épargne appropriées. • Assurer l'efficacité des investissements financés par les recettes pétrolières, notamment en élaborant une programmation pluriannuelle des dépenses. • Mettre en place une autorité de régulation du secteur pétrolier dotée de capacités suffisantes pour assurer une surveillance et une mise en œuvre efficaces de la réglementation et veiller à ce que les opérations pétrolières soient menées de manière efficace, transparente et conformément aux meilleures pratiques du secteur (y compris les normes environnementales et sociales). Lutter contre les niveaux élevés • Accélérer les investissements dans les chaînes de valeur locales d'aliments nutritifs enrichis, y d'insécurité alimentaire compris la reprise de la production nationale d'aliments nutritifs spécialisés pour le traitement nutritionnel et la supplémentation, afin de réduire la dépendance à l'égard des importations. • Assurer un positionnement préventif adéquat des réserves alimentaires nationales. Améliorer l'accès à une éducation • Adopter un programme de réforme de l'éducation qui permette de construire de nouvelles de qualité à moyen et long terme salles de classe, de former et d'embaucher des enseignants chaque année pour répondre à la demande d'éducation résultant de la croissance démographique et de l'amélioration des taux de scolarisation. Évaluer les coûts budgétaires du plan et ajuster le plan de réforme pour tenir compte des contraintes budgétaires. Les coûts budgétaires doivent être intégrés dans le cadre des dépenses à moyen terme du gouvernement. • Continuer à affecter davantage d'enseignants, de constructions de salles de classe et de matériel aux zones mal desservies. 14 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER 1 ÉVOLUTION DE L'ECONOMIE ET DE LA PAUVRETE ET PERSPECTIVES 1.1 Contexte de développement Le contexte de développement est De 2011 à 2023, le Niger a été considéré caractérisé par une forte pression comme une source de stabilité démographique, une vulnérabilité politique au Sahel, bénéficiant d'une augmentation significative de l'aide aux chocs climatiques et une récente internationale au développement et des instabilité politique. investissements. Cependant, la situation a changé avec le changement de régime L'économie du Niger dépend de anticonstitutionnel du 26 juillet 2023. La l'agriculture, qui est très vulnérable crise a entraîné des sanctions régionales et aux chocs climatiques, entraînant une des fermetures de frontières, ainsi qu'une croissance volatile, et devrait davantage interruption de l'aide au développement. dépendre des hydrocarbures, ce qui En septembre 2023, le Burkina Faso, le l'exposerait à une volatilité encore plus Mali et le Niger ont formé l'"Alliance des grande. Le secteur agricole représente États du Sahel" (AES), un pacte sécuritaire environ 40 % du PIB. Bien que l'irrigation et militaire ayant des objectifs politiques ait progressé ces dernières années, et économiques. En novembre 2023, le l'agriculture pluviale domine le secteur, Niger et le Burkina Faso ont annoncé ce qui l'expose aux chocs climatiques. leur retrait du G5 Sahel, après le départ Par exemple, une faible croissance de 1,4 du Mali en mai 2022.4 Le 28 janvier 2024, % en 2021, due à de faibles précipitations, dans un communiqué commun, les trois a été suivie d'une forte croissance de 11,5 pays ont annoncé leur retrait immédiat de % en 2022, grâce à une saison des pluies la Communauté économique des États plus favorable que la moyenne. Avec des de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Selon le améliorations limitées de la productivité traité révisé de la CEDEAO, une période de et une forte croissance démographique, notification d'un an est nécessaire pour presque la moitié de la population vit quitter définitivement l’Organisation. Par la dans l'extrême pauvreté, aggravée par suite, le 6 juillet 2024, les trois pays ont les disparités entre les sexes, avec des signé le traité établissant la Confédération indicateurs de développement du capital des États du Sahel. Ces derniers humain parmi les plus faibles au monde. développements ont accru l'incertitude Avec l'achèvement de l'oléoduc Niger- politique et stratégique. Cependant, les Bénin, la production de pétrole devrait trois pays restent membres de l'Union passer de 20 000 à 107 000 barils par jour économique et monétaire ouest-africaine d'ici 2025 (selon le gouvernement), ce qui (UEMOA). accroît l'importance du secteur pétrolier dans les exportations, les recettes et le 4 En décembre 2023, le Tchad et la Mauritanie ont déclaré PIB. dissoudre l'alliance. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 15 1.2 Développements récents en matière d'économie et de pauvreté Au Niger, l'année 2023 a été marquée par avec des retards importants dans la mise une crise politique qui a entraîné des en œuvre. sanctions économiques et financières régionales et une interruption des Pour atténuer l'impact des sanctions, les financements extérieurs. nouvelles autorités ont pris plusieurs mesures proactives, notamment : (i) la Le Niger a dû faire face à de lourdes réorientation des flux commerciaux via sanctions commerciales et financières le Burkina Faso en utilisant le corridor de la CEDEAO et de l'UEMOA, ainsi Ouagadougou-Dori-Niamey pour le qu'à des fermetures de frontières qui transport de diverses cargaisons avec le ont duré près de 7 mois. Le 30 juillet, soutien de convois militaires burkinabés en réponse au changement de régime et nigériens, (ii) l'augmentation de la anticonstitutionnel, la CEDEAO et UEMOA production locale d'énergie (solaire et ont imposé des sanctions économiques et centrales diesel existantes), (iii) l'exigence financières comprenant : (i) la fermeture de paiements en espèces des impôts des frontières terrestres et aériennes et taxes au lieu de les déposer sur le entre les pays membres de la CEDEAO et compte unique du trésor (CUT) gelé à la le Niger ; (ii) la suspension de toutes les BCEAO, et (iv) la réalisation de transactions transactions commerciales entre le Niger gouvernementales en dehors des systèmes et les pays membres de la CEDEAO et de gestion des finances publiques établis. ceux de l'UEMOA inclus ; (iii) la suspension des transactions financières entre le Niger Selon les estimations de la Banque et les pays membres de l'UEMOA et de la Mondiale, la crise a considérablement CEDEAO ; (iv) le gel des avoirs publics du réduit la croissance du PIB à 2,0 % en gouvernement, des entreprises publiques 2023 (-1,7 % par habitant). et parapubliques détenus à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest Avant la crise, la croissance du PIB avait (BCEAO) et dans les banques commerciales été estimée à 6,9 % en 2023 et devait de la région de l'UEMOA ; (iv) la suspension atteindre 12 % en 2024, grâce l’exportation du Niger de toute assistance financière de pétrole par l'oléoduc à partir de la fin régionale. En général, les sanctions ont été de l'année 2023. Toutefois, les sanctions mises en œuvre et appliquées par les pays et la fermeture des frontières ont retardé membres et les institutions de la CEDEAO, ce démarrage. Les dépenses publiques à l'exception de la Guinée, du Burkina Faso ont chuté en raison du gel des avoirs de et du Mali, qui ont soutenu les autorités l'État, de la baisse des recettes fiscales, du Niger. de la perte d'accès au marché obligataire régional de l'UEMOA et d'une réduction Outre les sanctions, le changement de significative des financements extérieurs. régime anticonstitutionnel a entraîné L'investissement privé a également chuté une forte baisse du financement en raison de l'incertitude et d'une crise extérieur. Dans l'ensemble, on estime de liquidité dans le secteur bancaire, que 7,5 % du PIB en financement extérieur provoquées par les sanctions financières. n'ont pas été décaissés en 2023 en raison Au cours de l'année écoulée, de l'interruption de l'aide internationale au l'investissement privé s'est fortement développement. Toutefois, les partenaires contracté. Du côté de l'offre, la production de développement ont continué à fournir agricole totale a augmenté en dépit une aide humanitaire avec l'aide des d'une baisse de la production céréalière, partenaires de mise en œuvre au Niger, Toutefois, les secteurs de l'industrie 16 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER manufacturière, de la construction, du Elle reflète également les mesures prises commerce et des services liés au tourisme par les autorités, par exemple en matière ont été fortement touchés. de gestion budgétaire pour assurer la poursuite du versement des salaires du Le fait que la croissance du PIB soit secteur public, et l'augmentation de la restée positive à 2,0 % en 2023, production locale d'électricité en réponse malgré des contraintes considérables, à l'arrêt des importations d'électricité témoigne d'une grande résilience. en provenance du Nigeria. Toutefois, le Cette résilience est en partie due aux ralentissement de la croissance en 2023 caractéristiques économiques du pays, a entraîné une baisse de 1,7 % du PIB par telles que le niveau élevé du commerce habitant, ramenant le PIB réel par habitant informel (moins affecté par les sanctions) en dessous du niveau observé en 2021 et le fait que le pays soit producteur de (figure 1.1). pétrole avec une raffinerie nationale - Société de raffinage de Zinder (SORAZ) -qui peut fournir du carburant au marché intérieur, y compris pour la production locale d'énergie thermique (Encadré 1.2). Avant la crise d'État, la croissance du PIB en 2023 était prévue à 6,9 %, mais elle est maintenant FIGURE 1.1 attendue à 2,0% Croissance du PIB réel (%) Croissance du PIB réel par habitant (%) 14 12,5 11,5 12 10 9,1 8,5 8,0 8,5 8 6,9 7,4 5,7 6 5,2 4,6 4,5 4,3 4 3,0 1,4 2,0 1,8 2 0,8 0 -2 -0,2 -2,3 -1,7 -4 2021 2022 2023p 2024p 2025p 2026p 2020 2021 2022 2023p 2024p 2025p 2026p Projections réelles et d'avant crise Projections après la crise Source : INS et estimations des services de la Banque mondiale Malgré une faible production céréalière, a été compensée par l'augmentation de la le secteur agricole est resté résilient, production irriguée, ce qui a entraîné une soutenu par une forte production de augmentation de la production agricole l'agriculture irriguée. La production globale et une contribution positive de 1,2 pluviale des principales céréales a diminué point de pourcentage à la croissance du de 12 % par rapport à 2022. La baisse de PIB, contre une contribution positive de 9,3 la production est principalement attribuée point de pourcentage en 2022 (figure 1.2). à : (i) des événements climatiques graves, L'insuffisance de la production céréalière, notamment des précipitations insuffisantes, combinée aux effets des sanctions des inondations et des feux de brousse qui économiques et financières, a laissé plus ont détruit une partie de la production ; de 2,3 millions de personnes dans une (ii) l'insécurité civile, qui a réduit les zones situation d'insécurité alimentaire (Encadré cultivées et les terres pastorales dans 1.3). plusieurs régions ; et (iii) la sécheresse et les infestations de ravageurs. Cette baisse ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 17 Les sanctions commerciales et La crise a touché les secteurs l'insécurité ont perturbé les activités secondaire (non extractif) et tertiaire. du secteur extractif. La croissance du Avant la crise, la production des secteurs secteur devait être forte en 2023, grâce secondaire et tertiaire devait augmenter au début des exportations de pétrole respectivement de 5,7 et 8,5 %, grâce au et à l'amélioration d'autres activités dynamisme du secteur de la construction minières. Les retards dans la finalisation et à l'augmentation de la demande post- de l'oléoduc ont entraîné des retards dans crise. Cependant, l'arrêt du financement la production de pétrole, ce qui a conduit externe du développement a entraîné à une croissance plus faible de 12 %, par des retards dans les investissements rapport aux 30 % initialement prévus.6 La publics. Les importations limitées de biens suspension de la production d'uranium en intermédiaires et de biens d'équipement septembre 2023, liée à la pénurie d'intrants et les pénuries d'électricité/le coût plus chimiques importés, et la fermeture des élevé de l'énergie (Encadré 1.2) ont affecté sites d'extraction artisanale d'or en raison l'industrie manufacturière. Les sanctions de problèmes de sécurité ont entraîné une commerciales et les fermetures de baisse significative de la production. La frontières ont entraîné une diminution des production d'uranium a chuté d'environ voyages et des flux commerciaux, affectant 1,8 %, tandis que la production d'or a les secteurs du commerce, du tourisme et diminué de 60,1 %. des services liés au transport. ENCADRÉ 1.1 IMPACT DES SANCTIONS SUR LE SECTEUR PRIVÉ FORMEL Selon une enquête menée par la Chambre de commerce et d'industrie du Niger (CCI), les sanctions ont perturbé les activités du secteur privé et entraîné des pertes financières importantes. La CCI a récemment réalisé une enquête auprès de ses membres afin d'évaluer l'impact des sanctions sur leurs activités. Canaux d'impacts : Un résumé des résultats montre qu'au cours du premier trimestre (30 juillet - 31 octobre), le secteur privé a été affecté par (i) les sanctions commerciales : plus de 42 000 tonnes de marchandises d'une valeur de plus de 14 milliards de FCFA qui transitaient vers le Niger par les pays voisins, en particulier le Bénin et le Nigéria, ont été bloquées. Par exemple, en août et septembre, les importations ont chuté de près de 60 % ; (ii) les pénuries d'électricité : les entreprises ont dû recourir à des sources d'énergie alternatives plus coûteuses (par exemple, des générateurs diesel). En conséquence, le coût du facteur énergétique a augmenté de plus de 20 % pour au moins la moitié des entreprises interrogées ; (iii) la pause dans le financement extérieur : La réduction du financement budgétaire a rendu l'exécution du budget très difficile. Près de 70 % des entreprises interrogées ont connu une augmentation de la pression fiscale, avec des demandes d'avances d'impôts et d'autres avances de trésorerie. Tous les secteurs de l'économie ont été touchés. Les coupures d'électricité et l'augmentation du prix de l'électricité à la suite de l'interruption de l'approvisionnement en électricité depuis le Nigeria ont affecté les activités des entreprises dans tous les secteurs. Dans le secteur de l'hôtellerie, les réservations d'hôtels ont chuté de près de 85 % entre août et novembre. Dans le secteur de la construction, les grands projets publics liés à des financements extérieurs ont été interrompus, et certaines entreprises du secteur ont même cessé leurs activités. Les contraintes qui pèsent sur le secteur privé ont probablement entraîné des fermetures d'entreprises et une augmentation du sous-emploi et du chômage. De nombreuses entreprises ont dû réduire les heures de travail ou licencier des travailleurs afin de poursuivre leurs activités. Toutefois, certaines entreprises ont dû cesser leurs activités. Bien qu'il n'y ait pas de données récentes sur le marché du travail, l'ICC souligne l'augmentation probable du chômage. Une enquête approfondie est prévue en avril 2024 par la Banque mondiale, en collaboration avec le ministère de l'économie et des finances. Source : Extrait d'un résumé des résultats d'une enquête menée auprès des entreprises par la Chambre de commerce et d'industrie du Niger. 5 Les équipements nécessaires aux stations de pompage avaient été bloqués à la frontière avec le Bénin lors de la fer- meture des frontières. Ils ont ensuite été redirigés vers le cor- ridor Ouaga-Niamey, ce qui a entraîné un retard dans la mise en service de l'oléoduc. 18 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Du côté de la demande, les sanctions consommation et l'investissement publics commerciales et les fermetures de ont été limités. L'investissement privé a frontières ont réduit la demande ralenti en raison de l'incertitude politique extérieure et les investissements. accrue et de la réduction des crédits Les sanctions commerciales et les accordés par le secteur bancaire, mais il fermetures de frontières ont réduit les est resté positif, principalement en raison exportations, notamment d'uranium, et des investissements réalisés au cours du ont retardé le début de la production de premier semestre 2023. La consommation pétrole destiné à l'exportation. Avec une privée (grâce à une bonne production réduction significative de l'aide budgétaire agricole fin 2022, qui a été consommée et du financement de projets par les en 2023) et la variation des stocks (une donateurs internationaux, les grands partie du pétrole brut produit et destiné projets d'investissement public tels que à l'exportation, qui est actuellement en le barrage de Kandjaji ont été suspendus. transit vers le port du Bénin, considéré En outre, les sanctions financières mises comme le point de sortie des exportations) en œuvre par la BCEAO, notamment ont soutenu la croissance et ont permis le gel des comptes du gouvernement d'éviter une contraction de l'économie en et des entreprises d'État et la perte 2023. d'accès au marché régional de la dette, la Du côté de l'offre, l’agriculture, les La consommation privée et les stocks de FIGURE 1.2 services et l'industrie ont contribué à la FIGURE 1.3 la production pétrolière ont contribué à la croissance croissance du côté de la demande Contribution de l’offre à la croissance (en %) Contribution de la demande à la croissance (en %) 15 15 14 14 12 12 10 10 10 8 10 6 8 5 4 6 2 0 4 5 0 -2 2 -5 -4 0 2019 2020 2021 2022 2023e -10 0 2019 2020 2021 2022 2023e Consommation privée Consommation publique Agriculture Services Investissement Divergence statistique Industrie Taxe nette sur la production Variation des stocks Exportations, GNFS Croissance du PIB (coût des facteurs, RHS) Importations, GNFS Croissance du PIB (RHS) Source : INS et estimations des services de la Banque mondiale. Source : INS et estimations des services de la Banque mondiale. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 19 Les sanctions ont considérablement Le solde du compte de capital devrait perturbé les comptes extérieurs... se réduire à environ 1 % du PIB en raison de la diminution des émissions sur le Les sanctions ont gravement perturbé les marché obligataire régional de l'UEMOA transactions commerciales extérieures et de la baisse des tirages sur la dette en 2023. Le Niger a un déficit commercial extérieure. Du côté du compte financier, structurel important, étant un importateur les Investissements Directs Etrangers (IDE) net de denrées alimentaires et dépendant et les investissements de portefeuille sont largement des importations pour restés dynamiques grâce à la finalisation répondre à la demande d'énergie, de biens des investissements pétroliers au premier d'équipement et de biens intermédiaires. semestre 2023, avant la crise. Cependant, Avant la crise, on s'attendait à ce que la le ralentissement du rythme des grands balance commerciale se détériore en investissements privés après la crise et raison des importations importantes de la réduction des transactions financières biens d'équipement et de services pour les avec les institutions financières extérieures grands projets d'infrastructure en cours. (crédits commerciaux, devises et dépôts) Les fermetures de frontières ont gravement ont affecté les entrées financières affecté les volumes du commerce formel, conduisant à une réduction du solde du les exportations (à savoir l'uranium, l'or compte financier de 6,9 % du PIB en 2022 et les oignons) diminuant de 8,1 % et les à 5,6 % du PIB en 2023. importations (à savoir l'électricité et les biens d'équipement) chutant de 12 %. Néanmoins, le commerce informel (denrées ... et ont provoqué une forte hausse des alimentaires et autres biens tels que le prix au cours du second semestre 2023 carburant et le bétail) est resté important, en particulier le long de la longue frontière Après avoir baissé consécutivement entre le Niger et le Nigéria, comme en entre janvier et juillet, l'Inflation a témoigne la disponibilité continue de augmenté de façon continue depuis produits importés sur les marchés de Diffa août 2023, dépassant la moyenne de et de Zinder (voir l'encadré 1.3). la zone UEMOA (3 %). Le Niger étant fortement dépendant des importations Les perturbations des échanges de produits alimentaires, la combinaison commerciaux ont entraîné un d'une faible production agricole et de la creusement modéré du déficit de fermeture des frontières et des principaux la balance courante. La forte baisse corridors (Bénin et Nigéria) a entraîné une des importations a conduit à un déficit baisse de l'offre, ce qui s'est traduit par une commercial plus faible de 9,3 % du hausse des prix, en particulier au cours du PIB que les 13,4 % initialement prévus. second semestre. En fait, avant la crise Malgré la suspension de l'aide publique le taux d'inflation en glissement annuel a au développement, le solde des revenus été en baisse en 2023, passant de 3,1 % primaires et secondaires devrait rester en janvier à 0,2 % en mai 2023 (Figure 1.4). positif mais s'est réduit à 0,1 % du PIB Cependant, à partir de juin 2023, l'inflation en (avec 1,4 % du PIB en 2022) en raison des glissement annuel a suivi une tendance à la transferts de fonds qui se poursuivent hausse, atteignant 7,2 % en décembre 2023, malgré les sanctions financières via les principalement en raison de la hausse des agences régionales de transfert d'argent prix des denrées alimentaires et de l'énergie qui opèrent en dehors du réseau de la autres que l'électricité et les carburants BCEAO. En conséquence, le déficit du dont les prix sont restés inchangés depuis compte courant s'est légèrement amélioré août 2022 (Figure 1.5). L'inflation moyenne pour atteindre 9,3 % du PIB en 2023, contre annuelle du Niger a atteint 3,7 % en 2023, 9,8 % du PIB en 2022. au-dessus de la fourchette de convergence de l'UEMOA de 1 à 3 %. 20 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Après des baisses consécutives entre Ce sont les prix des denrées alimentaires FIGURE 1.4 janvier et mai, l'inflation en glissement FIGURE 1.5 et de l'énergie qui ont le plus contribué à annuel a augmenté de façon continue la hausse de l'inflation depuis août 2023, au-dessus de la moyenne de la région UEMOA Contribution à l'inflation (en %) 15 8 Inflation globale (en %) 10 6 5 4 0 2 -5 0 23-Fev 23-Mar 23-Avr 23-Nov 23-Août 23-Oct 22-Dec 23-Jan 23-Mai 23-Juin 23-Sep 23-Dec 23-Fev 23-Mar 23-Avr 23-Nov 23-Août 23-Oct 22-Dec 23-Jan 23-Mai 23-Juin 23-Sep 23-Dec Inflation alimentaire Inflation énergétique Niger UEMOA Inflation sous-jacente Inflation globale Source : INS et estimations des services de la Banque mondiale. Source : INSN et estimations des services de la Banque mondiale. ENCADRÉ 1.2 IMPACTS DE L'ARRÊT DES IMPORTATIONS D'ÉLECTRICITÉ EN PROVENANCE DU NIGERIA Avant la crise les importations d'électricité en provenance du Nigeria représentaient 71 % de la consommation nationale, bénéficiant principalement à deux régions : la zone ouest (Niamey, Dosso et Tillabéry) et la zone du Centre-est (Maradi, Tahoua et Zinder). ns la Zone Ouest, la capacité installée est de ~169MW (hors importations), alors que la demande maximale est actuellement de ~220MW entre 20h et minuit. Sans les importations en provenance du Nigeria, 23% de la demande de pointe ne serait pas satisfaite. La situation dans la zone Centre-Est est plus critique avec une capacité fonctionnelle installée de ~25MW (hors importations) contre une demande maximale de plus de 50MW. Sans les importations en provenance du Nigeria, plus de la moitié de la demande ne serait pas satisfaite pendant les heures de pointe. Après que le Nigeria a cessé d'exporter de l'électricité vers le Niger le 31 juillet, la Société Nigérienne D'électricité (NIGELEC) - la société nationale d'électricité du Niger - a augmenté de manière significative la production nationale d'électricité, bien qu'à des coûts de production plus élevés. La Nigelec a augmenté la production nationale de la centrale diesel existante de Gorou Banda (80 MW), de la centrale électrique d'Istithmar (89 MW à Niamey et 22 MW à Zinder) et a pu mettre en service la centrale solaire de Gorou-Banda (50 MW). Le Niger a pu le faire malgré les sanctions grâce à l'approvisionnement national en carburant de la Société de raffinage de Zinder (SORAZ), qui raffine le pétrole brut local de la compagnie pétrolière CNPC pour ses centrales thermiques locales. Le Niger a pu réduire de manière significative le rationnement de l'électricité et les pannes observées au début de la crise. En raison de l'augmentation des coûts de fourniture de l'électricité alors que les tarifs restent inchangés, la situation financière de la NIGELEC s'est détériorée, avec des déficits plus importants que prévu entre 2023 et 2027. Les importations en provenance du Nigeria constituaient la source d'approvisionnement en électricité la moins chère, à 6 cents US/kWh, alors que les centrales diesel locales sont plus coûteuses. Le déficit financier de la Nigelec/du secteur en 2023, dû à des tarifs inférieurs au niveau de recouvrement des coûts, devrait être plus élevé que prévu (28 milliards de FCFA avant la crise, en raison du retard dans l'augmentation des tarifs). Les sanctions et l'interruption du financement extérieur ont également retardé les réformes politiques et l'expansion du secteur de l'énergie. L'expansion prévue de la production (à moindre coût) dépend de projets qui ont été retardés par les sanctions et l'interruption du financement du développement, notamment Scaling Solar, Dorsale Nord Inter-connection (Nigeria) et Kandaji. Le passage de l'électricité importée à la production nationale d'électricité dans le mix de production pourrait devenir une stratégie de sécurité énergétique à long terme, ce qui augmenterait le coût de l'électricité au moins à court terme. En outre, il a été annoncé que les tarifs resteraient inchangés en 2024, alors que la capacité du gouvernement à subventionner le secteur est désormais considérablement réduite en raison d'une marge de manœuvre budgétaire limitée. Les déficits financiers de la Nigelec pourraient se creuser davantage, ce qui limiterait sa capacité à réaliser les investissements nécessaires à l'élargissement de l'accès. Les plans ambitieux du Niger pour accroître l'accès à l'électricité (tripler le nombre de connexions et la consommation d'énergie d'ici 2030) pourraient être considérablement réduits. Dès 2023, compte tenu de la réduction de l'offre d'énergie, la Nigelec a dû suspendre les nouveaux raccordements électriques. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 21 Les sanctions financières ont entraîné résultant du resserrement de la politique une crise de liquidité et une détérioration monétaire par la BCEAO et de la baisse de la qualité du portefeuille dans le des dépôts des consommateurs. secteur bancaire. En outre, les portefeuilles des banques Les sanctions ont créé une crise de se sont détériorés et les prêts ont ralenti. liquidité dans le secteur bancaire Selon la BCEAO, à la fin du mois de décembre, national. L'annonce et la mise en œuvre les créances douteuses atteignaient 23 des sanctions ont entraîné d'importants %, contre 8,7 % dans l'UEMOA. Ce ratio retraits et une baisse des dépôts des varie d'une banque à l'autre, celles qui consommateurs et des entreprises accordent des crédits pour les dépenses dans les secteurs de la banque et de publiques et l'import-export étant les plus la microfinance. Cette situation a été touchées. La qualité du portefeuille s'est exacerbée par le fait que l'accès à la liquidité détériorée davantage que ne le suggère le par l'intermédiaire de la BCEAO était limité ratio de prêts non performants (PNP), car aux guichets de refinancement à court les banques nigériennes détiennent des terme/hebdomadaire de la BCEAO et non obligations d'État nigériennes impayées à la liquidité à plus long terme.6 En outre, que la commission bancaire de l'UEMOA les banques nigériennes détenaient des a décidé de ne pas classer comme non obligations émises par les gouvernements performantes. En outre, en décembre de l'UEMOA (y compris le Niger), ce qui, 2023, la valeur des nouveaux prêts en raison des sanctions, signifiait qu'elles bancaires a diminué de 4,7 % en glissement n'étaient pas en mesure de recevoir des annuel, principalement en raison d'un paiements sur les obligations, affectant ralentissement des prêts au secteur privé. ainsi davantage la liquidité. Selon les données de la BCEAO, à la fin du mois de décembre 2023, les liquidités des Les résultats budgétaires en 2023 banques étaient en baisse de 52,3 % par ont été caractérisés par des coupes rapport à décembre 2022. En réponse à budgétaires, l'accumulation d'arriérés et la diminution des liquidités, les banques l'utilisation de systèmes parallèles pour commerciales ont imposé des limites la gestion des finances publiques.7 journalières aux retraits d'espèces, seules quelques banques autorisant des retraits En réponse à la diminution des recettes allant jusqu'à 500 000 FCFA (815 Dollar US) et du financement, les autorités ont par jour. révisé le budget pour 2023 en réduisant les dépenses d'investissement. La La crise de liquidité a persisté après la crise, les sanctions et le ralentissement levée des sanctions financières. À la mi- économique qui s'en est suivi ont entraîné mars 2024, plusieurs banques continuaient une diminution des recettes fiscales. d'appliquer des limites quotidiennes de De plus, le financement du budget a été retrait d'espèces. Seule une fraction des considérablement affecté par la perte banques détenait des obligations d'État d'accès au marché obligataire régional et par d'autres pays de l'UEMOA, ce qui leur a la perturbation du financement extérieur. permis d'accéder aux paiements effectués En conséquence, le gouvernement a adopté par ces pays pendant les sanctions mais une nouvelle loi budgétaire pour 2023, détenus sur des comptes gelés. Cependant, avec une révision à la baisse des recettes, toutes les banques ont continué à faire des dépenses et du déficit budgétaire. face à des contraintes de liquidité en Les dépenses devraient diminuer de 9,7 % raison de l'accès limité aux nouveaux titres du PIB par rapport au budget initial et de d'État, de la hausse du prix de la liquidité 5,4 % du PIB par rapport au budget révisé soumis au conseil d'administration du FMI. 6 Selon la BCEAO, les banques nigériennes ont eu accès à tous Cependant, les résultats de 2023 ont révélé les guichets de liquidité de la BCEAO pendant les sanctions, mais elles n'ont pas pu augmenter leurs liquidités parce que que les dépenses ont diminué de 10,3 % du (i) elles n'avaient pas assez d'obligations d'État puisqu'elles ne pouvaient pas participer au marché obligataire régional ; et (ii) elles ne pouvaient pas offrir des taux compétitifs dans un 7 Les chiffres budgétaires pour 2023 seront probablement mis contexte de resserrement de la politique monétaire. à jour avant la publication de la mise à jour économique. 22 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER PIB, par rapport à la loi de finances initiale, La gestion des finances publiques et de seulement 0,6 % du PIB, par rapport a été affaiblie, d'abord pendant les à la loi de finances révisée. Comme prévu, sanctions et maintenant par un récent la masse salariale du secteur public a été décret présidentiel exemptant les privilégiée, tandis que les investissements dépenses de défense de tout contrôle. en capital ont été considérablement Le gouvernement n'ayant pas accès à réduits (figure 1.6). Les recettes totales ses comptes de trésorerie à la BCEAO , a en 2023 devraient diminuer de 4,5 % du dû effectuer des transactions en dehors PIB par rapport à la loi de finances initiale des systèmes de gestion des finances et de 1,5 % du PIB par rapport au budget publiques établis. Avec la levée des révisé soumis au conseil d'administration sanctions, l'administration devrait pouvoir du FMI en juin 2023, mais les recettes recommencer à utiliser les systèmes totales ont été estimées à 10,5 % du PIB. de gestion des finances publiques. Le Le fait que la baisse des recettes n'ait pas 23 février 2024, un décret présidentiel été plus importante compte tenu du gel (Ordonnance n° 2024-05) a déclaré que des avoirs publics dans les comptes de la l'achat d'équipements de toute nature et BCEAO s'explique par les mesures prises les services ou projets réalisés au profit des par les autorités, notamment la demande forces armées et du palais présidentiel ne de paiement des impôts en espèces. sont plus soumis aux lois sur les marchés publics et la comptabilité publique. Ces Le déficit budgétaire a été estimé à 5,4 dépenses sont également exonérées % du PIB en 2023, contre 1,4 % du PIB d'impôts jusqu'à la fin de la période de dans la loi de finances révisée et 5,3 transition. Le décret s'applique également % du PIB dans le budget révisé soumis aux achats de biens et services et aux au conseil d'administration du FMI le 5 projets au profit des résidences officielles. juillet 2023. À la fin du mois de décembre, Ce décret ferait du Niger un cas isolé parmi les dépenses réalisées s'élevaient à 15,9 les pays du Sahel en termes de manque % du PIB, tandis que les recettes perçues de transparence et de responsabilité en étaient estimées à environ 10,5 % du PIB. matière de dépenses de défense et de Le déficit comprend les arriérés d'intérêts sécurité. accumulés en 2023. Les dépenses totales en 2023 ont été Le deficit budgetaire en 2023 etait de FIGURE 1.6 revues à la baisse de 9,7% du PIB par FIGURE 1.7 5,4% du PIB. rapport à la loi de finances initiale Dépenses de 2023 (en % du PIB) Budget gouvernemental 2023 (en % du PIB) 30% 20% 19,6% 15% 16,6% 15,1% 25% 10% 10,5% 5% 20% 0% 15% -5% -1,4% -10% -6,6% -5,3% -5,4% 15,5% 11,0% 5,7% 10% 6,4% -15,9% -15% -16,5% 9,9% 9,9% 9,6% 9,1% -20% -21,9% 5% -25% -26,2% 0% -30% Budget Budget révisé Modifié Dépenses Budget Budget révisé Modifié Budget initial d'accord avec loi réalisées initial d'accord avec loi réalisé loi le FMI budgétaire loi le FMI budgétaire Dépenses courantes Dépenses en capital Dépenses totales Revenus totaux Déficit budgétaire Source : Ministère des Finances et calculs du personnel de la Source : Ministère des Finances et calculs du personnel de la Banque mondiale. Banque mondiale. Note : Les dépenses comprennent les prêts nets. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 23 N'ayant pas accès à son compte à la de principal et d'intérêts (voir tableau 2).8 BCEAO, le gouvernement a accumulé En somme, le total des arriérés intérieurs des arriérés intérieurs et extérieurs. Le était estimé à 395,2 milliards de FCFA à Trésor public nigérien a manqué plusieurs la fin de décembre 2023.9 En outre, le remboursements de dette aux détenteurs gouvernement a également accumulé des d'obligations sur le marché régional. Selon arriérés extérieurs auprès d'institutions l'UMOA-Titres, l'agence régionale chargée financières et de développement régionales de la promotion et de la gestion des bons et internationales, estimés à 70,5 milliards du Trésor dans la zone UEMOA, à la fin du de FCFA. À la suite des remboursements mois de décembre 2023, le gouvernement non effectués, Moody's a abaissé la note nigérien n'avait pas remboursé un total de crédit du Niger de B3 à Caa2, puis à de 267 milliards de FCFA en paiements Caa3. Remboursements manqués par le gouvernement du Niger sur le marché obligataire régional TABLEAU 1.1 À la fin du mois de Décembre 2023 À la date du 19 Février 2024 milliards de FCFA milliards de FCFA Paiements manqués ..................................................................................... 267,1 313,9 Principal ................................................................................................................ 260,5 300,1 Intérêt ................................................................................................................... ~6,5 ~13,8 Source : UMOA -Titres et calculs des services de la Banque mondiale. La dette publique en pourcentage du PIB Le taux de pauvreté au seuil de pauvreté devrait atteindre environ 54,7 % en 2023, national, qui est resté inchangé entre compte tenu du déficit budgétaire prévu 2018 et 2021, devrait augmenter en 2023. et de la faible croissance du PIB. Cela inclut les arriérés de dépenses intérieures L'incidence de la pauvreté, mesurée prévus, estimés à moins de 1 % du PIB, à l'aide du seuil national de pauvreté, encourus pour maintenir les dépenses. est restée pratiquement inchangée La dernière analyse de viabilité de la dette à environ 41 % entre 2018 et 2021. (AVD) réalisée conjointement par la Banque Toutefois, en raison de la forte croissance mondiale et le FMI en juin 2024 a conclu démographique (3,7 %), cela correspond à que le risque global de surendettement un million de pauvres supplémentaires sur reste modéré. La note de risque est restée la période, qui passe de 8,9 à 9,9 millions. inchangée étant donné que les arriérés Parallèlement, on observe une tendance étaient dus aux sanctions et non à un inverse pour les indicateurs d'écart de manque de capacité de remboursement. pauvreté et de gravité de la pauvreté, qui Depuis avril 2024, le gouvernement a apuré ont diminué sur la période, suggérant que une grande partie de son stock d'arriérés, la situation des pauvres et des plus pauvres ce qui lui a permis de retrouver l'accès était meilleure à la fin de la période 2018- aux financements (concessionnels) et de 2021. soutenir la viabilité de la dette. 8 Au 19 février 2024, le montant de la somme a atteint les FCFA. 313,9 milliards d'euros. 9 Selon les données du FMI 24 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Évolution des indicateurs de pauvreté monétaire 2018/19 - 2021/22 par zone de résidence FIGURE 1.8 Incidence de la pauvreté Écart de pauvreté Gravité de la pauvreté 5,0 46,8 3,9 50 46,4 15 13,0 5 4,3 41,2 11,2 3,4 40,8 40 11,2 4 9,9 10 30 3 21,1 14,3 20 4,5 2 1,5 5 2,9 0,8 10 6,0 1 4,9 1,2 0,4 0,8 0,2 0 0 0 National Niamey Autre Rural National Niamey Autre Rural National Niamey Autre Rural urbain urbain urbain 2018/19 2021/22 2018/19 2021/22 2018/19 2021/22 Source : Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les EHCVM 2018/19 et 2021/22. Il existe d'importantes disparités pauvreté rurale s'explique par les bonnes spatiales en matière de pauvreté. Alors performances de l'économie nationale. que la légère augmentation de l'incidence En outre, il existe d'importantes disparités de la pauvreté est due à l'augmentation en matière de pauvreté monétaire entre de la pauvreté urbaine, les réductions de les régions du Niger, Tillabéry restant la l'écart de pauvreté et de la gravité de la région la plus pauvre avec une incidence pauvreté sont le résultat de la réduction de pauvreté de 52,7 %, suivie de Maradi et de la pauvreté rurale. L'inflation au cours Diffa (48,0 % et 46,4 % respectivement). de la période semble avoir principalement Niamey et Agadez restent les régions les touché les ménages urbains, ce qui moins pauvres avec des incidences de 4,9 explique l'augmentation de la pauvreté et 14,4 % respectivement (Figure 1.9). urbaine, tandis que la réduction de la ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 25 Profil et tendances de la pauvreté par région : 2018/19-2021/22 FIGURE 1.9 (a) Carte de l’incidence de la pauvreté, 2021/22 (b) Evolution des incidences de la pauvreté par région : 2018/19 - 2021/22 (50,55] Points de pourcentage (45,50] 15 (40,45] 12,5 (30,40] 10,4 (20,30] 10 (10,20] [0,10] 5 1,8 1,8 0,3 0 -2,0 -5 -4,0 Niamey -7,0 -10 Agadez Diffa Dosso Maradi Tahoua Tillaberi Zinder Niamey (c) Carte du nombre de personnes pauvres, 2021/22 (d) Évolution du nombre de pauvres par région : 2018/19-2021/22 Variation du nombre de pauvres (en milliers) (2000,2500] (1500,2000] 600 568,8 (1000,1500] (500,1000] (100,500] 400 [0,100] 269,3 230,3 200 125,5 10,0 19,3 0 -10,9 -200 -212,3 Niamey -400 Agadez Diffa Dosso Maradi Tahoua Tillaberi Zinder Niamey Source : Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les EHCVM 2018/19 et 2021/22. En 2023, le taux d’extrême pauvreté, prix des denrées alimentaires affecte selon le seuil international de pauvreté, principalement les ménages des zones est estimé inchangé (48,4 %). Alors que urbaines où le taux de pauvreté est le PIB global par habitant s’est contracté, relativement plus faible, ce qui limite le PIB agricole par habitant a augmenté le nombre de ménages poussés vers la de façon marginale de 0,12 %, ce qui fait pauvreté. D’autre part, l’augmentation que le taux d’extrême pauvreté est resté marginale du PIB agricole par habitant inchangé, malgré la hausse des prix des affecte directement les ménages des denrées alimentaires au second semestre zones rurales où le taux de pauvreté est de l’année. D’une part, la hausse des relativement plus élevé. 26 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER La hausse des prix des denrées de l'insécurité et à autant le nombre de alimentaires a également entraîné réfugiés, principalement du Nigeria, du Mali une augmentation de l'insécurité et du Burkina Faso. La crise et la fermeture alimentaire, ce qui a intensifié la des frontières ont entraîné de graves perturbations dans l'acheminement de situation humanitaire. l'aide humanitaire. En raison de l'insécurité persistante, les régions de Tillaberi, Tahoua, Selon les estimations, 2,3 millions de Diffa et Maradi sont les plus touchées par personnes (8,9 % de la population) les déplacements, qui sont exacerbés seraient en situation d'insécurité alimentaire au quatrième trimestre par les chocs climatiques tels que : les 2023, soit 13 % de plus qu'au quatrième inondations et les sécheresses. En outre, trimestre 2022, en raison du déficit plus de 621 écoles ont été fermées en alimentaire, de l'inflation et de l'insécurité raison de l'insécurité, ce qui a privé plus (Encadré 1.3). On estime également à de 55 000 enfants (filles comme garçons) environ 300 000 le nombre de personnes de scolarité. déplacées à l'intérieur du pays en raison Le nombre de personnes déplacées à Cartographie des déplacements forcés au FIGURE 1.10 l'intérieur (PDI) du pays a fortement FIGURE 1.11 Niger augmenté ces dernières années 400 000 Personnes Déplacées Internes 372 000 Réfugiés 350 000 Demandeurs d'asile Autres personnes 300 000 250 000 200 000 859 104.656 150 000 1.913 35.172 1.936 1 00 000 116.290 133.236 76.161 50 000 37.768 10.237 42.451 16.307 0 Niamey 42.713 289 62.343 2016 2018 2020 2022 2010 2012 2014 4.917 4.917 5.190 1 5.190 Source : Observatoire des déplacements internes. Source : HCR, janvier 2024 ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 27 ENCADRÉ 1.3 MARCHÉS ALIMENTAIRES ET ÉVOLUTION DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE Le Niger a été confronté à des prix alimentaires exceptionnellement élevés tout au long de l'année 2023, même avant la crise et les sanctions imposées par la CEDEAO qui ont suivi. Avant la crise du 26 juillet, le prix moyen national du mil, la principale céréale de base du pays, étaient déjà supérieurs de 12 % à la moyenne saisonnière sur cinq ans. La fermeture des frontières avec les principaux partenaires commerciaux que sont le Nigeria et le Bénin après la crise a considérablement aggravé la situation, les prix du riz importé, en particulier, ayant grimpé de 17 % d'une semaine à l'autre au cours de la semaine qui a suivi la crise. À la fin du mois d'août - le pic de la période de soudure, lorsque les ménages sont le plus exposés à l'insécurité alimentaire - le prix du mil était supérieur de 23 % à la moyenne saisonnière et de 5 % aux précédents records de 2022. Bien que la récolte locale ait entraîné une baisse temporaire des prix en septembre, les prix restent relativement élevés. Tendances des prix moyens nationaux du mil - Niger, 2021-2023 360 340 320 300 280 260 240 220 200 Jan Fev Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Dec Sanctions de la CEDEAO 2023 2021 2022 2023 Moyenne des 5 dernières années Source : Données du Système d'Information des Marchés Agricoles (SIMA) Niger. Les denrées alimentaires sont restées largement disponibles sur les marchés malgré les sanctions - bien qu'à des prix beaucoup plus élevés - grâce à d'importants flux commerciaux informels. Alors que le commerce formel avec le Nigeria et le Bénin a chuté, les importations de denrées alimentaires au Niger se sont poursuivies par des canaux informels le long des frontières poreuses (comme l'ont rapporté les commerçants et les autorités locales et comme en témoigne la disponibilité continue de produits importés sur les marchés de Diffa, Maradi et Zinder). Les voisins du Niger n'appartenant pas à la CEDEAO ont maintenu des frontières ouvertes (alors que la Libye et le Tchad jouent un rôle mineur, l'Algérie est restée une source cruciale de pétrole, de sucre et de produits à base de blé). Le Mali et le Burkina Faso, qui n'ont pas appliqué les sanctions, ont levé les interdictions d'exportation de céréales imposées précédemment, en signe de solidarité avec les nouvelles autorités nigériennes. De plus, le Burkina Faso et le Niger ont organisé des convois conjoints escortés pour acheminer des marchandises par des routes qui avaient été abandonnées en raison de l'insécurité. Les nouvelles autorités ont également pris plusieurs mesures pour améliorer la disponibilité des denrées alimentaires, notamment : (i) en libérant les stocks destinés à l'exportation sur les marchés locaux, (ii) en réduisant les taxes à l'importation pour les principaux produits de base et (iii) en mettant en garde les grossistes contre la spéculation et la constitution de stocks en vue d'une nouvelle hausse des prix. Si aucune pénurie n'a été signalée (à l'exception d'une brève pénurie de riz importé), les stocks alimentaires sont néanmoins restés plus faibles que d'habitude - en particulier dans les zones difficiles d'accès, où 50 % des ménages interrogés dans le cadre de l'enquête nationale d'octobre 2023 susmentionnée ont signalé une baisse de la disponibilité des denrées de base sur leur marché local au cours des quatre dernières semaines. 28 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Évolution des flux commerciaux alimentaires régionaux depuis les ALGERIA LIBYA sanctions du 30 juillet 2023 (à la produits à base de blé, huile mi-décembre) végétale, sucre MALI Des flux accrus céréales, poisson Diminution des flux Pas de changement dans les flux CHAD Pays n’appliquant pas les BURKINA FASO sanctions de la CEDEAO Niamey céréales, sucre, bétail, céréales, céréales Pays appliquant les sanctions huile végétale, légumes secs, (y compris produits à base produits frais riz), huile de la CEDEAO de blé produits frais + végétale, bétail produits frais NIGERIA BENIN TOGO GHANA CÔTE D'IVOIRE CENTRAFRIQUE CAMEROON Source : Analyse du PAM basée sur des entretiens avec les autorités locales, les commerçants et les analystes du marché. L'impact de la crise sur les prix des denrées alimentaires et les moyens de subsistance a entraîné des répercussions directes sur la situation déjà préoccupante du pays en matière de sécurité alimentaire et sur la fragilité de son économie. La dernière analyse du Cadre Harmonisé/IPC réalisée en mars 2024 prévoit que 3,4 millions de personnes, environ 12,9 % de la population totale, seront en situation d'insécurité alimentaire grave pendant la période de soudure de juin à août 2024 (classées dans la phase de crise ou d'urgence du Cadre Harmonisé). Cela représente une augmentation de 18 % par rapport à la même période en 2023. Les principaux facteurs sont l'inflation des prix des denrées alimentaires, les poches de faible production agricole ou fourragère dues à une sécheresse localisée (en particulier dans les zones pastorales) pendant la saison de croissance 2023, et l'insécurité. Ces facteurs liés à l'offre ont été aggravés par la baisse des revenus des ménages due à la perte des moyens de subsistance en raison de la crise politique. L'enquête nationale sur la sécurité alimentaire menée en octobre 2023 a révélé que 34 % des ménages vivant dans des zones accessibles et 66 % de ceux vivant dans des zones difficiles d'accès ont déclaré avoir rencontré des difficultés inhabituelles liées aux moyens de subsistance au cours des deux mois précédents - la difficulté la plus signalée étant la baisse du prix de vente et/ou de la demande pour les produits de base produits ou vendus par le ménage en raison de la fermeture des frontières. L'insécurité alimentaire a également été exacerbée par les perturbations des programmes d'aide humanitaire en 2023 - en partie à cause de la crise politique et des sanctions, qui ont empêché les importations de nourriture et de produits nutritifs spécialisés pour les enfants, réduit le financement des donateurs pour le gouvernement et les programmes d'aide alimentaire des partenaires, et restreint l'accès humanitaire à certaines parties du pays. Cette situation a un effet direct sur les niveaux d'insécurité alimentaire et de malnutrition infantile en 2024, car les ménages qui se trouvaient déjà dans une situation d'insécurité alimentaire grave l'année dernière et qui n'ont pas reçu d'aide risquent fort de sombrer encore plus dans l'insécurité alimentaire au cours de la prochaine période de soudure. Source : Programme alimentaire mondial Niger ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 29 1.3 Perspectives économiques et de pauvreté Avec la levée des sanctions, la production et de transit soient mis en place et et les exportations de pétrole à grande que la libre circulation des biens, des échelle et le règlement d'une grande services et des personnes soit maintenue, partie des arriérés, la croissance limitant ainsi les impacts sur les coûts devrait se redresser, mais des risques commerciaux plus élevés (nouveaux importants pèsent sur les perspectives. tarifs) et la baisse des échanges avec les pays de la CEDEAO non membres de À la fin du mois de juin 2024, le l'UEMOA, les primes de risque plus élevées gouvernement avait apuré une part des investisseurs et l'augmentation des importante des arriérés intérieurs coûts de financement régionaux. Le et extérieurs. Premièrement, le secteur budgétaire restera confronté gouvernement a apuré ses arriérés envers à des contraintes de financement, car la Banque mondiale et la Banque africaine plusieurs partenaires de développement de développement à la fin du mois d'avril continueront probablement à suspendre 2024. Deuxièmement, le gouvernement a leurs engagements financiers, et en raison conclu un accord avec l'UMOA-Titres sur de l'augmentation du coût des emprunts ses arriérés intérieurs afin de réintégrer le nationaux. L'inflation devrait atteindre 8,5 marché régional. En vertu de cet accord, % en 2024 en raison de la fermeture de le Niger accepte de payer : (i) la moitié la frontière avec le Bénin et de la baisse des arriérés d'intérêts ; (ii) les arriérés de de la production céréalière au cours de la capital seront refinancés par les nouvelles campagne agricole 2023/2024 par rapport à obligations ; (iii) la moitié restante des la campagne 2022/2023. L'inflation devrait arriérés d'intérêts dans un délai de 30 rester supérieure à 3 % en 2025-26, car la jours. À la suite de l'accord, le 26 avril, le reprise des importations importantes en Niger a levé avec succès 457 milliards de provenance de la région est compensée FCFA lors de sa première incursion sur par la hausse des coûts d'importation due le marché financier régional depuis août à la sortie de la zone de libre-échange de 2023. L'émission, totalisant 419 milliards la CEDEAO. Avec le début des exportations FCFA (équivalent au montant de la dette de pétrole, le déficit des comptes courants du marché arrivant à échéance entre devrait se réduire légèrement, passant de juillet 2023 et avril 2024), comprenait des 9,3 % du PIB en 2023 à 8,3 % en 2024. bons du Trésor (maturité 12 mois) et des obligations du Trésor (maturité 3 ans et 5 La production de pétrole à grande ans). échelle destinée à l'exportation a été interrompue à la mi-juin 2024 en La croissance pourrait rebondir à 5,7 % raison de différends commerciaux avec (1,8 % par habitant) en 2024 et atteindre le Bénin. Après la mise en service de une moyenne de 6,5 % en 2025-26, l'oléoduc Niger-Bénin en novembre 2023, stimulée par d'importantes exportations la production de pétrole a dépassé la de pétrole, compte tenu d'une forte consommation intérieure pour effectuer production agricole. Les secteurs de des tests le long de l'oléoduc et remplir l'industrie et des services non pétroliers, les réservoirs de stockage. Le pétrole brut qui ont accumulé des pertes en 2023, sont a ensuite été pompé dans l'oléoduc et a confrontés à une reprise difficile. Cette atteint le port de Sèmè (Bénin) à la fin du projection inclut les impacts négatifs mois d'avril. Toutefois, l'expédition a été attendus sur la croissance d'un retrait retardée en raison du fait que le Bénin ordonné de la CEDEAO (Encadré 1.4), qui empêche les navires de charger jusqu'à ce suppose que les accords commerciaux que le Niger re-ouvre sa frontière terrestre 30 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER avec le Bénin, qui reste fermée malgré la capitaux et de la main-d'œuvre, ainsi levée des sanctions. À la mi-mai et à la mi- que des retombées sur le commerce de août, les autorités béninoises ont autorisé l'UEMOA, entraînerait des conséquences les navires à charger et à exporter le pétrole négatives plus importantes. La réalisation brut du Niger. Cependant, l'escalade du de nouvelles opportunités commerciales conflit commercial a conduit les autorités permettrait d'atténuer les impacts nigériennes à arrêter la production de (Encadré 1.4). La persistance ou l'escalade pétrole pour l'exportation à la mi-juin. des tensions politiques entre le Bénin et le Avec le début des exportations de pétrole, Niger contribueront à augmenter les coûts les autorités nigériennes s'attendent à commerciaux et à retarder davantage les ce que la production de pétrole atteigne exportations de pétrole. près de 107 000 barils/jour en 2024, soit une multiplication par plus de 5 fois de Les perspectives incertaines se sont la production nationale de pétrole par traduites par une prime de risque plus rapport aux années précédentes (20 000 élevée sur l'obligation du Niger, avec des barils/jour). En supposant que les prix du taux d'intérêt plus élevés et une couverture pétrole s'élèvent à 60 Dollar US/baril en partielle des émissions récentes du pays sur prix constants de 2010, l'augmentation de le marché obligataire régional. La poursuite la production amènera le secteur pétrolier de l'incertitude sur la politique économique à représenter 13 % du PIB du Niger (contre pourrait entraîner une hausse soutenue environ 2 % en 2023). des coûts de financement régionaux et la BCEAO pourrait être amenée à poursuivre En prévision des exportations de pétrole le resserrement monétaire en 2024 pour brut, le Niger a emprunté 400 millions maîtriser l'inflation. Un resserrement du de dollars US à la Chine, remboursables financement pourrait conduire à des sur un an à un taux d'intérêt de 7 %. Le réductions dans les dépenses publiques, Niger et la Chine ont signé au total trois affectant les investissements porteurs de accords, dont l'accord de prêt pour le croissance, alors que les pressions sur les paiement anticipé, un protocole d'accord dépenses de sécurité augmentent. et un contrat pour la commercialisation conjointe du pétrole brut. Le prêt est garanti par la part de pétrole brut du Le budget national pour 2024 s'appuie Niger destinée à l'exportation, mais les sur l'augmentation des recettes détails supplémentaires du prêt, tels que provenant de l’exportations du pétrole les hypothèses de production et de prix, brut, mais il n'est peut-être pas réaliste n'ont pas été divulgués. Les accords ont en termes de recettes ou de sources de une durée d'un an et le premier ministre a financement.10 indiqué que le gouvernement réévaluera et choisira l'accord/partenaire qui servira le Selon le budget (initial) approuvé pour mieux les intérêts du pays. 2024, les recettes du gouvernement devraient se redresser. Les principales Les perspectives restent soumises à hypothèses qui ont sous-tendu la loi d'importants risques de dégradation, de finances initiale comprennent : (i) la notamment une détérioration de la levée des sanctions au début de 2024, situation en matière de sécurité, des avec l'ouverture totale des frontières au chocs sur les termes de l'échange, des commerce international; (ii) la reprise chocs climatiques, des conditions de des décaissements (projets et appui financement difficiles, le retrait de budgétaire) par les partenaires extérieurs; la CEDEAO et des tensions politiques (iii) une croissance économique de 11,3 %; soutenues. Un retrait de la CEDEAO avec (iv) une production pétrolière de 107 000 des lacunes dans les accords entraînant barils/jour évaluée à 79,9 Dollar US/baril. des perturbations plus importantes dans le transport, le transit et la libre circulation des biens, des services, des 10 Sur la base de la loi de finances initiale pour 2024 ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 31 L'augmentation de la production et des exportées vers la Chine et empêchent exportations de pétrole devrait accroître les cargaisons supplémentaires, exigeant les recettes publiques. Les recettes la re-ouverture de la frontière terrestre. totales devraient atteindre 16,8 % du PIB, En réponse, les autorités nigériennes ont principalement grâce à une reprise des fermé l'oléoduc et arrêté la production de recettes fiscales à 11,8 % du PIB, contre 8,1 pétrole pour l'exportation depuis la mi- % du PIB en 2023. Les recettes pétrolières juin. Deuxièmement, le prix du baril de devraient atteindre 3,9 % du PIB (figure pétrole utilisé est le prix prévu du pétrole 1.14). Cela représente environ 23,5 % des Brent, qui ne reflète probablement pas le recettes publiques totales et 33,4 % des prix de référence approprié pour le Niger. recettes fiscales. Les recettes pétrolières Troisièmement, le budget repose sur projetées sont basées sur une production l'hypothèse d'une reprise des financements atteignant près de 107 000 barils par jour régionaux et extérieurs, y compris les sur l'ensemble de l'année, au prix de 79,9 projets et le financement du budget, de Dollar US le baril. la part des organisations internationales/ partenaires au début de 2024. Bien que le Parallèlement, la reprise des dépenses gouvernement ait commencé à appurer en capital stimulera les dépenses totales. le stock d'arriérés, l'accès au financement Le rationnement des dépenses en 2023 a restera probablement limité et plus principalement concerné les dépenses en coûteux. capital, tandis que les dépenses courantes sont restées pratiquement inchangées. Les emprunts sur le marché régional En 2024, les dépenses totales devraient seront probablement limités et plus atteindre 20,2 % du PIB, contre 15,9 % en coûteux, de sorte que l'enveloppe 2023. Les dépenses en capital devraient budgétaire pour les dépenses (recettes s'élever à 11,3 % du PIB, et les dépenses plus financement) devrait être courantes à 8,9 % du PIB, contre 5,7 % du considérablement réduite. Après avoir PIB et 9,6 % du PIB respectivement en 2023. conclu un accord avec l'UMOA-Titres sur ses arriérés intérieurs, le Niger a réussi à Le déficit budgétaire devrait s'élever lever 457 milliards de FCFA (747 millions à 394 milliards de FCFA, soit 3,4 % du de dollars US) le 26 avril sur le marché PIB. L'amortissement est prévu à 2,5 % financier régional pour la première fois du PIB. Pour satisfaire les besoins bruts depuis août 2023. Les taux d'intérêt étaient de financement le gouvernement prévoit plus élevés que ceux avant le changement d'emprunter sur le marché obligataire anticonstitutionnel, reflétant une prime régional, mais aussi auprès de partenaires à l'investissement au Niger par rapport à internationaux pour le financement du d'autres émetteurs régionaux. Néanmoins, budget et des projets. En particulier, le ces taux sont comparables à ceux du budget prévoit des prêts-projets à hauteur de 1,8 % du PIB, un soutien budgétaire à Burkina Faso et du Mali. Par ailleurs, les hauteur de 2 % du PIB et des emprunts émissions de bonds juillet et Aout n’ont nationaux à hauteur de 2,2 % du PIB. été que partiellement couverts a 62.7 et 57.1 % respectivement. La collecte des recettes et le financement en 2024 seront probablement inférieurs Selon les estimations de la Banque aux prévisions du budget approuvé, ce mondiale, le déficit budgétaire devrait qui entraînera des dépenses inférieures atteindre 4,4 % du PIB, les recettes et aux prévisions. Tout d'abord, la production les dépenses étant prévues à 10,9 et 15,2 % et l'exportation de pétrole à grande échelle du PIB respectivement (figure 1.16). ont commencé, mais ont été interrompues en raison d'un différend commercial avec le Bénin. Les autorités béninoises n'ont jusqu'à présent autorisé que deux cargaisons de pétrole à être chargées et 32 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Dans le budget approuvé, les recettes Selon la Loi des Finances initialeLes FIGURE 1.12 devraient se redresser et atteindre 16,8 % FIGURE 1.13 recettes pétrolières devraient atteindre du PIB, grâce aux recettes fiscales liées 3,9 % du PIB en 2024, la production aux biens et services et au commerce pétrolière devant atteindre près de 107 000 barils/jour Recettes budgétaires (% du PIB) Recettes liées au pétrole (% du PIB) 30% 4,5% 25% 4,0% 3,5% 0,78% 20% 3,0% 0,76% 15% 2,5% 2,0% 0,74% 10% 1,5% 0,20% 0,30% 1,0% 5% 0,19% 0,5% 0,40% 0% 0,0% 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Loi de Taxer le pétrole TVA intérieure, secteur finances pétrolier révisée Redevances pétrolières ad volorem Biens et services Échange international Autres recettes fiscales TVA à l'importation, Revenu secteur pétrolier Biens et services Recettes non fiscales Autres recettes fiscales Travaux publics, workfare et création d’emplois Revenu Recettes non fiscales directs Source : Ministere des Finances et calculs des services de la Banque Source : Ministere des Finances et calculs des services de la Banque Mondiale. Mondiale.. Le déficit budgétaire devrait se réduire en Selon l'analyse de la Banque Mondiale, FIGURE 1.14 2024 dans le budget approuvé FIGURE 1.15 le déficit budgétaire se réduira probablement à 4,4 % du PIB en 2024 (critere de convergence de l’UEMOA) Composition du budget approuvé (en % du PIB) Dépenses, recettes et déficit budgétaire estimés 20% par la BM (en % du PIB) 15% 15 10% 10 5% 5 0% 0 -3,6% -4,4% -5,3% -5,4% -5% -6,1% -6,8% -5 -3,2% -4,4% -3,9% -10% -10 -15% -15 -20% -20 2024 2025 2026 -25% 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Recettes fiscales Subventions Dépenses en capital Recettes fiscales Recettes non fiscales Recettes non fiscales Subventions Dépenses courantes Dépenses courantes Dépenses en capital Déficit budgétaire Déficit budgétaire Source : Ministère des Finances et calculs des services de la Banque Source : MOF et calculs des services de la Banque mondiale. mondiale. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 33 Le taux d'extrême pauvreté devrait Des options politiques (voir tableau diminuer d'ici 2024-26, conformément E.1) sont disponibles pour renforcer le aux taux de croissance prévus. cadre macro-fiscal du Niger et soutenir la reprise économique après sept (7) Sur la période 2024-2026, le taux mois de sanctions. À court terme, il est d'extrême pauvreté, au niveau du essentiel (i) d'établir et de mettre en œuvre seuil international (2,15 Dollar US par un plan réaliste et crédible d'apurement personne et par jour), devrait diminuer, des arriérés intérieurs pour permettre au conformément aux fortes projections Niger de retrouver l'accès aux sources de de croissance de base. En supposant financement régionales et extérieures ; (ii) une croissance solide dans les secteurs le retour à des systèmes de gestion des agricoles et des politiques qui utilisent finances publiques établis ; (iii) mettre en efficacement les revenus pétroliers place une gestion efficace (iv) prendre des accrus pour la population, le taux de mesures pour atténuer les effets négatifs pauvreté devrait diminuer à 42,5 % d'ici du retrait de la CEDEAO et minimiser les 2026. Malgré une inflation relativement retombées sur le commerce de l'UEMOA. élevée, qui devrait atteindre 8,5 % en 2024 À moyen terme, la mise en place d'une et 5,4 % en moyenne en 2025-2026, la autorité de régulation du secteur pétrolier croissance du PIB réel dans l'agriculture, dotée d'un pouvoir de contrôle et d'une qui représente environ 69 % du revenu des capacité d'évaluation est nécessaire. ménages pauvres, devrait être supérieure Une capacité adéquate pourrait garantir à 5 %, ce qui est nettement plus élevé une surveillance et une mise en œuvre que la croissance démographique. En efficaces du règlement et faire en sorte conséquence, le nombre de pauvres que les opérations pétrolières soient absolus devrait diminuer et atteindre près menées de manière efficace, transparente de 12,9 millions de personnes d'ici 2026, et conformément aux meilleures pratiques soit une diminution de 473 000 pauvres de l'industrie. depuis 2024. Toutefois, les perspectives en matière de pauvreté sont entachées d'incertitudes significatives. Premièrement, l'évolution de la pauvreté dépendra essentiellement des politiques qui transmettent les rentes pétrolières et gazières à l'ensemble de la population, en particulier aux pauvres. C'est le cas lorsque la croissance a lieu dans un secteur qui n'emploie pas les pauvres. Deuxièmement, près de 80 % des ménages dépendent principalement d'activités agricoles qui sont vulnérables aux chocs climatiques. Enfin, une détérioration de la situation sécuritaire et une augmentation du nombre de personnes déplacées entraveraient la réduction de la pauvreté et exacerberaient la situation d'insécurité alimentaire chronique du Niger. 34 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER ENCADRÉ 1.4 ANALYSES PRÉLIMINAIRES DES IMPACTS POTENTIELS DU RETRAIT DE LA CEDEAO Cet encadré examine les liens régionaux existants, présente les principaux canaux de transmission potentiels et les impacts économiques attendus du retrait, et met en évidence ses risques ainsi que des opportunités. Il s'agit d'analyses préliminaires basées sur des scénarios et des hypothèses, qui devront être mises à jour en fonction de l'évolution de la situation, par exemple lorsque des accords commerciaux bilatéraux auront été négociés et des tarifs extérieurs fixés. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)11 depuis 1975 et de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) depuis 1994. La CEDEAO a un programme ambitieux d'intégration économique régionale qui promeut la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services (les instruments clés comprennent le passeport de la CEDEAO, une zone de libre-échange (ZLE) avec un tarif extérieur commun (TEC), un régime de transport et de transit, et des projets d'intégration régionale tels que le Pool énergétique ouest- africain (EEEOA). L'UEMOA partage un programme d'intégration économique complémentaire (elle dispose également d'une zone de libre-échange avec un TEC aligné sur celui de la CEDEAO). En outre, les États membres de l'UEMOA forment une union monétaire avec une banque centrale régionale (BCEAO), une politique monétaire et une monnaie commune. Le marché obligataire de l'UEMOA est une source essentielle de financement pour les États membres, y compris le Mali et le Burkina Faso. Le 28 janvier 2024, dans un communiqué commun, les trois pays ont annoncé leur retrait immédiat de la CEDEAO. Selon le traité révisé de la CEDEAO, une période de notification d'un an est nécessaire pour quitter la CEDEAO. Lors du sommet des chefs d'État de la CEDEAO qui s'est tenu le 24 février 2024, la CEDEAO a levé toutes les sanctions à l'encontre du Niger et a appelé à l'unité et les trois pays à reconsidérer leur décision.12 Les trois pays restent membres de l'UEMOA. Les liens socio-économiques existants entre les trois pays et le reste de la CEDEAO (Figure 1.17 - 20) : Les avantages potentiels de l'appartenance à une communauté économique plus large sont significatifs pour les trois pays plus petits et enclavés : Le Burkina Faso, le Mali et le Niger font partie des États membres de la CEDEAO à faible revenu, représentant environ 8 % du PIB mais 17 % de la population. Pour ces trois pays, les principaux liens socio-économiques sont les importations en provenance de la CEDEAO, les corridors de transit terrestre et les 3 millions de membres de la diaspora résidant dans la région : ▪ Le niveau du commerce formel intra-CEDEAO est inférieur à celui des autres zones économiques régionales - seulement 8 % du commerce total est inter-régional comparé à 18 % pour la Communauté de l'Afrique de l'Est et 20 % pour la Communauté de développement de l'Afrique australe. Moins de 5 % des exportations formelles du Burkina Faso, du Mali et du Niger13 sont destinées à la CEDEAO car les exportations sont dominées par l'or (70-95 % des exportations totales en valeur) et d'autres produits extractifs vers des pays en dehors de la CEDEAO (Figure 1.17). ▪ Cependant, plus d'un tiers (37 %) des importations de marchandises des trois pays proviennent de la CEDEAO14 - en particulier, les produits alimentaires et les carburants de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Nigeria. Sur ce total, le Mali et le Burkina importent principalement d'autres pays de l'UEMOA, tandis que le Niger importe également de manière significative du Nigéria (Figure 1.17). ▪ En outre, une grande partie de la demande intérieure d'électricité a été satisfaite par des importations régionales : Le Burkina Faso depuis le Ghana, le Mali depuis la Côte d'Ivoire et le Niger depuis le Nigéria, fournissant de l'électricité à un coût inférieur à celui de la production nationale. Cependant, ces importations régionales d'énergie sont perturbées depuis 2023, ce qui contribue aux pénuries d'électricité et à l'aggravation des déficits financiers du secteur (Figure 1.18).15 ▪ Au-delà du commerce direct, les corridors de transit terrestre dans la région de la CEDEAO sont essentiels pour que les trois pays enclavés puissent se connecter aux autres pays de la région et aux ports côtiers de la région (Dakar, Abidjan, Lomé, Cotonou, Tema) pour les importations en provenance du reste du monde (ROW) (Figure 1.19).16 ▪ Les flux de personnes sont substantiels et apportent d'importants transferts de fonds : Les citoyens du Burkina Faso, du Mali et du Niger détenteurs du passeport unique de la CEDEAO voyagent sans visa et ont le droit de résider et de travailler dans la région. Environ 3 millions de membres de la diaspora (Burkina Faso : 1,6 million, Mali : 900 000, Niger : 400 000) résident dans la CEDEAO (principalement dans l'UEMOA, c'est-à-dire en Côte d'Ivoire, mais aussi au Nigeria), envoyant d'importants transferts de fonds qui soutiennent les équilibres extérieurs et les revenus des ménages (Figure 1.20). Les trois pays sont impliqués 11 Adhésion à la CEDEAO en janvier 2024 : 15 pays, dont 8 font également partie de l'UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et 7 ne font pas partie de l'UEMOA (Cabo Verde, Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria et Sierra Leone). 12 CEDEAO (2024). Sommet extraordinaire de l'Autorité des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO sur la situation poli- tique, de paix et de sécurité dans la région. https://www.ecowas.int/wp-content/uploads/2024/02/EXT-ORD-SUMMIT-FINAL-COM- MUNIQUE-ENGLISH-_240225_160529.pdf 13 Les exportations informelles ne sont pas prises en compte dans les données, y compris, par exemple, les exportations de produits agricoles et de bétail du Niger vers le Nigeria. 14 Les importations pourraient refléter l'intégration du commerce des services, où les biens provenant de l'extérieur de la CEDEAO sont importés par les pays côtiers, souvent par des grossistes, qui les réexportent ensuite vers les trois pays. 15 Les exportations d'électricité de la Côte d'Ivoire vers le Mali ont diminué de ~120 MW à ~10 MW actuellement en raison d'impor- tants arriérés de paiement, ce qui contribue à la crise énergétique actuelle. Avant les sanctions de la CEDEAO, 70 % de la demande d'électricité du Niger était satisfaite par des importations en provenance du Nigéria ; le Niger a augmenté sa production thermique nationale (plus coûteuse) en réponse aux sanctions. 16 Le Mali dépend principalement de Dakar, Sénégal, puis d'Abidjan, CIV. Le Niger utilise principalement Cotonou, Bénin. Le Burkina Faso utilise Lomé (Togo), Abidjan (CIV) et Tema (Ghana). ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 35 dans 21 % des échanges de transferts de fonds intra-CEDEAO (équivalant à environ 3,5 milliards USD). 21 % des échanges de transferts de fonds intra-CEDEAO (équivalant à environ 3,5 milliards Dollar US). Principaux canaux de transmission potentielles, scénarios de retrait de la CEDEAO et impacts attendus Compte tenu des liens socio-économiques, les principaux canaux de transmission potentiels de la sortie de la CEDEAO pour les trois pays sont les perturbations du commerce, du transit et des flux de personnes, ainsi que l'augmentation des primes de risque des investisseurs. ▪ Flux commerciaux (importations) : Des coûts d'importation plus élevés (en raison de nouveaux tarifs douaniers et de barrières non commerciales (BNT) réduiraient les importations (aliments et carburants) en provenance des pays de la CEDEAO non- membres de l'UEMOA après la sortie de la zone de libre-échange de la CEDEAO. En théorie, le commerce avec les pays de l'UEMOA ne devrait pas être affecté par la sortie de la ZLE de la CEDEAO si la ZLE de l'UEMOA continue à bien fonctionner. ▪ Flux de transit : Les perturbations des couloirs de transit terrestre réduiraient les échanges avec les autres pays de l'UEMOA et le reste du monde. ▪ Retombées sur le commerce régional de l'énergie - non directement liées à l'appartenance à la CEDEAO17,mais susceptibles d'être influencées par des dynamiques régionales plus larges. La réduction des importations d'électricité augmenterait probablement le coût de l'énergie à court terme. ▪ Flux de personnes : Perturbations de la libre circulation de ses citoyens dans la région de la CEDEAO. ▪ Une incertitude politique accrue entraînerait une augmentation des primes de risque des investisseurs et, par conséquent, des coûts du financement régional de l'UEMOA. Les rendements obligataires pour le Niger avaient déjà augmenté de manière significative depuis janvier 2022 jusqu'en juillet 2023 - comme dans le reste de l'UEMOA (bons du Trésor à 1 an à 7,69 % et obligations à 3 ans à 7,37 %). Le Niger a perdu l'accès au marché obligataire régional de l'UEMOA en raison des sanctions. Il a retrouvé cet accès en avril 2024 ; les rendements moyens pour tous les instruments ont augmenté de plus de 100 points de base par rapport à juin-juillet 2023. L'importance des canaux de transmission et les impacts attendus sur l'économie dépendront des modalités de sortie de la CEDEAO et de l'existence de retombées sur le commerce de l'UEMOA et sur le commerce régional de l'énergie. Compte tenu des nombreuses incertitudes, deux scénarios stylisés ont été définis pour analyser les impacts potentiels sur les trois pays. Dans les deux scénarios, les trois pays restent dans l'UEMOA et il y a des perturbations minimales à la libre circulation des personnes étant donné le désir d'éviter des perturbations sociales importantes. SCÉNARIO 1 : Une sortie ordonnée de la CEDEAO avec des accords négociés qui minimisent les retombées sur l'UEMOA. Ce scénario limiterait les impacts de la sortie de la zone de libre-échange de la CEDEAO avec des coûts commerciaux plus élevés et un commerce plus faible avec les États membres de la CEDEAO qui ne font pas partie de l'UEMOA. Les instruments de transport et de transit sont renégociés et/ou inclus dans de nouveaux accords bilatéraux. Les échanges avec les autres pays de l'UEMOA se font conformément à la ZLE de l'UEMOA. Les importations régionales d'énergie restent à leur niveau actuel - c'est- à-dire inférieur aux niveaux d'avant 2023 - car les trois pays cherchent à renforcer leur indépendance énergétique, ce qui se traduit par des coûts d'électricité élevés. Des accords sont en place pour préserver l'exemption de visa et le droit de résider et de travailler pour ses citoyens dans toute la région de la CEDEAO. L'incertitude quant à la sortie et à ses conséquences entraîne une augmentation des primes de risque des investisseurs et des coûts de financement régionaux de l'UEMOA. Dans l'ensemble, nous nous attendons à ce que la croissance annuelle du PIB pour 2024-2026 soit légèrement inférieure à la suite du retrait de la CEDEAO (par rapport à un scénario contrefactuel sans sortie de la CEDEAO). Les impacts attendus du côté de la demande seraient une légère baisse des volumes d'importations en provenance des pays de la CEDEAO non membres de l'UEMOA, et une légère baisse des investissements privés et publics en raison des risques accrus et des coûts plus élevés du financement régional de l'UEMOA. L'inflation serait légèrement plus élevée en raison des coûts d'importation plus élevés. Du côté de l'offre, les secteurs de l'agriculture et des industries extractives ne seraient pas matériellement affectés par les perturbations des chaînes d'approvisionnement régionales, les exportations minières (or, uranium) et pétrolières se faisant en dehors de la CEDEAO par voie aérienne et par l'oléoduc du Bénin. En revanche, les secteurs de l'industrie manufacturière et des services seraient davantage touchés par les coûts plus élevés des intrants et de l'énergie importés, ainsi que par la baisse des volumes d'échanges. SCÉNARIO 2 : une sortie de la CEDEAO avec des accords lacunaires, qui entraîne des retombées substantielles sur l'UEMOA. Dans ce scénario, les droits de douane et les BNT sur les importations en provenance des pays de la CEDEAO non-membres de l'UEMOA seraient plus élevés que dans le scénario 1, ce qui pourrait augmenter les recettes douanières à court terme, mais réduirait considérablement les volumes d'importation. Les instruments de transport et de transit ne sont pas entièrement renégociés et/ou inclus dans les nouveaux accords bilatéraux, de sorte qu'il existe des lacunes importantes qui perturbent les flux commerciaux avec les pays de l'UEMOA et le reste du monde. Il pourrait également y avoir des frictions commerciales au sein de la ZLE de l'UEMOA (il est par exemple plus complexe d'utiliser le certificat d'origine de l'UEMOA que celui de la CEDEAO). L'indépendance énergétique est encore plus fortement recherchée, ce qui conduit à des importations régionales d'énergie 17 Alors que l'EEEOA est une institution de la CEDEAO, le commerce régional de l'énergie est régi par des accords bilatéraux d'achat d'électricité et des accords de services de transmission entre les pays commerçants. 36 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER inférieures aux niveaux actuels et à des coûts de l'électricité plus élevés à court terme. Les primes de risque des investisseurs et les coûts de financement régionaux augmentent davantage que dans le scénario 1. Toutefois, des accords sont en place pour préserver l'exemption de visa et le droit de résider et de travailler pour ses citoyens dans l'ensemble de la région de la CEDEAO. Dans l'ensemble, nous nous attendons à ce que les impacts négatifs sur la croissance du PIB pour 2024-2026 soient plus importants que dans le scénario 1, mais restent modérés. Les impacts attendus du côté de la demande seraient plus importants que dans le scénario 1 en termes de réduction des importations (en provenance des pays de la CEDEAO membres et non membres de l'UEMOA), de réduction des niveaux d'investissements privés et publics, et d'impacts inflationnistes des importations. Le Niger pourrait subir des impacts plus importants que le Burkina Faso et le Mali en raison de ses liens commerciaux plus forts avec les pays de la CEDEAO non-membres de l'UEMOA (Nigeria) et des vulnérabilités macro-budgétaires résultant de sept mois de sanctions économiques et financières. Le fait que les impacts globaux attendus dans le cadre de ces deux scénarios ne soient que légèrement à modérément négatifs reflète la structure économique des trois pays : l'importance de l'agriculture (principalement la production alimentaire nationale non commercialisable) et des secteurs extractifs, ainsi que les importants flux commerciaux informels dans la région, qui sont susceptibles d'être moins affectés par la sortie de la zone de libre-échange de la CEDEAO. Autres risques et opportunités Les impacts socio-économiques attendus seraient beaucoup plus importants si la sortie de la CEDEAO perturbait la libre circulation des personnes, impactant les millions de personnes de la diaspora et leurs flux d'envois de fonds. Le communiqué de la CEDEAO du 24 février 2024 souligne ce risque : "Le retrait affectera automatiquement le statut d'immigration des citoyens, car ils pourraient être obligés d'obtenir un visa pour voyager dans la région. Les citoyens pourraient ne plus être en mesure de résider ou de créer des entreprises dans le cadre des accords de la CEDEAO et pourraient être soumis à diverses lois nationales. Les trois pays cesseront d'utiliser les passeports de la CEDEAO, la carte d'identité nationale biométrique de la CEDEAO et l'assurance automobile "ECOWAS Brown Card" à l'échelle de la région. Les trois pays restent dans l'UEMOA ; cependant, la décision de sortir de la CEDEAO a créé une certaine incertitude. Les analystes du marché considèrent une sortie de l'UEMOA comme un risque de faible probabilité18, mais qui aurait des conséquences beaucoup plus graves sur la croissance, l'inflation et les soldes extérieurs et budgétaires, étant donné les liens commerciaux plus forts avec les autres pays de l'UEMOA et parce que l'union monétaire fournit un point d'ancrage pour la stabilité macroéconomique (grâce à l'arrimage du franc CFA à l'euro, au volant de réserves extérieures mises en commun, et aux règles communes de stabilisation macroéconomique).19 Par conséquent, si les risques perçus d'une sortie de l'UEMOA sont accrus, cela pourrait encore augmenter les primes de risque des pays et les coûts de financement régionaux, même s'ils restent dans l'UEMOA. Ce serait un défi sérieux à un moment où les besoins bruts de financement sont élevés. Enfin, si la participation des trois pays aux programmes d'intégration régionale et aux efforts de facilitation des échanges est perturbée, les trois pays pourraient subir d'importantes répercussions à moyen et à long terme en termes d'"opportunités de développement manquées" dans les domaines de l'énergie, des systèmes alimentaires, de la sécurité, du numérique et de la préparation aux pandémies. Cependant, il existe également de nouvelles opportunités commerciales, par exemple l'intensification des relations commerciales bilatérales existantes ou l'établissement de nouvelles relations commerciales bilatérales, y compris avec des pays en dehors de la CEDEAO - déjà environ 2/3 des importations proviennent de l'extérieur de la CEDEAO - bien que ces opportunités puissent prendre du temps avant de se matérialiser pleinement, car de nouveaux accords commerciaux devront être négociés et de nouvelles routes commerciales/de transit mises en place. 18 S&P Global Ratings (2024). Ce que le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO signifierait pour l'UEMOA. https:// www.spglobal.com/ratings/en/research/articles/240226-what-the-departure-of-burkina-faso-mali-and-niger-from-ecowas-would- mean-for-waemu-13004298 19 Les impacts potentiels sont difficiles à évaluer, bien que nous puissions noter la sortie précédente du Mali de l'union monétaire du FCFA en 1962, qui a entraîné une dévaluation de sa nouvelle monnaie, des déséquilibres macroéconomiques et une longue période de faible croissance. Le Mali a réintégré l'UMOA en 1984. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE ET DE LA PAUVRETÉ 37 Part des importations totales enregistrées en Total de l'électricité importée et exportée au FIGURE 1.16 provenance du reste du monde, de l'UEMOA et FIGURE 1.17 sein de la CEDEAO (réseau WAPP), 2022 de la CEDEAO non membre de l'UEMOA 2000 Burkina Faso 65,0 30,9 4,1 1500 1000 500 Énergie (GWH) Mali 56,3 43,1 0,6 - (500) (1000) Niger 79,0 12,2 8,8 (1500) (2000) (2500) 3 pays 62,6 34,3 3,1 (3000) Senegal Niger Gambia Ghana Liberia Nigeria Benin/Togo Burkina Faso Mali Cote d’Ivoire Sierra Leone Guinea-Bissau 0% 20% 40% 60% 80% 100% Reste du monde UEMOA CEDEAO hors UEMOA Imports Exports Note : Tous les chiffres sont des moyennes pour la période 2018- 22. Les échanges portent sur les biens et excluent les importations d'électricité. Source : UNCOMTRADE, 2024, à partir de statistiques Source : CEDEAO-WAPP, 2024. commerciales miroirs, analyse du personnel de la BM. Flux de transit : Transit maritime par port régional FIGURE 1.18 Transit maritime pour le Mali (Mt.) Transit maritime pour le Burkina Faso (Mt.) Transit maritime pour le Niger (Mt.) 5,0 8,0 5,0 4,0 6,0 4,0 3,0 3,0 4,0 2,0 2,0 1,0 2,0 1,0 0,0 0,0 0,0 2020 2020 2020 2010 2010 2019 2019 2018 2018 2014 2014 2016 2016 2010 2012 2015 2021 2012 2015 2021 2019 2013 2013 2018 2014 2016 2017 2017 2012 2015 2021 2013 2017 2011 2011 2011 Dakar Abidjan Abidjan Lome Cotonou Autres ports Autres ports Tema Autres ports Source : Autorités portuaires. Flux de personnes : Nombre de membres de la diaspora du Burkina Faso, du Mali et du Niger par pays FIGURE 1.19 d'accueil 1,8 1,6 0,1 Des millions de personnes 1,4 0,1 1,2 Reste du monde 1,0 Autre CEDEAO 1,4 0,1 0,8 0,2 Niger 0,6 0,2 Autre UEMOA 0,4 Côte d’Ivoire 0,1 0,2 0,5 0,2 0,0 0,1 Burkina Faso Mali Niger Source : https://www.migrationdataportal.org/regional-data-overview/western-Africa, analyse des services de la Banque mondiale. 38 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER 2 INVESTIR DANS L'EDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 2.1 Contexte sectoriel : Principaux défis dans le secteur de l'éducation L'amélioration de l'accès à l'éducation selon la classification de l'Organisation se heurte à des infrastructures scolaires mondiale de la santé (OMS), et résultats limitées et médiocres, à une insécurité médiocres dans le domaine de l'éducation. croissante et à une forte pression démographique. L'accès à l'éducation reste un défi majeur aux niveaux primaire et secondaire, Les faibles résultats du Niger en matière en partie à cause des infrastructures de développement humain constituent scolaires limitées et très souvent une contrainte contraignante pour la défaillants et, plus récemment, de promotion de la croissance économique l'insécurité. Malgré les améliorations et de la prospérité partagée. L'indice récentes de l'accès à l'enseignement du capital humain (HCI) de la Banque primaire public, le système peine à mondiale montre que les Nigeriens nés absorber la croissance rapide de la aujourd'hui ne devraient atteindre que 32 % population jeune. Selon les statistiques, de leur potentiel de productivité en raison plus de 50 % des enfants âgés de 7 à 16 de graves carences en matière de santé, ans ne sont pas scolarisés. La situation de nutrition et d'éducation17. La faiblesse est pire pour les filles, surtout après les de l'HCI est due à une combinaison de fermetures d'écoles dues au COVID-19 et problèmes interdépendants : (i) taux à l'insécurité qui s'ensuit. En 2022, environ élevés de mortalité infantile et maternelle, 36 % des 81 947 salles de classe primaires (ii) faible couverture vaccinale des enfants, et secondaires du pays étaient classées (iii) taux élevés de retard de croissance, (iv) "Classe Paillote" (CP). Dans tout le pays, niveaux élevés de malnutrition chronique ces salles de classe servent de palliatif qui placent le pays dans un état "d'urgence" en l'absence d'infrastructures scolaires permanentes et constituent un dernier recours pour les enfants, les familles et 17 Groupe de la Banque mondiale (2022). Niger Human Ca- pital Country Brief. Octobre 2022. Banque mondiale. https:// les communautés vivant dans des zones thedocs.worldbank.org/en/doc/64e578cbeaa522631f08f- dépourvues d'écoles à proximité. Ces 0cafba8960e-0140062023/related/HCI-AM23-NER.pdf. INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 39 écoles de fortune ne répondent même scolarisation net de 57,7 % (2021), la variation pas aux normes de sécurité minimales nette du nombre d'élèves inscrits à l'école et augmentent le risque d'incendie ; primaire chaque année devrait passer de elles sont perméables à la pluie et ne 102 370 en 2024 à un pic de 133 511 en peuvent accueillir certains équipements 2045, pour redescendre à 122 342 en 2054. nécessaires à la scolarisation, tels que : (i) Par conséquent, outre le remplacement l'éclairage, (ii) le contrôle de la température, des CP, il faudra construire en moyenne 2 (iii) le matériel d'enseignement et 500 nouvelles salles de classe par an pour d'apprentissage, ainsi que (iv) l'équipement accueillir le nombre croissant d'enfants en numérique et de laboratoire. L'insécurité âge de fréquenter l'école primaire (Figure dans certaines régions du pays a entraîné 2.5). Au niveau du secondaire (inférieur le déplacement de nombreuses personnes et supérieur), une moyenne de 1 037 et la fermeture d'écoles. En conséquence, nouvelles salles de classe sera nécessaire de nombreux enfants affectés ne peuvent chaque année entre 2024 et 2054 (Figure pas aller à l'école. 2.6). Ces projections supposent des taux d'inscription constants, de sorte que si les Les pressions démographiques rendent taux d'inscription augmentent, il faudra difficile l'augmentation de l'accès à encore plus de salles de classe. l'éducation. Sur la base d'un taux de L'indice du capital humain du Niger est Le taux de scolarisation primaire au FIGURE 2.1 inférieur à celui de ses pairs structurels FIGURE 2.2 Niger est inférieur à celui de ses pairs et aspirationnels structurels et aspirationnels Indice du capital humain (échelle 0-1) Pourcentage (0-100) 0,45 0,41 100 94,0 99,2 0,38 0,38 0,40 0,38 0,38 90 67,8 88,5 76,2 87,8 0,40 80 57,7 0,35 0,32 70 0,30 60 0,25 50 0,20 40 30 0,15 20 0,10 10 0,05 0 Uganda, 2017 0,00 Niger, 2021 Burkina Faso, 2022 Afghanistan, 2019 Malawi, 2019 Rwanda, 2022 Ethiopia, 2022 Niger Uganda Rwanda Ethiopia Burkina Faso Afghanistan Malawi Pairs structurels Aspirant Aspirant pairs Pairs structurels pairs Source : WDI et illustration du personnel de la Banque mondiale. Source : WDI et illustration du personnel de la Banque mondiale. 40 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Le nombre d'élèves de l'école primaire Le nombre d'élèves au niveau secondaire FIGURE 2.3 devrait augmenter, ce qui accroît le besoin FIGURE 2.4 devrait également augmenter de salles de classe supplémentaires changement du nbr d'eleves Pourcentage changement du nbr d'eleves Pourcentage inscrits a l'ecole primaire à l'ecole secondaire 140000 5% 5% 60000 120000 4% 4% 50000 100000 3% 40000 3% 80000 60000 30000 2% 2% 40000 20000 1% 1% 20000 10000 0 0% 0 0% 2027 2027 2037 2047 2024 2030 2033 2036 2039 2042 2045 2048 2051 2054 2023 2025 2029 2031 2033 2035 2039 2041 2043 2045 2049 2051 2053 Inscription à l'école primaire (changement) Inscription au secondaire (changement) Scolarisation dans le primaire (croissance) (axe de droite) Scolarisation dans l’enseignement secondaire (croissance) (axe de droite) Source : Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les projections démographiques des Nations Unies et les données de l'UNICEF sur les taux de scolarisation. Il faudra construire en moyenne 2 500 Au niveau secondaire, une moyenne de FIGURE 2.5 nouvelles salles de classe par an entre FIGURE 2.6 1 037 nouvelles salles de classe seront 2024 et 2054 pour accueillir le nombre nécessaire chaque année croissant d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire 3000 1200 2500 1000 2000 800 1500 600 1000 400 500 200 0 0 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 Source : Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les projections démographiques des Nations Unies et les données de l'UNICEF sur les taux de scolarisation. INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 41 La faiblesse de l'environnement élèves disposent de manuels de lecture pédagogique, la pénurie de ressources et 30 % de manuels de mathématiques. éducatives et les performances En outre, la distribution des manuels insuffisantes des enseignants varie considérablement entre les écoles contribuent à la médiocrité des résultats et les localités, malgré les mesures d'apprentissage. prises au niveau central pour distribuer les ressources de manière équitable. Outre le faible taux de scolarisation, le L'autre facteur principal qui contribue à la taux d'achèvement du cycle primaire au faiblesse des résultats d'apprentissage est Niger est relativement faible par rapport la mauvaise qualité de l'enseignement. à ses pairs. En 2021, le taux d'achèvement du primaire était de 57,6 %, ce qui était Le Niger a le taux d'absentéisme des inférieur aux taux structurels souhaités et enseignants le plus élevé de la région. régionaux (à l'exception du Tchad) (Figure Parmi les 14 pays francophones d'Afrique 2.2). Structurellement, la plupart des de l'Ouest qui ont participé aux évaluations enfants ne sont pas scolarisés, que ce soit de l'éducation du PASEC en 2019. Le dans le primaire (plus de 50 % ou dans le PASEC (2019) a constaté que 72,2 % des secondaire (60 %)18. enseignants ont eu entre 1 et 5 jours d'absence au cours des deux derniers Pour les enfants inscrits dans le mois. système éducatif, la faiblesse des résultats scolaires se traduit par une L'insuffisance et l'instabilité de l'offre grave crise de l'apprentissage. Alors d'enseignants aux qualifications que l'HCI (2020) pour le Niger montre inadéquates est également un facteur que les enfants terminent en moyenne majeur des résultats insatisfaisants 5,3 années de scolarité à l'âge de 18 ans, de l'éducation. En raison des conditions cela équivaut à seulement 2,6 années de d'admission relativement faibles dans scolarité corrigées de l'apprentissage. En les Ecoles normales (EN) et de la qualité bref, le système scolarise les enfants, mais insuffisante de la formation, les étudiants ils n'apprennent que la moitié de ce qu'ils diplômés des EN étaient sous-qualifiés et devraient apprendre. Selon le Programme n'étaient pas assurés d'obtenir un poste d'analyse des systèmes éducatifs (PASEC) d'enseignant à la fin de leurs études21. (2019), seuls 44,5 % des élèves de deuxième En raison de la qualité insuffisante des année atteignent le seuil minimum diplômés des EN et du budget limité, d'alphabétisation19. En outre, de récentes le corps enseignant est dominé par évaluations de l'apprentissage ont classé des enseignants contractuels, dont le Niger 10ème sur 14 pays francophones les contrats sont renouvelés chaque participants en ce qui concerne les année par le ministère de l'éducation résultats en lecture à la fin du premier (MEN), plutôt que par des enseignants cycle de l'école primaire20. permanents (fonctionnaires). En 2021, 73,3 % des quelque 70 000 enseignants Au Niger, l'estimation de la pauvreté du primaire étaient contractuels, sans éducative est de 0,90, ce qui signifie que revenus stables ni perspectives de carrière 90 % des enfants de 10 ans ne peuvent pas claires. L'absence de sécurité de l'emploi lire et comprendre une histoire courte. À et de perspectives de carrière décourage à la fin de l'école primaire, seuls 17 % des son tour les jeunes talents qui, autrement, postuleraient pour des EN et entreraient dans la profession d'enseignant. En outre, 18 La proportion d'enfants non scolarisés (en particulier pour les filles) est plus élevée dans les ménages les plus pauvres une évaluation nationale des enseignants (quintile 1) que dans les ménages les plus riches (quintile 5). Par exemple, 41% des filles n'ont jamais été à l'école contre contractuels en 2017 a révélé que 35% des garçons dans le quintile 1 (EHCVM 2021-2022). 19 PASEC (2019). PASEC2019 - Performances du système édu- catif nigérien : Compétences et facteurs de réussite au pri- 21 La formation initiale et continue des enseignants du présco- maire. PASEC, CONFEMEN, Dakar laire et du primaire est assurée par les écoles normales (EN), 20 PASEC (2019). PASEC2019 - Performances du système édu- qui offraient initialement deux années de formation et un catif nigérien : Compétences et facteurs de réussite au pri- salaire aux personnes recrutées parmi les élèves ayant suivi maire. PASEC, CONFEMEN, Dakar quatre années d'enseignement secondaire. 42 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER seulement 34 % d'entre eux possédaient obtenu les meilleurs résultats. L'indicateur les compétences minimales en lecture, de prestation de services (SDI - 2015) a écriture et calcul, et que 20 % d'entre eux également montré que moins d'un % des ont obtenu une note inférieure à 25 % Les enseignants du primaire possédaient les enseignants contractuels de la région de connaissances minimales requises pour Diffa ont obtenu les pires résultats, avec enseigner les mathématiques. 40 % de notes inférieures à 5 sur 20, tandis que ceux de Niamey et de Tillabéry ont 2.2 Programme de réforme du gouvernement et coûts Le programme du gouvernement Dans la première phase, un total de 5 comprend le remplacement de 000 nouvelles salles de classe seront toutes les CP par des salles de classe construites au cours des cinq prochaines permanentes, l'embauche d'un plus années (2024-2028) (Figure 2.7). Les grand nombre d'enseignants permanents régions comptant le plus grand nombre et l'amélioration de la formation des de CP - Maradi, Zinder, Tahoua, Dosso et enseignants. Tillabéry - recevront le plus grand nombre de nouvelles salles de classe permanentes Afin d'améliorer l'accès à l'éducation, (Figure 2.8). Le plan de construction ne le gouvernement du Niger s'est lancé concerne que le remplacement des CP dans un programme ambitieux visant à et n'aborde pas la nouvelle demande remplacer les CP par des salles de classe croissante de salles de classe due à permanentes et plus appropriées. Pour l'augmentation de la population. En répondre à l'immense besoin de salles de outre, la construction d'un tel nombre classe, le gouvernement a approuvé un de salles de classe améliorées en grand programme Zéro classes paillotte qui vise nombre reste un défi. Alors que le plan de à remplacer 36 000 CP par de meilleures construction du Fonds Commun Sectoriel salles de classe. Le remplacement de l'Éducation (FCSE) pour 2022-2023 progressif des CP annoncé dans le plan prévoyait la construction de 545 salles sectoriel d'éducation 2020 est en cours. La de classe, seules 162 ont été construites mise en oeuvre des plans de construction à ce jour en raison de la faiblesse des d'infrastructures scolaires du programme capacités institutionnelles et du faible taux devrait améliorer de manière significative d'absorption des fonds disponibles. le temps d'apprentissage, les conditions de travail et la sécurité générale de tous les élèves. INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 43 Un total de 5000 classes est prévu au Les régions ayant le plus grand nombre FIGURE 2.7 cours des 5 prochaines années pour FIGURE 2.8 de CP recevront le plus grand nombre de remplacer les CP nouvelles salles de classe permanentes 1400 7000 6000 1200 1250 5000 1000 1000 1000 1000 4000 800 3000 750 600 2000 1246 1000 940 400 1000 651 614 316 129 101 200 0 Maradi Zinder Tahoua Dosso Tillaberi Niamey Diffa Agadez 0 2024 2025 2026 2027 2028 Number of CPs Planned classrooms (2024-2028) Source : Ministère de l'éducation nationale : Ministère de l'Education Nationale (MNE) Yearbook 2022. Outre la construction de salles de classe, la fonction publique en tant qu'enseignants le gouvernement a pris des mesures pour du primaire. Le gouvernement prévoit renforcer la qualité de l'enseignement de recruter 3 000 diplômés des EN et améliorer les résultats scolaires. La chaque année à partir de 2024. En qualité des enseignants est améliorée à 2024, environ 4 % du corps enseignant trois niveaux : de l'école primaire sera remplacé par ceux (diplômés de l'EN et enseignants • Augmenter le nombre d'élèves- contractuels qualifiés) qui possèdent la enseignants entrant dans les instituts de nouvelle norme de qualification. formation des enseignants. Des efforts ont été faits ces dernières années pour • Améliorer la titularisation et le salaire augmenter le niveau de recrutement des des diplômés des écoles de formation des EN, y compris une nouvelle condition enseignants au début de leur carrière. d'admission et un nouveau programme de formation à partir de 2022. À partir • Mise en oeuvre du plan d'intégration des de 2022, l'exigence d'entrée pour les EN enseignants contractuels dans la fonction passera d'un diplôme d'école secondaire publique. Le recrutement de nouveaux de premier cycle à un diplôme d'école enseignants contractuels sera arrêté. Dans secondaire. En 2022 et 2023, 2 516 et 1 le même temps, le vivier existant sera 561 élèves-enseignants, respectivement, "rénové" en absorbant les enseignants seront admis à suivre une formation contractuels qualifiés. Il s'agira de ceux de deux ans dans un établissement de qui sont sortis des centres de formation formation des enseignants. Les lauréats initiale et de ceux qui ont été sélectionnés seront embauchés directement dans la sur la base du mérite dans le vivier des fonction publique en tant qu'enseignants. À enseignants contractuels avant cette partir de 2024, seuls les diplômés qualifiés nouvelle réforme. des EN seront recrutés directement dans 44 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Le programme du gouvernement comprend le remplacement de tous les CP, la formation et l'embauche FIGURE 2.9 d'enseignants plus qualifiés et l'intégration des contractuels dans la fonction publique Remplacer les 36 000 CP par des salles de classe permanentes 1 Former et embaucher davantage d'enseignants qualifiés dans la fonction publique 2 Intégrer les enseignants contractuels qualifiés dans la fonction publique 3 Source : Illustration du personnel de la Banque mondiale. Le programme du gouvernement visant La mise en œuvre du Plan national de à remplacer toutes les CP, à former construction d'écoles (PNCE) risque et à embaucher des enseignants plus d'être retardée. La contribution annoncée qualifiés et à intégrer les enseignants des partenaires au développement et le contractuels dans la fonction publique plan budgétaire du gouvernement pour pourrait coûter jusqu'à 0,26 % du PIB couvrir les besoins pour les six prochaines par an en moyenne. années s'élèvent à 582 millions de dollars US pour la mise en œuvre du PNCE. Les Le remplacement des 36 000 CP par différentes sources de financement sont des salles de classe conformes aux présentées dans la Figure 2.11. Sur la base normes nationales de construction de l'estimation du paragraphe précédent, scolaire coûtera environ 1 milliard de ce montant n'est pas suffisant pour dollars US (en dollars US constants). couvrir le coût du remplacement des CP D'après les estimations de la Banque et de la construction de salles de classe mondiale, la construction d'une salle de supplémentaires pour répondre à la classe répondant aux normes nationales demande croissante due à l'augmentation de construction scolaire coûte environ 26 de la population. De plus, le plan de 889 dollars US (en 2022). Si l'on ne tient construction actuel, qui devrait entrer pas compte de l'inflation, le coût total du en vigueur en 2024, est très incertain, remplacement des 36 000 CP s'élèvera à car de nombreux partenaires technique environ 968 millions de dollars us. Selon et financiers (PTFs) qui ont fourni des le Plan National de Construction Scolaire fonds pour cette initiative ont cessé les du Gouvernement du Niger (PNCSN), le décaissements à la suite du changement coût de remplacement des 36 000 CP est anticonstitutionnel, de juillet 2023. d'environ 936 millions de dollars US (26 000 dollars US par salle de classe). Un facteur/ aspect important est le délai nécessaire pour construire les nouvelles salles de classe. Selon les estimations de la Banque mondiale, si toutes les CP sont remplacées au cours des 15 prochaines années, le coût total estimé sera probablement d'environ 4,3 % du PIB (pour l'ensemble de la période) ; si les CP sont remplacés au cours des 30 prochaines années, le coût total est estimé à 3,5 % du PIB (Figure 2.10). INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 45 Si toutes les CP sont remplacées au cours La majorité du financement des 24 FIGURE 2.10 des 15 prochaines années, le coût total FIGURE 2.11 000 salles de classe prévues pour est estimé à 4,3 % du PIB les 6 prochaines années provient de sources extérieures, qui sont désormais Pourcentage du PIB incertaines après la crise 0,5% 3% 0,4% 16% 33% 0,3% 0,2% 21% 0,1% 0,0% 27% 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 Banque mondiale Banque islamique de développement Budget national Coût de remplacement des CP (sur 30 ans) Autres partenaires au Fonds commun Coût de remplacement des CP (plus de 15 ans) d'éducation développement et ONG Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Source : Stratégie opérationnelle nationale du programme de Note : Les projections du PIB pour 2024-2026 proviennent des construction scolaire au Niger (2023). projections actuelles à court terme de la BM présentées au chapitre 1. Les projections du PIB à plus long terme (2026-2055) proviennent des projections du modèle de croissance à long terme dans le CEM 2022 du Niger.22 Par souci de simplicité, nous supposons moyen de leurs homologues de la fonction qu'il est égal au salaire complet (moyen) publique. Par conséquent, nous supposons d'un enseignant. En 2016, le salaire que les enseignants contractuels reçoivent mensuel moyen d'un enseignant du le salaire de départ des enseignants du primaire s'élevait à près de 300 dollars, primaire lorsqu'ils rejoignent la fonction soit 3 600 dollars par an. Ainsi, la formation publique. Compte tenu de leurs années d'un enseignant pendant deux ans coûte d'expérience, il est probable qu'ils reçoivent environ 7 200 Dollar US et la formation un salaire plus élevé, ce qui devrait être de 3 000 enseignants pendant deux ans considéré comme une limite inférieure. En coûte 21,6 millions de Dollar US, sans tenir outre, le salaire de départ des enseignants compte de l'inflation. Tous les enseignants du secondaire est probablement supérieur formés par les EN sont ensuite embauchés à 300 Dollar US. Dans ce cas, l'intégration dans la fonction publique au salaire de dans la fonction publique de chaque départ, ajusté en fonction de l'inflation. enseignant contractuel des niveaux primaire, secondaire inférieur et secondaire Embaucher des contractuels dans la supérieur coûtera respectivement environ fonction publique signifie leur verser 157, 208 et 234 Dollars US de plus par un salaire plus élevé. Le salaire mensuel mois. Nous supposons également que (moyen) actuel d'un enseignant contractuel tous les contractuels (63 495) seront de l'école primaire est d'environ 143 dollars, intégrés sur une période de 15 ans, soit 4 ce qui représente environ 48 % du salaire 233 contractuels par an. moyen actuel d'un enseignant de l'école primaire dans la fonction publique. Les enseignants contractuels du premier et du deuxième cycle du secondaire perçoivent respectivement 47 % et 44 % du salaire 22 Banque mondiale 2022, "Pathways to sustainable growth in Niger". Mémorandum économique du pays. 46 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Si toutes les CP sont remplacées sur une Toutefois, si toutes les CP sont FIGURE 2.12 période de 30 ans, on estime que le coût FIGURE 2.13 remplacées sur une période de 15 ans, total du programme gouvernemental le coût du programme gouvernemental passera d'environ 0,4 % du PIB en 2024 devrait passer de 0,4 % du PIB en 2024 à à 0,1 % du PIB en 2054 0,6 % du PIB en 2030, pour redescendre Pourcentage du PIB à 0,04 % en 2054 0,45% 0,7% Pourcentage du PIB 0,40% 0,6% 0,35% 0,5% 0,30% 0,25% 0,4% 0,20% 0,3% 0,15% 0,2% 0,10% 0,05% 0,1% 0,00% 0,0% 2027 2037 2047 2024 2025 2026 2028 2029 2030 2031 2032 2033 2034 2035 2036 2038 2039 2040 2041 2042 2043 2044 2045 2046 2048 2049 2050 2051 2052 2053 2054 2027 2037 2047 2024 2025 2026 2028 2029 2030 2031 2032 2033 2034 2035 2036 2038 2039 2040 2041 2042 2043 2044 2045 2046 2048 2049 2050 2051 2052 2053 2054 2055 Coût d'intégration des entrepreneurs (plus de 15 ans) Coût d'intégration des entrepreneurs (plus de 15 ans) Coût de la formation des enseignants Coût de la formation des enseignants Coût d’embauche d’enseignants nouvellement formés Coût d’embauche d’enseignants nouvellement formés Coût de remplacement des CP (sur 30 ans) Coût de remplacement des CP (sur 30 ans) Coût total (CP en 30 ans) Coût total (CP en 30 ans) Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Note : Les projections du PIB pour 2024-2026 sont tirées des projections actuelles à court terme de la BM présentées au chapitre 1. Les projections du PIB à plus long terme (2026-2055) proviennent des projections du modèle de croissance à long terme dans le CEM 2022 du Niger. L'inflation est supposée égale à 1 %. 2.3 Scénarios de réforme et coûts associés La construction de toutes les nouvelles d'élèves dans le primaire et 2,6 millions salles de classe nécessaires au cours dans le secondaire en 2055, contre des 30 prochaines années (2024-2054), respectivement 2,7 millions et 0,95 en plus du remplacement des CP, million en 2023. En supposant des taux coûtera au total 10,3 % du PIB si les taux d'inscription constants dans le primaire d'inscription restent constants. et le secondaire et un ratio enseignant- élèves de 1/50, un total d'environ 113 113 Le secteur de l'éducation est soumis nouvelles salles de classe sera nécessaire à une forte pression démographique pour accueillir près de 5,7 millions d'élèves et nécessite des ressources supplémentaires entre 2023 et 2055. Le supplémentaires pour répondre à niveau actuel de construction est loin d'être la demande croissante d'éducation, suffisant pour faire face à la croissance des de fourniture d'infrastructures et effectifs de l'enseignement primaire, et la d'équipements/matériels scolaires, proportion de salles de classe précaires et d'enseignants qualifiés. Selon les continue d'augmenter. projections démographiques des Nations unies pour 2022, la population nigérienne Sur la base des estimations de la Banque d'âge scolaire - entre 7 et 19 ans - passera mondiale, la construction de toutes les de 8,7 millions en 2022 à 23,6 millions nouvelles salles de classe nécessaires en 2055, soit une moyenne de 448 000 au cours des 30 prochaines années enfants d'âge scolaire supplémentaires (2024-2054), en plus du remplacement par an. Et si les taux d'inscription restent des CP, coûtera au total 10,3 % du PIB, constants, il y aura plus de 6,7 millions en supposant que les taux d'inscription INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 47 restent constants. Si les taux d'inscription est susceptible de fournir une réserve restent constants au cours des 30 suffisante d'enseignants bien formés prochaines années, une moyenne de 3 pour accueillir les nouveaux élèves et les 535 (2 508 dans le primaire et 1 037 dans nouvelles salles de classe dans les écoles le secondaire) nouvelles salles de classe primaires. Cependant, un programme de seraient nécessaires chaque année pour formation et de recrutement d'enseignants accueillir les nouveaux inscrits dans les au niveau secondaire sera également écoles primaires et secondaires (Figure nécessaire. 2.14). Le coût annuel de la construction des nouvelles salles de classe devrait passer de 0,46 % du PIB en 2024 à 0,16 % en 2054 (Figure 2.15). Ce coût s'ajoute à celui du remplacement des CP. Selon ces projections, le plan du gouvernement visant à former et à recruter 3 000 enseignants du primaire par an, s'il est maintenu, Le nombre de nouvelles salles de classe Si les taux d'inscription restent constants, FIGURE 2.14 nécessaires chaque année pour accueillir FIGURE 2.15 le coût de la construction des nouvelles les nouveaux étudiants devrait augmenter salles de classe nécessaires chaque au cours des trois prochaines décennies année pour accueillir les nouveaux élèves du primaire et du secondaire devrait passer de 0,46 % du PIB en 2024 à 0,16 % 4000 en 2054 3500 0.5% 3000 2500 0.4% 2000 0.3% 1500 0.2% 1000 500 0.1% 0 0.0% 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Malheureusement, ce scénario laissera de l'insécurité (Figure 2.16). La baisse des millions d'enfants et d'adolescents récente du taux net de scolarisation dans sans école primaire et secondaire au le primaire est regrettable, car le pays était cours des 30 prochaines années (2024- déjà à la traîne par rapport à ses pairs (Figure 2044), la majorité d'entre eux étant des 2.2). Si les taux de scolarisation primaire filles. Les taux de scolarisation primaire et secondaire restent constants au cours et secondaire se sont améliorés au cours des 30 prochaines années, le nombre des deux dernières décennies, le taux de d'enfants et d'adolescents atteindra près scolarisation primaire passant de 23,4 % de 25 millions. Un tel scénario aura des en 1997 à 66 % en 2017, mais diminuant coûts économiques et sociaux élevés. à 57,7 % en 2021, probablement en raison 48 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Bien que le taux net de scolarisation dans Si les taux d'inscription dans les écoles FIGURE 2.16 le primaire ait baissé depuis 2017, il est FIGURE 2.17 primaires et secondaires restent encore beaucoup plus élevé qu'il y a vingt constants, des millions d'enfants et ans d'adolescents d'âge scolaire ne seront pas scolarisés Pourcentage 66,0 25 Millions 70 57,7 20 60 54,2 50 15 40,5 40 11,4 10 28,1 30 25,7 20,5 5 20 17,1 13,5 12,5 11,4 0 10 5,8 6,6 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 3,5 0 1999 2005 2010 2017 2021 Élèves inscrits (primaire + secondaire) Primaire Secondaire Secondaire Population d’âge scolaire non scolarisée inférieur supérieur Population d'âge scolaire Source : UNESCO. Source : Banque mondiale : Calculs de la Banque mondiale basés sur les données de l'UNESCO. Dans un scénario où la parité entre pour les garçons (29,9 % dans le secondaire les sexes est atteinte dans le primaire inférieur). Combler l'écart entre les sexes et le premier cycle du secondaire d'ici dans l'éducation au Niger peut augmenter 2028, près de 8 500 salles de classe la production économique potentielle de supplémentaires seront nécessaires sur 11 % (Encadré 2.1). En conséquence, le coût la période 2024-2054 pour accueillir les de la construction de nouvelles salles de filles supplémentaires inscrites (Figure classe atteindra près de 0,6 % du PIB en 2.18). En 2021, le taux de scolarisation des 2025 et tombera à 0,2 % en 2054. filles dans le primaire était de 55 % (26,3 % dans le secondaire inférieur), contre 60,3 % Pour atteindre la parité entre les sexes En conséquence, le coût annuel de la FIGURE 2.18 en matière de taux de scolarisation d'ici FIGURE 2.19 construction de nouvelles salles de classe 2028, il faudra 8 500 salles de classe atteindra près de 0,6 % du PIB en 2025 et supplémentaires au cours de la période tombera à 0,2 % en 2054 2024-2054 4500 Pourcentage du PIB 4000 0.6% 3500 0.5% 3000 2500 0.4% 2000 0.3% 1500 0.2% 1000 0.1% 500 0 0.0% 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 Besoin supplémentaire en classe (parité des sexes) Coût des besoins supplémentaires en classe (parité entre les sexes) Nouvelles salles de classe supplémentaires (taux de Coût des besoins supplémentaires en classe (inscription scolarisation cst) au CST) Source : Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les Source : Calculs des services de la Banque mondiale. projections démographiques de l'ONU (2022) Calculs des services de la Banque mondiale basés sur les projections démographiques des Nations unies (2022). INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 49 On estime qu'un programme politique 1- Le coût des manuels et autres plus complet visant à améliorer l'accès matériels, ainsi que les frais d'entretien à une éducation de qualité coûterait des salles de classe, augmentent le coût estimé. environ 1,2 % du PIB en moyenne chaque année, en plus des dépenses actuelles. 2- Si l'on considère que les salles de classe doivent être construites et les La demande de salles de classe à enseignants formés avant le début de l'avenir sera également motivée par l'année scolaire, les coûts annuels sont l'augmentation des taux d'inscription. susceptibles d'être différents. Les coûts Avec l'augmentation des revenus moyens, des salles de classe et de la formation les taux de scolarisation sont susceptibles des enseignants ont été affectés à la d'augmenter au fil du temps, comme ils l'ont même année, mais ils ont probablement fait au cours des dernières décennies. Entre été encourus au cours des années 2001 et 2021, les taux d'inscription dans les précédentes. écoles primaires, secondaires inférieures et secondaires supérieures augmenteront 3- L'amélioration de l'accès à l'éducation respectivement de 27,7, 16,7 et 8,5 %. Par aura un impact positif sur la croissance conséquent, nous envisageons un scénario économique, ce qui implique une dans lequel les taux d'inscription dans les baisse du coût en pourcentage du PIB. écoles primaires et secondaires - à partir Les simulations dans le Mémorandum de 2022 - augmentent linéairement avec Économique Pays pour le Niger (Banque la même tendance qu'au cours des deux mondiale 2020) ont montré que les décennies précédentes (2001-2021). Par réformes de l'éducation évoquées dans ce exemple, nous supposons que le taux de chapitre auront des effets substantiels sur scolarisation dans le primaire augmente la croissance économique à long terme. de 27,7 % entre 2022 et 2042 et continue L'amélioration de l'accès à l'éducation d'augmenter jusqu'à ce qu'il atteigne 100 est susceptible de stimuler la croissance % en 2052. Les Figure 2.20 et Figure 2.21 économique par plusieurs canaux : (i) les montrent la demande future de salles de dépenses consacrées à la construction classe et les coûts de construction estimés d'écoles stimuleront l'investissement en tant que part des dépenses publiques physique dans le pays, même si c'est à dans le cadre de ce scénario. court terme, mais la satisfaction continue de la demande de salles de classe Au total, l'amélioration de l'accès à implique un investissement soutenu dans l'éducation devrait coûter en moyenne le capital physique ; (ii) des enseignants 1,2 % du PIB au cours des trois prochaines plus nombreux et mieux qualifiés sont décennies. Afin d'améliorer la qualité susceptibles d'améliorer l'apprentissage de l'éducation et d'en faciliter l'accès à et les résultats scolaires ; et (iii) avec une tous les nouveaux enfants et jeunes en proportion plus élevée d'enfants ayant âge d'être scolarisés, le programme de accès à l'éducation, la productivité globale réforme du gouvernement devrait inclure du travail est susceptible d'augmenter au : (i) le remplacement de toutes les CP ; (ii) fil du temps, à mesure que des cohortes l'intégration de tous les contractants dans successives avec une proportion croissante la fonction publique ; (iii) la construction de personnes éduquées entrent sur le d'un nombre suffisant de salles de classe marché du travail. pour accueillir les nouveaux élèves (en raison de la pression démographique et de 4- La construction de salles de classe, l'augmentation des taux de scolarisation) la formation et le recrutement ; (iv) la formation d'un nombre suffisant d'enseignants ne suffiront probablement d'enseignants qualifiés du primaire et pas à augmenter et à maintenir les taux du secondaire et (v) le recrutement de de scolarisation dans l'ensemble du ces enseignants au sein de la fonction pays. Le gouvernement devrait adopter publique. Ce coût devrait représenter 1,3 % une politique globale pour augmenter des dépenses publiques en 2024, culminer les taux de scolarisation, par exemple en à 1,6 % du PIB en 2029 et baisser à 0,5 % construisant des cantines pour fournir aux du PIB en 2054 (Figure 2.22). Plusieurs élèves un niveau minimum de nutrition facteurs sont susceptibles d'influencer les adéquate. coûts projetés : 50 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Si les taux d'inscription dans le primaire En conséquence, le coût de construction FIGURE 2.20 et le secondaire s'améliorent, il faudra FIGURE 2.21 des salles de classe sera également plus encore plus de salles de classe pour élevé accueillir les nouveaux élèves au fil du temps Pourcentage du PIB 0,9% 12000 0,8% 10000 0,7% 0,6% 8000 0,5% 6000 0,4% 4000 0,3% 2000 0,2% 0,1% 0 0,0% 2027 2037 2047 2023 2025 2029 2031 2033 2035 2039 2041 2043 2045 2049 2051 2053 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 2052 2054 Salles de classe supplémentaires nécessaires chaque Coût annuel d'une nouvelle salle de classe (taux de année (inscriptions au cst) scolarisation cst) Salles de classe supplémentaires sont nécessaires Coût annuel d’une nouvelle salle de classe (amélioration chaque année (amélioration des inscriptions) des taux de scolarisation, primaire et secondaire) Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Le coût de l'amélioration de l'accès à l'éducation au Niger devrait passer de 1,3 % du PIB en 2024 à 1,6 FIGURE 2.22 % en 2029 et baisser à 0,5 % en 2054 1.8% 1.6% 1.4% 1.2% 1.0% 0.8% 0.6% 0.4% 0.2% 0.0% 2027 2037 2047 2024 2025 2026 2028 2029 2030 2031 2032 2033 2034 2035 2036 2038 2039 2040 2041 2042 2043 2044 2045 2046 2048 2049 2050 2051 2052 2053 2054 Coût d'intégration de tous les entrepreneurs (sur 15 ans) Coût d’embauche des enseignants nécessaires Coût de remplacement de tous les CP en 15 ans Construire de nouvelles salles de classe (amélioration du taux de scolarisation) Coût de la formation, enseignants nécessaires Coût total Source : Calculs des services de la Banque mondiale. Certaines estimations montrent que les d'opportunité des enfants non scolarisés pays qui comptent un grand nombre substantiel en termes de PIB perdu. Selon d'enfants non scolarisés sont confrontés les estimations de Burnett et Thomas à des coûts élevés en termes de manque (2013), le coût d'opportunité des enfants à gagner pour le PIB, de sorte que le coût non scolarisés varie probablement de 5,4 de l'absence d'amélioration de l'accès à à 18,2 % du PIB au Mali, de 4,1 à 17 % du PIB une éducation de qualité est substantiel. au Burkina Faso, et de 8,3 à 14,1 % du PIB Si l'on ne construit pas suffisamment en Côte d'Ivoire. Le Niger ne fait pas partie de salles de classe et que l'on ne forme de l'échantillon, mais ces estimations pour pas suffisamment d'enseignants, des les pays pairs de la région suggèrent que millions d'enfants supplémentaires ne le coût des enfants non scolarisés est seront pas scolarisés dans les années à probablement aussi élevé. venir. Ces enfants entreront plus tard sur le marché du travail avec des niveaux de productivité plus faibles que s'ils avaient eu accès à l'école, ce qui rend le coût INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 51 Coût économique des enfants Coût économique des enfants FIGURE 2.23 non scolarisés par estimation FIGURE 2.24 non scolarisés par estimation microéconomique macroéconomique Pourcentage du PIB Pourcentage du PIB 12% 20% 10,3% 18,2% 10% 18% 17,0% 8,3% 7,8% 16% 8% 6,7% 14,1% 14% 13,5% 13,0% 6% 5,4% 12% 4,1% 4% 10% 8% 2% 6% 0% Gambia Cote Nigeria Liberia Mali Burkina 4% 3,1% d'Ivoire Faso 2% Perte pondérée de probabilité due au renoncement à l’enseignement secondaire 0% Perte de PIB due au renoncement à l’enseignement primaire Mali Burkina Cote Gambia Nigeria Liberia Faso d'Ivoire Coût économique des enfants non scolarises Source : Burnett, N. et M. Thomas (2013) et illustration du personnel Source : Burnett, N. et M. Thomas (2013) et illustration des services de la Banque mondiale. de la Banque mondiale. Note : Le coût micro-estimé est le coût économique direct (perte Note : L'approche macro estime le coût économique des enfants non de productivité mesurée par les salaires) encouru par les enfants scolarisés comme la différence entre deux scénarios hypothétiques non scolarisés d'aujourd'hui qui n'achèveront pas l'enseignement et prospectifs. Dans le premier scénario, la politique de l'éducation primaire lorsque ces enfants non scolarisés atteindront l'âge de suit le statu quo, de sorte que le nombre attendu d'années de travailler. Il tente de répondre à la question suivante : Si tous les scolarisation dans chaque pays (estimé dans le PNUD 2013) reste enfants d'aujourd'hui dont on s'attend à ce qu'ils ne terminent pas inchangé. Dans le second scénario, une impulsion plus forte est l'école primaire terminent en fait l'éducation de base, de combien donnée à la réalisation de l'enseignement primaire universel, de le PIB sera-t-il plus élevé lorsque cette cohorte d'enfants entrera sorte que le nombre d'années de scolarisation attendues de la sur le marché du travail dans dix ans, par rapport à un scénario population augmente proportionnellement au pourcentage actuel contrefactuel dans lequel ces enfants non scolarisés n'auraient d'enfants qui ne terminent pas le cycle d'enseignement primaire. jamais terminé l'école primaire ? Ces estimations sont généralement plus élevées que les estimations microéconomiques, probablement parce que cette seconde méthode capture certaines des externalités positives associées à l'enseignement primaire, plutôt que les seuls gains directs de revenus privés. S'ils sont mis en œuvre, les coûts estimés des pairs structurels, aspirationnels et porteront les dépenses publiques pour régionaux sur la base des dernières données l'enseignement primaire et secondaire à disponibles. En dépensant 1,2 % de plus du près de 3 % du PIB. En 2017, les dépenses PIB par an, les dépenses publiques totales publiques pour l'enseignement primaire et pour l'enseignement primaire et secondaire secondaire étaient estimées à 1,7 % du PIB seront supérieures à la moyenne des pays (primaire : 1,2 % du PIB ; secondaire : 0,5 % du de comparaison. PIB). Ce chiffre était inférieur à la moyenne S'ils sont mis en œuvre, les coûts estimés de l'amélioration de l'accès à une éducation de qualité FIGURE 2.25 augmenteront les dépenses publiques pour l'enseignement primaire et secondaire à près de 3 % du PIB 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 Niger Uganda Afghanistan Burkina Malawi Rwanda Ethiopia Chad Benin Cote Mali 2017 2014 2017 Faso 2016 2018 2015 2018 2015 d'Ivoire 2017 2015 2018 Pairs structurels Pairs ambitieux Pairs régionaux Dépenses supplémentaires pour améliorer l'accès (primaire+secondaire) Dépenses publiques (% PIB primaire) Dépenses publiques (secondaire, % PIB) Moyenne Source : Illustration de l'UNESCO et du personnel de la Banque mondiale. 52 2024 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER Il existe plusieurs façons de financer contre moins de 1 % du PIB actuellement. ces dépenses supplémentaires en Une partie de cette manne imminente matière d'éducation sans mettre peut être utilisée pour investir dans les en péril la viabilité budgétaire. Tout secteurs sociaux de base en général d'abord, l'amélioration de l'efficacité et dans l'éducation en particulier. En des dépenses d'éducation libérera des outre, les partenaires internationaux du ressources supplémentaires qui pourront développement ont un rôle crucial à jouer être réinvesties dans le secteur (Banque en fournissant une assistance financière mondiale, 2020). Deuxièmement, par suite et technique pour soutenir l'accès à une du démarrage de la production et des éducation de qualité au Niger. exportations de pétrole à grande échelle, les recettes pétrolières du gouvernement devraient atteindre 5 % du PIB d'ici 2030, BOX 2.1 GAINS MACROÉCONOMIQUES LIÉS À LA RÉDUCTION DES ÉCARTS ENTRE LES SEXES EN MA- TIÈRE D'ÉDUCATION AU NIGER Le développement du genre au Niger est relativement faible en raison du faible niveau d'éducation. Selon l'indice de développement du genre (IDG) des Nations unies, le Niger obtient des résultats inférieurs à la moyenne de l'Afrique subsaharienne, des pays de l'UEMOA et des pays pairs de la région du Sahel. L'indice mesure les disparités entre les sexes dans trois dimensions fondamentales du développement humain : i) la santé, mesurée par l'espérance de vie à la naissance des femmes et des hommes ; ii) l'éducation des enfants, mesurée par le nombre d'années de scolarité attendues des femmes et des hommes ; iii) l'éducation des adultes, mesurée par le nombre moyen d'années de scolarité des femmes et des hommes pour les adultes âgés de 25 ans et plus. Le Niger obtient de bons résultats en matière d'espérance de vie à la naissance par rapport à ses pairs, mais est à la traîne en ce qui concerne les indicateurs d'éducation. Le nombre moyen d'années de scolarisation au Niger n'est que de 1,7 et 2,8 pour les femmes et les hommes, respectivement, contre 5,1 et 6,9 ans en Afrique subsaharienne et 2,5 et 4,6 ans dans la région de l'UEMOA. Des recherches récentes montrent que la réduction de l'écart entre les sexes dans l'éducation au Niger améliorerait les résultats sur le marché du travail, la croissance à long terme et la viabilité budgétaire. Ouedraogo et Gomes (2022) simulent une politique publique qui augmente les dépenses d'éducation pour inscrire plus de filles à l'école afin que le nombre d'années d'éducation soit égal pour les garçons et les filles dans le même centile de revenu. Les résultats de la simulation suggèrent que la réduction de l'écart entre les sexes en matière d'éducation augmenterait la participation des femmes au marché du travail, augmenterait les revenus des femmes et améliorerait les résultats fiscaux. On s'attend également à ce qu'elle augmente la participation des femmes au marché du travail de 85,6 % et réduise de 59,5 % l'écart global entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le nombre moyen d'heures effectivement travaillées, tel que mesuré par le ratio hommes/femmes. En outre, la nouvelle politique augmenterait la production économique globale de 11,2 % principalement en raison de l'augmentation du nombre d'heures effectivement travaillées. La consommation privée globale devrait augmenter de 3 % en raison de l'augmentation des revenus du travail. Pour mettre en œuvre la nouvelle politique d'éducation, le gouvernement devra augmenter les dépenses d'éducation publique de 21,2 %, ce qui représente une augmentation de 3 % des dépenses publiques totales. Une telle augmentation des dépenses d'éducation nécessiterait une réaffectation du budget et des améliorations de l'efficacité. Conscientes de l'importance de l'égalité des sexes, les autorités nigériennes ont pris plusieurs initiatives pour combler le fossé entre les sexes. Elles ont adopté une nouvelle politique nationale du genre, dont l'objectif est de travailler avec toutes les parties prenantes pour construire un pays sans discrimination d'ici 2027, où les hommes et les femmes, les filles et les garçons ont des chances égales de participer à son développement et de profiter des avantages de sa croissance. L'éducation des filles est une priorité essentielle, les autorités prévoyant de construire 100 internats pour filles d'ici 2025 et de combler l'écart entre les sexes en matière de scolarisation dans l'enseignement primaire et secondaire d'ici 2026. Adapté de : Ouedraogo, R. et Gomes, D. 2022. Macroeconomic Gains From Closing Gender Educational Gaps in Niger (Gains macroéconomiques découlant de la réduction des écarts entre les sexes en matière d'éducation au Niger). FMI, Selected Issues Paper SIP/2023/006. INVESTIR DANS L'ÉDUCATION POUR UNE CROISSANCE INCLUSIVE 53 54 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER ANNEXE TABLE 3.1 Indicateurs économiques et fiscaux sélectionnés Comptes nationaux 2021 2022 2023 Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire 3 Estimations 2024 2025 Projections 2026 PIB à prix constants 1,4 11,5 2,0 5,7 8,5 4,6 Consommation privée -0,2 7,0 3,5 3,8 4,6 4,7 Consommation publique 9,8 -1,2 -7,0 3,5 2,9 1,2 Investissement 7,7 21,1 -10,4 4,0 7,6 2,8 Exportations de biens et services 6,7 14,4 -8,1 45,2 39,1 9,2 Importations de biens et services 6,9 6,5 -12,0 13,3 10,1 4,1 Agriculture -5,1 27,0 3,1 6,5 6,8 5,2 Industrie 4,1 -0,9 3,9 12,1 5,6 3,4 Services 5,4 4,9 0,1 1,1 12,2 4,5 L'inflation Déflateur du PIB 3,1 3,8 3,7 10,4 10,5 5,3 Prix à la consommation (moyenne) 2,9 3,9 3,7 8,5 6,7 4,2 Secteur extérieur Exportations fob 7,3 1,0 -2,4 49,8 - - Importations fob 9,6 13,8 -6,3 3,4 - - Termes de l'échange -5,1 146,5 -0,4 13,1 12,0 12,3 Pourcentage du PIB, sauf indication contraire Balance des comptes courants -7,8 -9,8 -9,3 -8,3 -3,8 -2,9 Investissements directs étrangerst 2,1 3,9 3,2 1,6 1,7 1,7 Comptes budgétaires Solde budgétaire global (subventions incluses) -3,4 -6,8 -5,4 -4,4 -3,9 -3,2 Solde primaire -2,2 -5,6 -4,5 -3,8 -3,5 -2,8 Total des recettes et des subventions 18,2 14,9 10,5 10,9 11,4 11,1 Recettes fiscales 10,1 9,4 8,1 7,9 8,0 7,8 Taxes sur les biens et services 3,8 3,5 3,0 2,9 2,5 2,5 Impôts directs 2,5 2,5 2,7 2,5 2,2 2,1 Taxes sur le commerce international 2,7 2,4 1,7 1,7 2,2 2,1 Recettes non fiscales 0,8 0,6 0,5 0,7 0,7 0,7 Subventions 7,3 4,7 1,7 2,1 2,6 2,4 Dépenses totales 21,5 21,7 15,9 15,2 15,3 14,3 Dépenses courantes 10,7 9,9 8,8 7,9 6,8 6,5 Salaires et indemnités 3,8 3,6 3,6 3,3 2,9 2,8 Biens et services 1,8 1,4 1,1 1,0 0,9 0,9 Paiements d'intérêts 1,1 1,2 0,9 0,6 0,4 0,3 Transferts courants 3,9 3,7 3,1 2,9 2,6 2,6 Dépenses en capital 13,5 11,6 5,7 6,3 7,7 7,3 Dette Dette publique (extérieure et intérieure) 51,3 51,7 54,7 53,3 51,3 50,6 Dette publique extérieure 33,5 32,5 34,5 31,6 28,6 26,7 Postes pour mémoire PIB par habitant (variation en %) -2,3 7,4 -1,7 1,8 4,5 0,8 PIB nominal (milliards de FCFA) 8270,8 9569,9 10129,0 11815,2 14167,1 15603,8 PIB nominal (milliards de dollars) 14,9 15,3 16,8 19,4 23,2 25,5 55 56 NOTE SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU NIGER RÉFÉRENCES A Child. 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