Perspectives économiques du Togo STIMULER LA CROISSANCE EN PÉRIODE D’INCERTITUDE Août 2025 Economic Policy Global Department i ©2025 Banque mondiale 1818 H Street NW, Washington DC 20433 Téléphone : 202-473-1000 ; Internet : www.worldbank.org. Certains droits sont réservés. Ce travail est un produit du personnel de la Banque mondiale. Les résultats, interprétations et conclusions exprimés dans ce document ne reflètent pas nécessairement les opinions des administrateurs de la Banque mondiale ou des Gouvernements qu'ils représentent. La Banque mondiale ne garantit pas l'exactitude des données incluses dans ce travail. Les frontières, couleurs, dénominations et autres informations figurant sur les cartes de cet ouvrage n'impliquent aucun jugement de la part de la Banque mondiale quant au statut juridique d'un territoire, ni l'approbation ou l'acceptation de ces frontières. Droits et autorisations Le contenu de cet ouvrage est soumis à des droits d'auteur. 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ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE RÉCENTE ..........................................................................................1 2. PERSPECTIVES ET RISQUES ÉCONOMIQUES ................................................................................7 CHAPITRE II - RENFORCER LA MOBILISATION DES RECETTES ET LA GESTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS POUR RESTAURER DES MARGES DE MANŒUVRE BUDGÉTAIRE .............................................. 16 1. INTRODUCTION ................................................................................................................................ 16 2. MOBILISATION DES RECETTES NATIONALES .................................................................................... 16 2.1. MOBILISATION DES RECETTES : TENDANCES ET IMPACT DES RÉFORMES ................................ 16 2.2. STRUCTURE ET EFFICACITÉ DE LA FISCALITÉ ............................................................................. 20 2.3. LA POLITIQUE FISCALE ET LES MESURES ADMINISTRATIVES COMME SOLUTIONS POUR STIMULER LA MOBILISATION DES RECETTES FISCALES AU TOGO ......................................................... 22 2.4. PRINCIPALES OPTIONS POLITIQUES .......................................................................................... 25 3. GESTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS ....................................................................................... 27 3.1. RENFORCER L'EFFICACITÉ DES INVESTISSEMENTS PUBLICS ..................................................... 27 3.2. STIMULER L’INVESTISSEMENT PRIVÉ ........................................................................................ 30 3.3. PRINCIPALES OPTIONS POLITIQUES .......................................................................................... 31 RÉFÉRENCES ................................................................................................................................................xi ANNEXE ......................................................................................................................................................xii iii Liste des figures Figure 1 - Le Togo a maintenu une croissance économique robuste et stable au cours de la dernière décennie ...................... 2 Figure 2 - Le fossé rural-urbain s'est accentué depuis 2018, tandis que l’insécurité alimentaire demeure élevée .................... 2 Figure 3 - La décélération des investissements publics a contribué au ralentissement de la croissance en 2024 ...................... 3 Figure 4 - L'activité industrielle s'est ralentie en raison du recul de la production minière et énergétique ............................... 3 Figure 5 - Les précipitations ont été globalement conformes aux normes historiques en 2024, à l'exception d’un déficit important au troisième trimestre................................................................................................................................................ 3 Figure 6 - La densité de la végétation sur les terres cultivées est restée proche des moyennes historiques en 2024 mais a chuté au début de 2025 .............................................................................................................................................................. 3 Figure 7 - L'insécurité alimentaire est restée élevée, en particulier dans la région des Savanes ................................................ 4 Figure 8 - Le déficit de la balance courante s'est stabilisé en 2024 à 3,2 % du PIB ..................................................................... 5 Figure 9 - L'inflation a poursuivi sa tendance baissière en 2024, mais les prix des denrées alimentaires sont restés volatils ... 5 Figure 10 - La politique monétaire de la BCEAO est restée inchangée en 2024, contrastant avec l’assouplissement dans la zone euro..................................................................................................................................................................................... 5 Figure 11 - La politique monétaire a suivi un cycle d'assouplissement dans les économies avancées comme dans les économies en développement .................................................................................................................................................... 5 Figure 12 - Des crises successives ont creusé le déficit budgétaire, mais le pays s'est engagé dans un processus de consolidation budgétaire. ............................................................................................................................................................ 7 Figure 13 - Le Togo a enregistré un niveau relativement élevé de dette publique au cours des dernières années .................... 7 Figure 14 - L'investissement privé et la consommation devraient être les principaux moteurs de la croissance du PIB ............ 8 Figure 15 - La pauvreté devrait continuer de reculer en 2026-2027 ........................................................................................... 9 Figure 16 - La croissance du PIB devrait se modérer en 2025, dans un contexte de ralentissement de l'inflation ..................... 9 Figure 17 - Consolidation budgétaire facilitée par l'augmentation des recettes et la réduction des dépenses ........................ 10 Figure 18 - La dette devrait diminuer à mesure que le Togo atteindra l'objectif de déficit de 3% ............................................ 10 Figure 19 - La faiblesse des flux d’IDE à destination du Togo met en évidence les difficultés à attirer de nouveaux capitaux pour stimuler la transformation. ............................................................................................................................................... 11 Figure 20 -Le Togo devra accélérer sa croissance pour atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire élevé (UMI) en 2045 ................................................................................................................................................................................................... 13 Figure 21 - Une transformation structurelle plus rapide, soutenue par un secteur privé dynamique pourrait contribuer à atteindre cet objectif ................................................................................................................................................................. 13 Figure 22 - Le terrorisme et les conflits armés ont eu un impact croissant sur le Togo au cours des dernières années ........... 14 Figure 23 - La région des Savanes accueille un nombre croissant de réfugiés et de demandeurs d'asile, et de personnes déplacées .................................................................................................................................................................................. 14 Figure 24 - Le changement climatique et les risques naturels pourraient freiner la croissance du revenu par habitant et aggraver la pauvreté au Togo, mais une transformation structurelle accompagnée de mesures d'adaptation ciblées permettrait d’atténuer ces effets. ............................................................................................................................................. 15 Figure 25 - Le Togo a réalisé des avancées en matière de mobilisation des recettes intérieures, mais le taux de pression fiscale reste inférieur à ceux de certains de ses pairs. .............................................................................................................. 18 Figure 26 - Le Togo a connu la plus forte augmentation du score CPIA, ce qui indique des avancées significatives dans l'efficacité de la mobilisation des recettes. ............................................................................................................................... 18 Figure 27 - Les réformes ont contribué à la une augmentation des recettes fiscales de 2,3 % du PIB ..................................... 18 Figure 28 - avec des gains particulièrement importants entre 2014 et 2017 ............................................................................ 18 Figure 29 - Les réformes fiscales de 2012 au Togo ont généré plus de gains sur la fiscalité indirecte que sur la fiscalité directe, reflétant la structure actuelle de l’assiette fiscale togolaise. .................................................................................................... 19 Figure 30 - Les recettes fiscales du Togo sont concentrées sur quelques composantes de l'impôt, principalement les taxes sur les biens et services, les taxes sur les échanges et les transactions internationales, et les taxes sur les revenus, les bénéfices et les gains en capital. ............................................................................................................................................................... 20 Figure 31 - L'ICR moyen du Togo est relativement élevé par rapport à certains pays de référence, ce qui indique une concentration des recettes fiscales ........................................................................................................................................... 21 Figure 32 - Corrélation négative entre le ratio impôt/PIB et l'ICR, soulignant l'importance de la réduction de la concentration fiscale et de l'élargissement de l'assiette fiscale ....................................................................................................................... 21 Figure 33 - La structure de l'économie, les efforts de numérisation et le développement financier jouent un rôle crucial pour soutenir la diversification des recettes fiscales ......................................................................................................................... 21 iv Figure 34 - Les dépenses fiscales du Togo sont relativement élevées par rapport à celles de la plupart de ses pairs, indiquant la nécessité de poursuivre leur rationalisation. ........................................................................................................................ 22 Figure 35 - Le Togo est passé d'incitations basées sur les bénéfices à des incitations basées sur les coûts à la suite de l'introduction du nouveau code en 2019 .................................................................................................................................. 22 Figure 36 - La taxation du carbone pourrait générer des gains de revenus significatifs ........................................................... 25 Figure 37 - ...et réduire l'intensité des émissions même avec des niveaux de taxation modestes ........................................... 25 Figure 38 - L'accès aux infrastructures au Togo pourrait être renforcé sans nécessairement augmenter le stock de capital public ......................................................................................................................................................................................... 28 Figure 39 - D'autres indicateurs de la qualité des infrastructures indiquent l’existence d’une marge d’amélioration de l’efficacité des investissements ................................................................................................................................................. 28 Figure 40 - Si le Togo pouvait améliorer son score PIMA pour atteindre les meilleures performances de la région, les gains en matière d’efficacité des investissements publics pourraient être significatifs. ......................................................................... 29 Figure 41 - Limiter la dette publique, augmenter la part des financements concessionnels, réformer la fiscalité et améliorer la gouvernance publique pourrait permettre de stimuler l’investissement privé ..................................................................... 31 Liste des figures Tableau 1 - Développement récent - Principaux indicateurs macroéconomiques .................................................... 1 Tableau 2 - Perspectives - Principaux indicateurs macroéconomiques ..................................................................... 8 v RÉSUMÉ EXÉCUTIF 1. La trajectoire économique du Togo au cours des dernières années a été caractérisée à la fois par des performances solides et par l’émergence de nouvelles vulnérabilités. Ce rapport portant sur les perspectives économiques du Togo met en lumière l'urgence de mettre en œuvre des réformes structurelles stratégiques pour soutenir une croissance portée par le secteur privé et génératrice d'emplois productifs. Structuré en deux chapitres, le rapport propose une analyse intégrée des perspectives et des politiques économiques prioritaires pour promouvoir un développement durable et inclusif. • Soutenir la croissance économique dans un environnement incertain 2. La croissance économique reste robuste au Togo, mais les contraintes budgétaires et l'affaiblissement de la demande mondiale devraient entrainer un léger fléchissement à court terme. Après avoir maintenu une croissance à plus de 6 % en moyenne entre 2021 et 2023, celle-ci devrait se ralentir à 5,3 % en 2024 et 5,0 % en 2025. Cette décélération s’explique par le passage d'une politique budgétaire expansionniste durant la période post-COVID à une politique de consolidation entamée en 2024, ainsi que par la baisse de la demande extérieure et des perturbations dans l'approvisionnement d’électricité qui ont impacté la production industrielle. En revanche, le secteur des services demeure dynamique et l'agriculture a fait preuve de résilience, malgré l'irrégularité des précipitations et l’aggravation de l'insécurité alimentaire dans les régions septentrionales. 3. Le Togo fait face à de nouveaux défis dans un contexte de tensions commerciales et d'incertitude politique à l’échelle mondiale. L’environnement économique international s’est détérioré en 2025, marqué par une montée de l’incertitude politique et le renforcement des barrières commerciales. Si l'impact direct de l'augmentation des droits de douane sur les perspectives d'exportation du Togo demeure limité, le climat d’incertitude qui règne actuellement pourrait décourager l’investissement et accroître la volatilité des marchés financiers. 4. La croissance économique du Togo devrait se stabiliser autour de 5,5 % en 2026 et 2027, sous réserve d’un apaisement des incertitudes et de la réalisation des objectifs de consolidation budgétaire. Soutenu par les investissements privés, notamment dans la plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA), une reprise de la consommation favorisée par une inflation modérée, l’atteinte des objectifs de réduction du déficit budgétaire et l’hypothèse de dissipation des incertitudes au niveau global, la croissance devrait se stabiliser autour de son potentiel, estimé actuellement autour de 5,5 %. Ce potentiel de croissance devrait être relever à 6% ou plus si le Togo veut atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire élevé d'ici 2045 et réduire l'extrême pauvreté à moins de 10 %. Cela passera par la mise en œuvre de réformes structurelles visant à encourager plus d’investissements privés, notamment des Investissements Directs Etrangers (IDE) qui restent relativement faibles, renforcer le capital humain et à réduire les disparités régionales d'accès aux infrastructures, aux services de base et aux opportunités économiques. 5. Les perspectives économiques restent exposées à d’importants risques. Une intensification des tensions géopolitiques, la persistance de l'insécurité régionale liée aux conflits dans le Sahel, ou une aggravation des chocs climatiques pourraient affecter l'activité économique plus sévèrement qu’anticipé, mettant sous pression les ressources publiques et exacerbant les risques de pauvreté et de fragilité. Ces menaces pourraient toutefois être atténuées par un programme cohérent de reformes axées sur le renforcement de la résilience économique, la promotion d’une croissance inclusive et la consolidation de la cohésion sociale. vi • Assurer un retour à la discipline budgétaire tout en soutenant une croissance inclusive 6. Les déséquilibres budgétaires persistants et l'augmentation de la dette publique imposent des arbitrages. Le déficit budgétaire reste élevé mais s'est réduit à 6,1 % du PIB en 2024, grâce notamment à une réduction des investissements publics et une mobilisation accrue des recettes. La dette publique, quant à elle, a atteint 72,1 % du PIB en 2024, avec un recours croissant aux emprunts à court terme sur les marchés régionaux, exposant ainsi le pays à des défis de financement. 7. Les efforts de consolidation budgétaire devront s’appuyer sur un équilibre judicieux entre la mobilisation accrue des recettes intérieures et une plus amélioration de l’efficacité des dépenses publiques . Une stratégie de consolidation équilibrée et viable devrait permettre de préserver les services publics essentiels ainsi que les investissements dans le capital humain et les infrastructures, tout en renforçant l’efficience de la dépense et le ciblage des politiques budgétaires. Les autorités devraient également renforcer la gestion de la dette afin de réduire les risques de liquidité à court terme. • Élargissement de l'assiette fiscale 8. Le système fiscal du Togo demeure fortement concentré, notamment autour de la taxation sur la valeur ajoutée (TVA) et des droits de douane. Au cours de la dernière décennie, la part des recettes intérieures dans le PIB est passée de 12,1 % en 2013 à environ 14,7 % en 2023. Cette progression résulte de réformes institutionnelles, telles que la création de l'Office Togolais des Recettes (OTR), l'unification des taux d'imposition et la digitalisation des procédures de déclaration et du paiement des impôts. Ces mesures ont permis de réaliser des gains estimés à environ 2,3 % du PIB. Toutefois, l'assiette fiscale reste plus étroite que dans de nombreux autres pays comparables. 9. Plusieurs réformes offrent des perspectives prometteuses pour renforcer l’assiette fiscale au Togo. Il s'agit notamment de rationaliser les dépenses fiscales, qui entrainent actuellement une réduction d'environ 17,6 % des recettes fiscales, souvent sans impact démontré sur le développement ; de mieux intégrer le secteur informel, par le biais de mesures fiscales adaptées et à des solutions de paiements numériques, d'étendre la fiscalité foncière et de renforcer les capacités de l'administration, les infrastructures numériques et la gouvernance fiscale. En outre, la transition écologique du système fiscal représente une opportunité double à savoir, générer des recettes tout en contribuant à la lutte contre le changement climatique. Des mesures telles que les écotaxes et la tarification du carbone (par exemple une taxe carbone hypothétique de 7,5 USD par tonne de CO₂) pourraient générer jusqu'à 1 % du PIB par an d'ici à 2035 tout en réduisant l'intensité des émissions jusqu'à 27 %. • Renforcer la gestion des investissements publics 10. La qualité de la gestion des investissements publics est déterminante pour renforcer les services publics, en particulier dans un contexte de consolidation budgétaire. L'analyse présentée dans ce rapport indique que si le Togo parvenait à atteindre le niveau d’efficacité des pays les plus performants du continent, la qualité des infrastructures publiques pourrait augmenter de 14 à 37 %, sans augmentation des dépenses globales. Pour réaliser de tels gains, une série de réformes institutionnelles et politiques s’avère nécessaire. Celles-ci incluent la mise en place d’un cadre réglementaire robuste pour la sélection, la priorisation et l'exécution des projets, l’intégration systématique des risques climatiques dans l’évaluation et la planification des projets d’investissement ; l’adoption de pratiques transparentes en matière de passation des marchés, et la promotion des partenariats public-privé (PPP) pour mobiliser des capitaux privés et atténuer la pression sur les finances vii publiques. Le renforcement de la gouvernance et de la transparence tout au long du cycle de vie des projets est également fondamental pour renforcer la confiance du public et garantir que les investissements produisent des résultats concrets en matière de développement. La publication des études de faisabilité, le suivi de l'exécution des projets et l'adoption d'outils de gestion axés sur les résultats contribueront à une meilleure redevabilité et à une allocation plus efficace des ressources. RÉSUMÉ DES PRINCIPALES OPTIONS POLITIQUES Horizon Objectif Options politiques temporel • Améliorer l'accès aux financements, aux nouvelles technologies Court terme et aux services de vulgarisation dans le secteur agricole. • Renforcer le cadre institutionnel et réglementaire de la gestion Court terme foncière au niveau national et décentralisé • Mettre en œuvre un plan de restructuration pour la CEET, revoir le cadre institutionnel et opérationnel du secteur de Court terme l'électricité. Stimuler l'activité du secteur privé • Réviser le code des investissements ainsi que la législation sur Moyen terme et la création les zones économiques spéciales d'emplois • Réduire les délais de paiement pour les marchés publics et productifs assurer une meilleure harmonisation entre les législations Court terme relatives aux PPP et aux marchés publics • Établir des passerelles claires entre l'enseignement secondaire, Moyen terme la formation professionnelle et l'enseignement supérieur • Définir les modalités institutionnelles et le contenu des principaux programmes d'emploi destinés aux populations Moyen terme vulnérables. • Rationaliser les dépenses fiscales en supprimant les exonérations régressives de TVA, en rationalisant les dépenses liées à l'impôt foncier, en automatisant l'évaluation des risques Court terme pour le traitement des demandes de remboursement des crédits de TVA et en intensifiant les audits de ces crédits • Améliorer le système de télédéclaration fiscale et réformer la réformer la taxe professionnelle unique (TPU) pour encourager Moyen terme la formalisation des TPMEs. Renforcer la • Promouvoir le paiement des taxes via téléphonie mobile afin mobilisation des d'élargir l'assiette fiscale et d’améliorer le respect des Court terme recettes et obligations fiscales l'efficacité fiscale • Accélérer la modernisation des systèmes cadastraux, de la planification urbaine et les réformes de la gestion foncière, tout Moyen terme en investissant dans l'infrastructure numérique pour la collecte de l'impôt foncier. • Renforcer la capacité institutionnelle de l'OTR à travers la formation continue et l'adoption d'une approche axée sur le Moyen terme contribuable pour améliorer l'efficacité de l'administration fiscale viii • Verdir la structure fiscale en introduisant progressivement des Moyen terme écotaxes et des taxes carbone • Renforcer le manuel de procédures pour la sélection, la hiérarchisation et l'évaluation des projets d'investissement Moyen terme public. Renforcer la • Systématiser la production et la publication d'études de gestion des Moyen terme faisabilité pour les projets d'investissement. finances • Établir des règles et des procédures pour intégrer l’évaluation publiques et des dimensions d'adaptation et d'atténuation climatiques dans Moyen terme l'efficacité des la planification des projets. dépenses • Lancer une déclaration de risque budgétaire, incluant une évaluation quantitative et qualitative des risques climatiques Moyen terme pesant sur les finances publiques ix ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS ZLECAf Zone de libre-échange continentale africaine API-ZF Agence de Promotion des Investissements et de la Zone Franche BCEAO Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest BTCI Banque Togolaise pour le Commerce et l'Industrie DCC Déficit de la balance des opérations courantes CEET Compagnie Energie Electrique du Togo CFA F Franc de la Communauté Financière Africaine EPIN Évaluation des politiques et des institutions nationales CIT Impôt sur le revenu des sociétés DEA Analyse de l'enveloppement des données CEDEAO Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest EMDE Economies émergentes et en développement ZFE Zones franches d'exportation DRF Déclaration de risque fiscal IDE Investissement direct étranger FNE Fonds National pour l'Environnement PIB Produit intérieur brut GGGI Institut mondial pour la croissance verte CVM Chaînes de valeur mondiales HCI Indice du capital humain FEC Facilité élargie de crédit FMI Fonds monétaire international INSEED Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques et Démographiques SDMT Stratégie de la dette à moyen terme NDVI Indice de végétation par différence normalisée PNP Prêts non performants OTR Office Togolais des recettes PIA Plateforme Industrielle d'Adétikopé GIP Gestion des investissements publics PIMA Évaluation de la gestion des investissements publics PPP Partenariats public-privé RMP Plans de mobilisation des recettes UPF Unité de politique fiscale TPU Taxe professionnelle unique UTB Union Togolaise de Banque ÉTATS-UNIS États-Unis d'Amérique TVA Taxe sur la valeur ajoutée UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine ZAAP Zones d'Aménagement Agricole Planifiées x REMERCIEMENTS Le présent rapport sur les Perspectives Economiques du Togo a été préparée par une équipe dirigée par Nimonka Bayale (économiste, EAWM1) et Marc Stocker (économiste principal, EAWM1), avec le soutien de Camilla Sacchetto (économiste, EAWM1), et Aissatou Ouedraogo (économiste, EAWPV) pour le chapitre 1, et d'Ibrahim El ghandour (spécialiste du secteur public, EAWG1) pour le chapitre 2. Le rapport complet a bénéficié des commentaires de Rick Emery Tsouck Ibounde (économiste principal, EAWM2) et de Ceren Ozer (économiste principal, EMFTX). Le travail a été réalisé sous la supervision et l'orientation de Marie-Chantal Uwanyiligira (Directrice de division, AWCF2), Rob Swinkels (Économiste en chef, EAWDR), Hans Anand Beck (Practice Manager, EAWM1), Fily Sissoko (Country Manager, AWMTG), Markus Kitzmuller (économiste en chef, chef de programme, EECDR), Marc Stocker (économiste principal, EAWM1), Felix Oppong (économiste principal, EAWM1), et Alberto Portugal (économiste principal, EAWM1). Les prévisions macroéconomiques présentées dans ce rapport ont été préparées par le personnel de la Banque mondiale et peuvent différer de celles des autorités nationales. Nous tenons à remercier les autorités pour leur collaboration et leurs commentaires sur le contenu de ce rapport. xi CHAPITRE I - VERS UNE CROISSANCE INCLUSIVE ET DURABLE AU TOGO : LE RÔLE DES INVESTISSEMENTS PRIVÉS 1. L'économie Togolaise a fait preuve d’une résilience notable face aux chocs successifs de ces dernières années. Cette résilience a été soutenue par une politique budgétaire vigoureuse, qui a notamment contribué au rebond de la croissance après la pandémie de COVID-19 entre 2021 et 2023. Les dernières estimations suggèrent que la croissance pourrait s’être ralentie en 2024 à 5,3 %, pour atteindre 5,0 % en 2025 sous l’effet combiné de la consolidation budgétaire, de l’affaiblissement de la demande extérieure et des incertitudes géopolitiques. Par la suite, la croissance devrait progressivement se renforcer pour atteindre en moyenne 5,5 % sur la période 2026 et 2027, portée par l'investissement privé et la consommation des ménages, ainsi qu’une reprise progressive des exportations et des dépenses publiques. À moyen terme, le Togo devrait maintenir une croissance annuelle moyenne d'au moins 6 % pour atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire élevé d'ici à 2045, tout en réduisant le taux de pauvreté en dessous de 10 %. Toutefois alors que le pays s'efforce de relever plusieurs défis majeurs en matière de développement, il demeure exposé à une série de risques intérieurs et extérieurs. Ceux-ci incluent des pressions accrues sur le refinancement de la dette, une escalade éventuelle des incertitudes géopolitiques et des chocs climatiques. 1. ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE RÉCENTE 2. Au cours de ces dernières années, le Togo a maintenu une croissance robuste, mais la pauvreté demeure élevée, avec des disparités importantes entre les zones rurales et urbaines. Au cours de la dernière décennie, le pays a enregistré sa plus longue période de croissance supérieure à 5 % et a connu un fort rebond post-COVID entre 2021 et 2023, avec une croissance moyenne de 6,1 % soutenue notamment par une politique budgétaire expansionniste et un programme d’investissements publics ambitieux (Table 1 and figure 1). Cependant, les marges de manœuvre budgétaire ont été épuisées, tandis que le potentiel de croissance du Togo reste limité par le manque de capital productif dans les secteurs qui pourraient booster la transformation structurelle et créer plus d'emplois locaux, comme l'agroalimentaire, l'industrie légère, la logistique et d'autres services liés au commerce. Dans ce contexte, les forces vives du pays continuent d’être principalement occupés dans des emplois peu productifs et précaires dans l'agriculture de subsistance et les services informels, ce qui contribue aussi à une sous-utilisation de leur capital humain. De plus, les ménages pauvres, surtout en milieu rural, sont touchés de manière disproportionnée par les chocs économiques, climatiques et sécuritaires. Malgré une légère baisse du taux de pauvreté au niveau national, passé de 45,5 en 2018 à 43,8 % en 2021, les zones rurales continuent d'enregistrer des taux proches de 60 % (figure 2). Tableau 1 - Développement récent - Principaux indicateurs macroéconomiques 2020 2021 2022 2023 2024e Croissance du PIB réel (en pourcentage) 2.0 6.0 5.8 6.4 5.3 Solde budgétaire global (dons compris, en pourcentage du PIB) -7.0 -4.7 -8.3 -6.6 -6.4 Balance du compte courant (pourcentage du PIB) -0.3 -0.9 -3.0 -3.3 -3.2 Inflation (IPC, en pourcentage) 1.8 4.5 7.5 5.3 2.9 Source: Banque mondiale 1 Figure 1 - Le Togo a maintenu une croissance économique Figure 2 - Le fossé rural-urbain s'est accentué depuis robuste et stable au cours de la dernière décennie 2018, tandis que l’insécurité alimentaire demeure élevée Évolution de la croissance du PIB réel et PIB par habitant Taux de pauvreté national et par milieu de résidence Pourcentage Indice = 100 en 1980 Pourcentage 15 Croissance du PIB 120 70 PIB par habitant 2018 2021 58.8 58.2 110 60 10 50 45.5 100 43.8 5 40 34.3 32.3 90 0 30 22.3 20.1 80 20 -5 70 10 -10 60 0 1986 2001 1980 1983 1989 1992 1995 1998 2004 2007 2010 2013 2016 2019 2022 2025 Nationales Lomé Autres zones Ruralité urbaines Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale 3. Après un rebond important entre 2021 et -2023, la croissance s’est légèrement tassée en 2024 sous l’effet des efforts de consolidation budgétaire et d’un environnement mondial plus difficile. Après le ralentissement économique de 2020 provoqué par la pandémie de COVID-19, la croissance économique au Togo a rebondi pour atteindre une moyenne de 6,1 % entre 2021 et 2023. Ce redressement a été soutenu par des mesures de relance budgétaire, mais la réduction de la pauvreté a été entravée par une inflation élevée. En 2024, la croissance du PIB aurait ralenti à 5,3 %, dans un contexte de transition d’une politique budgétaire expansionniste vers une politique plus restrictive, couplée à une baisse de la demande mondiale (figure 3). Cette performance reste supérieure à la tendance régionale, puisque L’Afrique subsaharienne a enregistré dans son ensemble une croissance de 3,3 % en 2024, mais est inférieure à celle de pairs comme la Côte d'Ivoire (6 %), le Bénin (7,5 %), le Cap Vert (7,3 %), l'Éthiopie (8,1 %) ou le Rwanda (8,9 %). 4. Au Togo, l'activité économique en 2024 a été principalement soutenue par la vigueur du secteur des services, tandis que le secteur industriel a connu un ralentissement. La croissance du secteur des services est estimée à 6,2 %, portée par la bonne performance des services commerciaux, notamment les services financiers, les TIC, l'hébergement et les transports. En revanche, la croissance du secteur industriel s'est ralentie à 4,2 %, en raison du repli de la production minière après une performance exceptionnelle en 2023, ainsi de perturbations dans la production et la distribution d'électricité (Figure 4). Le pays a en effet connu des coupures d'électricité récurrentes en 2024, dues à des perturbations de l'approvisionnement en provenance du Nigéria et du Ghana, ainsi qu’à des difficultés de gouvernance et de la gestion financière de la Compagnie d'énergie électrique du Togo (CEET). 2 Figure 3 - La décélération des investissements publics a Figure 4 - L'activité industrielle s'est ralentie en raison du recul de la contribué au ralentissement de la croissance en 2024 production minière et énergétique Croissance du PIB réel et composantes de la demande Production industrielle (en variation annuelle) Exportations nettes Total industry Formation brute de capital fixe Pourcentage Mining and extractives Consommation des pouvoirs publics 8 Electricity and gas 50 40 6 2.5 2.8 1.1 30 4 0.9 0.7 20 0.8 10 2 3.5 3.9 3.2 0 0 -10 -0.4 -0.4 -20 -2 -1.2 2022 2023 2024 Source : Banque mondiale Source: INSEED 5. La production agricole a été robuste en 2024, mais a montré des signes de modération en fin d’année. Au total, la production agricole aurait augmenté de 4,1 % en 2024, une performance comparable à celle de 2023. Cependant, la saison 2024-25 a été marquée par des précipitations irrégulières (Figure 5), particulièrement dans les régions des Plateaux et Centrale. Ces conditions climatiques ont affecté les rendements des cultures et la densité de la végétation vers la fin de l'année et au début de 2025 (figure 6). Les régions des Savanes et de la Kara ont été touchées par l’aggravation de l’insécurité alimentaire, sous l’effet combiné du stress climatique et de la dégradation de la situation sécuritaire (Figure 7). Figure 5 - Les précipitations ont été globalement conformes aux Figure 6 - La densité de la végétation sur les terres normes historiques en 2024, à l'exception d’un déficit important cultivées est restée proche des moyennes historiques en au troisième trimestre. 2024 mais a chuté au début de 2025 Précipitations dans les régions maritimes et savanes Densité de la végétation sur les terres cultivées (NDVI) Indice, Moyenne sur 6 mois 900 2023 2024 Moyenne 0.45 800 700 600 500 0.4 400 300 200 100 0.35 Jan-23 Jan-24 Jan-25 Oct-23 Oct-24 Jul-23 Jul-24 Apr-23 Apr-24 Apr-25 0 Q1 Q2 Q3 Q4 Q1 Q2 Q3 Q4 Plateaux Centrale Sources : Données du PAM Sources : Calculs des services de la Banque Données du PAM 3 Figure 7 - L'insécurité alimentaire est restée élevée, en particulier dans la région des Savanes Population confrontée à l'insécurité alimentaire 250,000 Sep-Dec 2023 Sep-Déc 2024 200,000 Proj. Juin-Août 2025 150,000 100,000 50,000 0 Savanes Maritime Plateaux Kara Centrale Sources : Rapports IPC/Cadre Harmonisé pour l'Afrique de l'Ouest 6. Le déficit du compte courant est resté modeste en 2024 et globalement aligné sur les fondamentaux économiques du pays. Selon les estimations, le déficit du compte courant s'est légèrement réduit pour s’établir à 3,2 % du PIB en 2024, contre 3,3 % en 2023 (figure 8). Ce léger recul s’explique par le ralentissement des exportations et des importations, avec une amélioration modérée des termes de l'échange. L'activité de transbordement au port de Lomé a été robuste tout au long de l’année 2024. 7. L'inflation s’est ralenti en 2024, mais les prix des denrées alimentaires sont restés volatils . L'inflation a suivi une tendance baissière au cours de l’année 2024, atteignant 1,8% en décembre. Cette baisse reflète le repli des prix de l'énergie et une inflation sous-jacente maîtrisée. Toutefois, les prix des denrées alimentaires ont affiché une plus grande volatilité, en lien avec des facteurs saisonniers et climatiques (Figure 9). Sur l’ensemble de l’année, l’inflation moyenne s’est établie à 2,9 %, en dessous de la moyenne régionale (3,5 %) et de la cible de la BCEAO (3 %). 8. La politique monétaire de la BCEAO est restée globalement accommodante en 2024. En tant que membre de l'UEMOA, le Togo bénéficie d’une politique monétaire et de change conduite par la BCEAO, qui maintient une parité fixe entre le franc CFA et l'euro. Depuis la fin de l’année 2023, la BCEAO a maintenu ses principaux taux directeurs inchangés, 3,5 % pour les appels de liquidité et à 5,5 % pour la facilité de prêt marginal (figure 10)1. Cette posture s’inscrit dans un contexte global d'assouplissement monétaire, observé aussi bien dans les économies avancées que dans les pays en développement (figure 11). En parallèle, la BCEAO a poursuivi ses adjudications hebdomadaires d’injections de liquidité afin de garantir le bon fonctionnement du marché interbancaire régional. Les réserves de change de la BCEAO se sont renforcées en 2024, soutenues par la réduction des déficits budgétaires et par un différentiel de taux d’intérêt favorable avec la zone euro, en lien avec l’assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. 1 Le Comité de Politique Monétaire (CPM) de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), lors de sa réunion du 4 juin 2025, a décidé de baisser ses taux directeurs de 25 points de base. Ainsi, le principal taux auquel la Banque centrale prête aux banques commerciales est passé de 3,50 % à 3,25 %. 4 Figure 8 - Le déficit de la balance courante s'est Figure 9 - L'inflation a poursuivi sa tendance baissière en 2024, stabilisé en 2024 à 3,2 % du PIB mais les prix des denrées alimentaires sont restés volatils Évolution des exportations, importations et Indice des prix à la consommation (IPC) et principales balance des comptes courants composantes Balance des comptes courants 20 Exportations Inflation totale Alimentation Importations 15 Energie Transport 0 40 Monthly inflation 10 en pourcentage du PIB en pourcentage du PIB -1 30 5 -2 20 -3 10 0 -4 0 -5 May-23 Apr-24 May-24 May-25 Feb-23 Mar-23 Apr-23 Oct-23 Feb-24 Mar-24 Oct-24 Feb-25 Mar-25 Apr-25 Dec-24 Aug-23 Nov-23 Dec-23 Nov-24 Jan-23 Jun-23 Jul-23 Sep-23 Jan-24 Jun-24 Jul-24 Aug-24 Sep-24 Jan-25 Jun-25 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Source: Banque mondiale Sources: INSEED Figure 10 - La politique monétaire de la BCEAO est restée Figure 11 - La politique monétaire a suivi un cycle inchangée en 2024, contrastant avec l’assouplissement dans la d'assouplissement dans les économies avancées comme zone euro dans les économies en développement Taux d'intérêt directeur de la BCEAO et de la BCE (en Évolution des taux d’intérêt directeurs dans pourcentage) différentes économies BCEAO ECB 5 4 3 2 1 0 Sep-22 Jan-20 Sep-20 Jan-21 Sep-21 Jan-22 Jan-23 Sep-23 Jan-24 Sep-24 Jan-25 May-20 May-21 May-22 May-23 May-24 May-25 Source : BCEAO, Banque mondiale Source : Banque mondiale 9. Le secteur bancaire du Togo reste globalement solide, bien que certaines institutions rencontrent encore des défis. Le Togo, l'un des principaux centres financiers de l'Afrique de l'Ouest, abrite 14 banques et 3 institutions financières non bancaires. Le secteur bancaire, qui constitue le pilier du système financier, a affiché en juin 2024 un ratio de solvabilité de 8,3 % et un coefficient de liquidité de 107,8 %. Le ratio d'adéquation des fonds propres, conforme aux normes de Bâle II et III et aux exigences de la BCEAO, s’est élevé à 4,1 % en juin 2024, contre 2,6 % en juin 2023. Le secteur est rentable, avec une hausse des recettes nettes de 18,9 % et un bénéfice net en progression de 11,7 %, atteignant 393,7 milliards de francs CFA (621 millions de dollars) en 2024. La qualité du portefeuille de prêts s'est également améliorée, les prêts non productifs (PNP) ayant reculé à 7,9 % en juin 2024. 5 Du côté des réformes structurelles, la Banque Togolaise pour le Commerce et l'Industrie (BTCI) a été privatisée, et des avancées significatives ont été réalisés en 2024 dans la restructuration de de l'Union Togolaise de Banque (UTB), détenue par l'État. Les autorités finalisent actuellement la recapitalisation de l’UTB pour atteindre le seuil réglementaire et mettent en œuvre un plan de redressement visant à garantir sa rentabilité et sa stabilité à long terme. 10. Le déficit budgétaire s'est réduit en 2024 mais est demeuré élevé par rapport aux normes communautaires. Après une forte expansion budgétaire après la crise de COVID-19, le Gouvernement togolais s'est engagé en 2024 dans une stratégie de consolidation budgétaire, visant à ramener le déficit à 3 % du PIB d'ici 2026. Le déficit budgétaire a été sensiblement réduit à 6,4 % du PIB en 20242, contre 6,6 % en 2023. Cette amélioration s’explique par une hausse des recettes et d'une réduction des dépenses d'investissement. Le ratio impôts/PIB est passé de 14,7 % en 2023 à 15,2 % en 2024, soutenu par un renforcement de la conformité fiscale, notamment grâce à l’utilisation de solutions numériques. En parallèle, les dépenses courantes ont légèrement augmenté pour atteindre 15,1 % du PIB en 2024 (contre 14,5 % en 2023), tirées par la hausse des dépenses en biens et services et des transferts. Les dépenses en capital ont diminué de 1,5 % du PIB en 2024 par rapport à 2023. Malgré ces efforts, le déficit budgétaire du Togo demeure supérieur à celui de la majorité des pays de la région (Figure 12). 11. La dette publique continue d'augmenter, avec une dépendance croissante à l'égard du marché régional qui accentue les vulnérabilités de financement. La dette du Togo est passée de 68.6 % du PIB en 2023 à 72.1 % en 2024 (figure 13). Le pays est dépendant du marché régional de la dette, qui, a connu des conditions de financement resserrées en 2024. En 2024, les taux moyens des bons et obligations du Trésor se sont établis respectivement à 6,9 % et à 7,8 % en 2024, contre 6,5 % et 7,4 % en 2023. Par ailleurs, la maturité moyenne de la dette s’est raccourcie, passant de 3 ans en 2023 à 1,5 an en 2024, 71 % des besoins de financement étant couverts par les bons du Trésor. Cette évolution traduit une baisse de l'appétit des investisseurs pour les maturités longues, en lien avec l’exposition croissante des banques de l'UEMOA aux risques souverains et de l'augmentation du risque-pays dans certains États membres. Bien que les autorités aient obtenu davantage de dons extérieurs et de prêts concessionnels sur la période 2023–2024, ces ressources n’ont pas été suffisantes pour compenser la forte dépendance au marché régional de la dette. 2 La légère baisse du déficit en 2024 reflète la reclassification de certaines dépenses auparavant enregistrées en dessous de la ligne, notamment l’achat d’engrais financé par un mécanisme de financement du commerce, ainsi que les avances accordées aux collectivités locales pour la construction d’installations de traitement des déchets à la suite des importantes inondations survenues en 2024. 6 Figure 12 - Des crises successives ont creusé le déficit Figure 13 - Le Togo a enregistré un niveau relativement élevé budgétaire, mais le pays s'est engagé dans un processus de de dette publique au cours des dernières années consolidation budgétaire. Déficit budgétaire du Togo et des pays comparables, 2022- Dette publique du Togo et des pays comparables, 2022-24 24 16 120 2024 2022 2023 12 2024 2022 2023 80 8 108.5 11.7 40 77.5 69.1 72.1 4 53.7 58.4 6.4 5.6 3.7 4.0 3.9 0 0 Benin Côte d'Ivoire Morocco Rwanda Senegal Togo Benin Côte d'Ivoire Morocco Rwanda Senegal Togo Source : Banque mondiale, MFMOD Source : Banque mondiale, MFMOD 2. PERSPECTIVES ET RISQUES ÉCONOMIQUES 12. Le contexte économique mondial s’est complexifié en 2025, notamment en lien avec la montée des incertitudes politiques et une intensification des tensions commerciales. Bien que le commerce mondial de marchandises ait progressé au début de l’année 2025, l'escalade des restrictions commerciales ont assombrit les perspectives du commerce mondial pour le reste de l’année. Outre les effets directs des hausses tarifaires et des mesures de rétorsion, l’incertitude liée l’évolution des politiques commerciales génère un climat défavorable aux investissements. D’un autre côté, les prix des produits de base, et notamment de l’énergie, ont fortement reculé depuis le premier trimestre 2025, reflétant un affaiblissement de l’activité manufacturière et industrielle mondiale. 13. La croissance du PIB du Togo pourrait légèrement se tasser en 2025, avant de se renforcer à partir de 2026. La croissance économique devrait se ralentir à 5,0 % en 2025, en raison des réductions des dépenses publiques et du ralentissement du commerce mondial. L'impact direct des hausses tarifaires annoncées sur les exportations vers les États-Unis (10 %) devrait rester marginal, les exportations vers ce pays ne représentant que 2,1 % des exportations totales du Togo, soit environ 1 % du PIB. Le Togo reste largement orienté vers les marchés africains (64 % de ses exportations), en particulier dans la région de l'UEMOA, suivis par l'Asie (17 %) et l'Europe (12 %). Au niveau de la demande intérieure, la reprise de la consommation à mesure que l'inflation baisse et les investissements privés en cours, notamment ceux liés au développement de la plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA), seront les principaux facteurs de soutien. En supposant une atténuation progressive des tensions commerciales et un assouplissement des efforts de consolidation, la croissance devrait remonter à 5,5 % en 2026 et 2027, en ligne avec le potentiel de croissance estimé du pays (figure 14 et tableau 2). 7 Figure 14 - L'investissement privé et la consommation devraient être les principaux moteurs de la croissance du PIB Contribution à la croissance du PIB Consommation privée Consommation publique Investissements publics 12 Investissements privés Exportations nettes 10 8 6 4 2 0 -2 -4 -6 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 Source : Banque mondiale Tableau 2 - Perspectives - Principaux indicateurs macroéconomiques 2024e 2025f 2026f 2027f Croissance du PIB réel (en pourcentage) 5.3 5.0 5.4 5.5 Solde budgétaire global (dons compris, en pourcentage du PIB) -6.4 -3.5 -3.0 -3.0 Balance des comptes courants (pourcentage du PIB) -3.2 -3.1 -3.0 -3.0 Inflation (IPC, en pourcentage) 2.9 2.8 2.7 2.3 Source: Banque mondiale 14. L'inflation devrait se stabiliser en dessous de 3 % dans les années à venir, mais la hausse récente des prix des denrées alimentaires et l'insécurité alimentaire persistance pourraient nuire au bien-être des populations vulnérables en 2025. Depuis le début de l'année 2025, l'inflation évolue sous le seuil des 3 %, avec des dynamiques sectorielles contrastées. Les hausses marquées des prix des denrées alimentaires, liées aux conditions d'approvisionnement locales et internationales, ont été partiellement compensées par des baisses dans le secteur des transports et des biens importés. Les pressions inflationnistes sur les denrées alimentaires ont un effet disproportionné sur les ménages pauvres, compromettant ainsi les efforts de réduction de la pauvreté. À moyen terme, l'inflation devrait évoluer autour de 2 % (figure 15), ce qui soutiendrait la reprise de la consommation et renforcerait le pouvoir d'achat des ménages. Dans ce contexte, le taux de pauvreté devrait continuer à baisser (figure 16). 8 Figure 15 - La pauvreté devrait continuer de reculer en Figure 16 - La croissance du PIB devrait se modérer 2026-2027 en 2025, dans un contexte de ralentissement de l'inflation Taux de pauvreté et PIB par habitant Croissance du PIB et inflation Taux de pauvreté (%) PIB réel par habitant (millions LCU constants) Taux de pauvreté international 8 Croissance du PIB réel L'inflation 6 Taux de pov. à revenu moyen inférieur 60 PIB réel pc 8 5 6 5.3 6.4 6 4 40 5.3 5.4 5.5 5.0 4 3 4 2.9 2.8 2.7 20 2 2 2.3 2 1 0 0 0 0 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2023 2024e 2025f 2026f 2027f Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale Note : Les estimations nationales de la pauvreté sont basées sur la projection SM2025 MFMOD et sont susceptibles d'être modifiées. 15. Les efforts de consolidation budgétaire pèseront sur la demande globale en 2025, mais ses effets devraient s’atténuer par la suite. Le budget 2025 prévoit une réduction du déficit budgétaire à 3.5 % du PIB. Les réformes fiscales et douanières, ainsi que la rationalisation des exonérations fiscales, devraient permettre d’augmenter les recettes de 0,5 % du PIB par an. Parallèlement, les ajustements du côté des dépenses devraient être assurés par la réduction progressive des investissements et des transferts publics (figure 18, voir également le chapitre 2 pour plus de détails). Les dons provenant de l'aide publique au développement (APD) devraient représenter environ 8,3 % des recettes en 2025, avec un impact limité des perturbations attendues sur les programmes soutenus par les États-Unis (USAID et Millennium Challenge Corporation). Malgré la réduction du déficit, les besoins élevés de refinancement et l'augmentation des coûts du service de la dette ont exercé des pressions sur les liquidités (figure 19). La dette intérieure constitue la majeure partie de la dette publique ainsi que des charges d’intérêt. Dans ce contexte, la stratégie de gestion de la dette à moyen terme du gouvernement vise à rééquilibrer la composition du portefeuille de la dette en faveur de la dette extérieure, qui devrait passer de 25,6 % en 2023 à 54,9 % en 2026, et à allonger la maturité moyenne, qui passerait de 6,4 ans à 8,1 ans sur la même période. 9 Figure 17 - Consolidation budgétaire facilitée par Figure 18 - La dette devrait diminuer à mesure que le Togo l'augmentation des recettes et la réduction des dépenses atteindra l'objectif de déficit de 3% Recettes, dépenses, déficit (pourcentage du PIB) Dette et paiements d'intérêts (pourcentage du PIB) Pourcentage du PIB Pourcentage du PIB Dette publique (en % du PIB) 80 3 Intérêts de la dette (en % du PIB) 30 Déficit budgétaire Recettes Dépenses 4 25 2 60 0 2 20 -2 40 15 -4 1 10 -6 20 5 -8 0 -10 0 0 Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale 16. Les politiques de soutien à l’agriculture devraient accroître la productivité et la résilience, contribuant ainsi à la transformation structurelle. Malgré des conditions climatiques mitigées, notamment une sécheresse marquée dans le long du golfe de Guinée et une baisse de la densité de la végétation dans les principales zones agricoles au début de 2025, les rendements agricoles pour la saison 2025-2026 devraient rester globalement proches de leur moyenne récente. Cette performance serait en partie attribuable aux initiatives gouvernementales en faveur des zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP), avec une implication accrue du secteur privé dans l’approvisionnement en intrants, les services de mécanisation, l’information agricole et les circuits d’achats. Toutefois, les régions confrontées à l’insécurité, comme les Savanes et la Kara devraient continuer à enregistrer des rendements plus faibles, aggravant les niveaux d’insécurité alimentaire. Afin d’accélérer la transformation structurelle et lutter durablement contre l'insécurité alimentaire, le gouvernement prévoit des investissements et des réformes visant doubler les rendements agricoles au cours de la prochaine décennie, tout en mobilisant davantage de capitaux privés dans certaines chaînes de valeur stratégiques. 17. Les perspectives de l'activité industrielle dépendront des progrès réalisés dans les réformes du secteur de l'énergie. Pour accélérer l'industrialisation, il est essentiel de remédier aux coupures d'électricité qui ont perturbé l'activité au cours des deux dernières années et d'assurer un accès universel à l'énergie sur l'ensemble du territoire. Cela nécessitera une amélioration significative des performances financières et opérationnelles de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET), dont les difficultés actuelles limitent les investissements dans les capacités de production et de distribution. Il est également crucial de mobiliser le secteur privé pour le développement de solutions décentralisées et de projets d'énergie renouvelable à grande échelle. Ces axes de réformes prioritaires sont inscrits dans le Pacte national pour l'énergie, finalisé par le gouvernement en janvier 2025, dont la mise en œuvre rapide est indispensable pour améliorer l'accès à une électricité abordable et fiable pour tous. 18. Les investissements directs étrangers (IDE) devront être augmenter pour soutenir la transformation structurelle. Après avoir atteint un pic au milieu des années 2000, notamment avec le développement du port de Lomé, les flux d’IDE vers le Togo ont progressivement diminué. Les nouveaux projets ont généré peu d’emplois 10 directs par rapport à ceux observés dans des pays comparables (figure 20, encadré 1.1). Cette faiblesse persistante des IDE, malgré les efforts pour améliorer l'environnement des affaires, reflète des défis structurels en matière de compétitivité, liés notamment à la sécurisation des investissements, l’accès aux marchés, à l'énergie, aux financements et à une main d’oeuvre qualifiée. Figure 19 - La faiblesse des flux d’IDE à destination du Togo met en évidence les difficultés à attirer de nouveaux capitaux pour stimuler la transformation. Investissements directs étrangers en pourcentage du PIB Pourcentage du PIB 7 2000-11 2012-23 6 5 4 3 2 1 0 Source : Banque mondiale ENCADRE 1.2. FLUX D'INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS Après avoir atteint un pic au milieu des années 2010, notamment grâce au développement des infrastructures portuaires, les IDE au Togo ont marqué un recul. Malgré les réformes entreprises pour améliorer le climat des affaires et attirer les investisseurs étrangers, les IDE ont généré peu d'emplois directs et se sont concentrés dans dans un nombre limité de projets et de secteurs (Figure B2.1). Les investissements intra-africains sont plus élevés au Togo que dans les pays voisins, et des initiatives telles que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourraient renforcer l'attrait du Togo pour les investissements. Cependant, le Togo reste en retrait par rapport à certains pays de la CEDEAO en matière d’implantation de multinationales. Le renforcement de l'intégration des multinationales dans l'écosystème industriel local pourrait favoriser la création d'emplois et le transfert de compétences et de technologies, contribuant ainsi à une croissance plus forte et inclusive. La position géographique stratégique du Togo, ses infrastructures portuaires et ses entreprises tournées vers l’exportation en font un acteur regional important. Les entreprises togolaises affichent une plus grande orientation internationale que leurs homologues régionales, avec une part plus élevée d'exportations et de participations étrangères, et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales (CVM). Toutefois, des contraintes importantes demeurent, notamment l'insuffisance des infrastructures de connectivité, la performance du secteur logistique,et la concurrence croissante des ports voisins. 11 Figure B2.1 : Les entrées d'IDE sont concentrées dans l'industrie manufacturière, les services et les infrastructures, mais restent limitées dans l'agro-industrie. Emplois créés par les projets d'IDE sur la période 2012- Répartition sectorielle des projets IDE au Togo 23 entre 2019 et 2023 1000 emplois / emplois par projet Emplois par million d'USD 1,500 7 Emplois (x1000) Electricit Emplois par projet y, gas, Emplois par million d'USD (RHS) 5 Administrativ steam 1,000 e and and air support conditio 3 service ning Financial and 500 insurance activities, activities, supply, 1 19.4% 12.9% 9.7% - -1 Information and Educati Manufacturing, Transportation and communicati on, 29.0% storage, 12.9% on, 9.7% 6.5% Source : Banque mondiale 19. Réduire le sous-emploi est essentiel pour une croissance plus inclusive. La structure du marché du travail au Togo confine une grande partie du capital humain dans des emplois à faible productivité, notamment dans l'agriculture de subsistance et les services domestiques peu rémunérateurs. Cette situation limite la contribution de la main-d’œuvre à la croissance et maintient les travailleurs dans des conditions précaires, marquées par des faibles salaires, une insécurité de l'emploi et une protection sociale insuffisante. Dans ce contexte, les travailleurs togolais n’atteignent en moyenne qu’environ 22 % de leur productivité potentielle3, un niveau inférieur à celui observé dans d’autres pays comparables. Toutefois, l’amélioration progressive du niveau d'éducation des jeunes constitue une opportunité, en leur permettant de mieux répondre aux exigences des emplois productifs de demain. Pour capitaliser sur cet atout, il est essentiel de renforcer les opportunités d’emplois dans les secteurs porteurs, la formation professionnelle, et les programmes d’intégration des populations vulnérables. Ces éléments sont indispensables pour dynamiser le marché du travail et ainsi améliorer la productivité, la résilience et le bien-être de la population. 20. À moyen terme, le Togo devra enregistrer une croissance nettement plus forte et inclusive s’il veut accéder au statut de pays à revenu intermédiaire élevé d'ici 2045 et réduire la pauvreté à moins de 10 %. Pour y parvenir, le pays devra accélérer la croissance du PIB par habitant pour atteindre une moyenne annuelle de 4 % au cours des 20 prochaines années, contre une moyenne de 2,8 % au cours de la dernière décennie et 1,1 % depuis le milieu des années 2000 (figure 21). Une telle performance placerait le Togo parmi les 10 % des pays les plus dynamiques en matière de croissance, et nécessiterait une augmentation significative de la productivité à travers une transformation structurelle (figure 22). Cette transformation passera notamment par la diversification économique, en tirant parti des avantages comparatifs du pays dans les secteurs tels que l'agriculture, l'industrie 3 Cette valeur moyenne est relativement plus élevée dans des pays comparables tels que la Côte d’Ivoire (23 %), le Sénégal et le Rwanda (24 %), à l’exception du Bénin (21 %). Elle est encore plus élevée dans les pays dits aspirationnels, notamment le Bangladesh et le Maroc (26 %), les Philippines (32 %), le Panama (33 %) et le Vietnam (37 %). 12 légère, la logistique et d'autres services liés au commerce. Elle exigera également des investissements dans les infrastructures de connectivité, la création d’un environnement favorable à l'investissement privé, le renforcement des compétences, et de la résilience face au changement climatique. Cette trajectoire de développement se traduirait par une baisse du taux de pauvreté national à 8 % d'ici 2045, contre 18 % dans un scénario de statu quo, tout en réduisant significativement la vulnérabilité aux chocs climatiques. Figure 20 -Le Togo devra accélérer sa croissance pour Figure 21 - Une transformation structurelle plus rapide, atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire élevé soutenue par un secteur privé dynamique pourrait contribuer (UMI) en 2045 à atteindre cet objectif Nombre d'années pour que le Togo atteigne le statut Croissance du PIB réel et dividendes démographiques d'UMI Participation au marché du travail Croissance du PIB par habitant Années pour atteindre l'UMI Pourcentage Productivité du travail Ratio 9 Population d'âge actif 2.6 6 Années pour atteindre le statut d'UMI (RHS) 40 Croissance du PIB 8 Croissance du PIB par habitant Croissance du PIB (BAU) 2.4 5 7 Ratio de la population d'âge actif 30 Taux de population active (BAU) 2.2 4 6 5 2.0 3 20 4 1.8 2 3 10 1.6 1 2 1.4 1 0 0 Togo - Togo - PHL - Togo - PAN - BGD - VNM - 0 1.2 2013 2015 2017 2019 2021 2023 2025 2027 2029 2031 2033 2035 2037 2039 2041 2043 2045 2047 2049 20Y 10Y 20Y STR 20Y 20 ANS 20Y Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale 21. Alors que le Togo s'efforce de relever certains des principaux défis en matière de développement, il sera également confronté à une série de risques, tant intérieurs qu’extérieurs. Parmi ceux-ci figurent l'incertitude mondiale et régionale, ainsi que de chocs climatiques de plus en plus fréquents. 22. Une aggravation des tensions géopolitiques pourrait compromettre les perspectives économiques du Togo à travers plusieurs canaux. L'incertitude accrue entourant la politique commerciale mondiale est susceptible de décourager les investissements directs étrangers (IDE) ainsi que la formation de capital domestique, les investisseurs préférant différer ou réduire leurs engagements dans un environnement international instable. Par ailleurs, les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales pourraient entraîner une hausse des coûts d'importation, alimentant les pressions inflationnistes (en particulier pour les produits de première nécessité), et érodant ainsi le pouvoir d'achat avec des répercussions sur la stabilité sociale. Ces vulnérabilités soulignent l’importance d'un cadre de politique intérieure solide et cohérent capable de renforcer la confiance des investisseurs tout en protégeant l’économie nationale des incertitudes géopolitiques. 23. Il est également crucial de faire face aux risques d'insécurité persistante et d'instabilité régionale. Les conflits au Sahel et leurs répercussions sur le Togo constituent des menaces significatives, notamment à travers l'afflux de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur du pays (figures 23 et 24). L'insécurité et les conflits armés perturbent l’activité économique, réduisent les investissements, le commerce et les IDE, et compromettent la stabilité macroéconomique. Des régions telles que celle des Savanes sont particulièrement exposées, avec des déplacements importants de populations, qui exercent une pression considérable sur les ressources et les 13 services publics. En réponse, le Gouvernement a augmenté les dépenses de défense et de sécurité, tout en mettant l’accent sur le soutien aux programmes prioritaires dans les zones les plus affectées, notamment dans la région des Savanes. Il demeure cependant essentiel de trouver un équilibre entre les dépenses sécuritaires et les investissements sociaux, et de favoriser des opportunités socio-économiques durables pour renforcer la stabilité à long terme. Figure 22 - Le terrorisme et les conflits armés ont eu un impact Figure 23 - La région des Savanes accueille un nombre croissant sur le Togo au cours des dernières années croissant de réfugiés et de demandeurs d'asile, et de personnes déplacées Conflits violents et mouvements de protestations par région, 2015-2024 Nombre de réfugiés, de demandeurs d'asile et de personnes déplacées, octobre 150 Nombre Attaques soutenues par le JNIM Personnes déplacées à l'intérieur du pays 80000 Demandeurs d'asile Conflits violents et manifestations nombre d'événements 100 Réfugiés 60000 40000 50 20000 0 0 Centrale Plateaux Kara Maritime Savanes Côte d'Ivoire Togo Bénin Ghana Source : Calculs des services de la Banque mondiale à partir des Source: UNHCR données de l'ACLED 24. Le changement climatique pourrait avoir un impact significatif sur la trajectoire de développement du Togo. Les vagues de chaleur deviennent plus intenses, les saisons des pluies plus imprévisibles et les épisodes de précipitations extrêmes plus fréquentes. Ces pressions climatiques devraient s'intensifier dans les années à venir. Si la structure de l’économie reste inchangée, le changement climatique pourrait entraîner une baisse du revenu moyen par habitant de 6,1 % à 12,2 % au cours des 25 prochaines années (figure 24). Dans ce scénario, la pauvreté pourrait augmenter de 1,8 à 3,1 points de pourcentage, plongeant entre 250 000 à 500 000 personnes dans la pauvreté. La hausse des températures, la baisse des rendements agricoles, le ralentissement du développement du capital humain et l'augmentation des inondations sont les principaux facteurs de ces pertes économiques et sociales. 25. Accélérer la transformation structurelle et mettre en œuvre des mesures d'adaptation ciblées permettrait de réduire de manière significative les risques associés à l'intensification des pressions climatiques. Si le Togo parvient à suivre une trajectoire de transformation structurelle similaire à celle de pays comme le Vietnam, le Bangladesh ou les Philippines, le niveau de vie moyen de la population pourrait être supérieur de plus de 40 % d'ici 2045, et l'impact du changement climatique réduit de près de 20 %. Cette résilience accrue serait notamment liée à la réduction de l'exposition au stress thermique et à la modernisation de l'agriculture. La combinaison de la transformation structurelle ambitieuse et de l'action ou politiques climatiques actives pourraient réduire l'impact du changement climatique de 60 à 90 % et de limiter les émissions de gaz à effet de serre de 55 %. Toutefois, cette transition nécessitera des investissements importants, estimés à 13 milliards de dollars en valeur actuelle d'ici 2050, soit environ 6,1 % du PIB par an jusqu'en 2035, puis 4 % par an au-delà. 14 Figure 24 - Le changement climatique et les risques naturels pourraient freiner la croissance du revenu par habitant et aggraver la pauvreté au Togo, mais une transformation structurelle accompagnée de mesures d'adaptation ciblées permettrait d’atténuer ces effets. Impact projeté des chocs climatiques sur le PIB Impact des chocs climatiques sur le taux de par habitant pauvreté Écart en points de pourcentage par rapport à la ligne de Écart en points de pourcentage par rapport à la ligne 0 base 5 Urbain Rural 4 Nationales 5 3 Santé humaine 2 10 Routes et ponts Inondations et SLR 1 Cultures pluviales et élevage Le capital humain 15 0 BAU STR ADP BAU STR ADP BAU STR ADP BAU STR ADP Humide/chaud Secs/chauds Humide/chaud Secs/chauds Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale 15 CHAPITRE II - RENFORCER LA MOBILISATION DES RECETTES ET LA GESTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS POUR RESTAURER DES MARGES DE MANŒUVRE BUDGÉTAIRE 1. Le renforcement de la mobilisation des recettes et l'amélioration de la gestion des investissements publics constituent des priorités essentielles pour soutenir la prestation des services publics dans un contexte budgétaire restreint. En ce qui concerne les recettes fiscales, les analyses présentées dans ce Chapitre suggèrent que les réformes mises en œuvre au cours de la dernière décennie ont conduit à des gains estimés à environ 2,3 % du PIB. Elles soulignent également que la structure des recettes fiscales du Togo reste concentrée sur un nombre limité de sources de revenus, notamment la taxation sur les biens et services et les taxes sur le commerce et les transactions internationales. Des options visant à élargir l'assiette fiscale sont proposées, notamment à travers le renforcement de la conformité fiscale, la rationalisation des dépenses fiscales, et des reformes de la structure de la taxation pour la rendre plus efficace, équitable et écologique. S’agissant des dépenses, le chapitre explore les moyens d'optimiser la gestion des investissements publics, notamment en mettant en œuvre de meilleurs systèmes d'évaluation, en digitalisant des pratiques de passation de marchés, en développant des stratégies d'investissement adaptées au climat et en mobilisant davantage l’investissement privé. 1. INTRODUCTION 2. Les efforts d'assainissement budgétaire du Togo visent à concilier les pressions immédiates et les objectifs de développement à long terme. A l’instar de la plupart des pays la sous-région, le Togo fait face à des contraintes budgétaires consécutives à la hausse des dépenses d’investissement public et aux mesures d’urgence mises en œuvre depuis la crise du COVID-19. Dans ce contexte, les autorités mènent des efforts d'assainissement avec pour objectif de ramener le déficit à 3 % du PIB à partir de 2026, tout en assurant la viabilité de la dette. Pour y arriver, il est essentiel de trouver un équilibre entre la mobilisation des recettes, la maîtrise et l’amélioration de l’efficience des dépenses, afin d’éviter de compromettre la croissance économique et les objectifs de développement. En effet un renforcement des recettes peut soutenir le développement en garantissant des ressources suffisantes pour les infrastructures, l'éducation, les soins de santé et les programmes de protection sociale, mais une pression fiscale excessive peut décourager l'investissement et freiner la croissance économique, en particulier dans les économies où l'informalité est importante. Parallèlement, l'amélioration de la gestion des investissements publics est primordiale pour accroître l'efficacité de l'allocation et l'impact socio- économique des dépenses publiques. 2. MOBILISATION DES RECETTES NATIONALES 3. Cette section examine les défis et les opportunités liés à la mobilisation des recettes nationales au Togo, en se concentrant sur la structure et l'efficacité de la collecte des recettes fiscales . L’analyse met en évidence le lien entre la diversification des recettes fiscales et la possibilité d’assurer une mobilisation durable des revenus. Cela suppose des efforts visant à inclure certaines activités informelles, rationaliser les exonérations fiscales, et renforcer l'administration fiscale, notamment par le biais de la digitalisation des procédures, afin d'améliorer la collecte des recettes. 2.1. MOBILISATION DES RECETTES : TENDANCES ET IMPACT DES RÉFORMES 4. Un système fiscal solide est indispensable pour concilier la responsabilité fiscale et les priorités de développement. Le renforcement des politiques fiscales et des cadres administratifs doit viser à élargir l'assiette 16 fiscale tout en favorisant les investissements du secteur privé et la création d'emplois. Une telle approche peut à la fois renforcer la viabilité budgétaire et l'activité économique, tout en soutenant les investissements publics dans les secteurs prioritaires. En outre, une mobilisation accrue des ressources intérieures permet de réduire la vulnérabilité aux chocs tout en soutenant la croissance inclusive et la réduction de la pauvreté. 5. La mobilisation des recettes intérieures au Togo a connu des progrès notables au cours de la dernière décennie. Le ratio des recettes fiscales au PIB est passé de 12,1 % en 2013 à environ 14,7 % en 2023, soit un gain annuel moyen de 0,25 point de pourcentage. Ce niveau place le Togo au-dessus de la performance de certains pays comparables tels que le Bénin et la Côte d'Ivoire, ainsi que de la moyenne des pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), mais en deçà des niveaux atteints par le Rwanda, du Sénégal ou du Maroc, et encore loin de l'objectif régional de convergence, de stabilité et de croissance, fixé à 20 % du PIB (figure 25). 6. Des réformes importantes ont été menées par le gouvernement depuis 2014. Parmi celles-ci figure la création de l'Office togolais des recettes (OTR), une agence semi-autonome née de la fusion entre la Direction générale des douanes et la Direction générale des impôts. Devenu opérationnel en 2014, sa création a marqué un tournant dans la modernisation du système fiscal togolais, en améliorant à la fois la collecte et la conformité. La qualité des services a également été renforcée grâce au recrutement du personnel technique par une société internationale indépendante, ainsi qu’à l'adoption d'une gestion axée sur les résultats, notamment à travers des contrats de performance visant à renforcer la responsabilité et l'efficacité. D’autres réformes institutionnelles notables incluent la création, en 2020, de l'Unité de Politique Fiscale (UPF) au sein du Ministère de l'Economie et des Finances, qui a permis de renforcer la capacité d’analyse et de proposition en matière de politique fiscale. Parmi les mesures phares de la dernière décennie figure également l'unification du taux d'imposition des sociétés à 29 % (en 2013-2014), la mise en place de dispositifs de contrôle plus stricts sur l’octroi des exonérations fiscales afin de garantir leur conformité au cadre légal, ainsi que la numérisation des déclarations et des procédures de paiements fiscaux, permettant une déclaration à distance et des paiements électroniques via les banques partenaires ou des services de mobile money. Grâce à l’ensemble de ces réformes, le Togo a enregistré l’une des plus fortes progressions parmi ses pairs en matière d’efficacité de la mobilisation des recettes, avec un gain de 1 point dans les scores de l'évaluation des politiques et des institutions nationales (EPIN ou CPIA) entre 2018 et 2023 (figure 26). 17 Figure 25 - Le Togo a réalisé des avancées en matière de Figure 26 - Le Togo a connu la plus forte augmentation du mobilisation des recettes intérieures, mais le taux de score CPIA, ce qui indique des avancées significatives dans pression fiscale reste inférieur à ceux de certains de ses l'efficacité de la mobilisation des recettes. pairs. Recettes fiscales au Togo et dans les pays de comparaison, Score CPIA sur l'efficacité de la mobilisation des recettes moyenne 2013-23 30 Taxe sur le Évolution du 6 Score Score CPIA 2018 1.2 PIB Taxe sur le PIB en 2023 PPT, 2013-23 4 augmentation du CPIA 2023 Note de l'ICPE score 2018-23 Moyenne 2013-23 5 1 Variation entre 2013 et 23, en pourcentage du PIB Augmentation 2018-2023 3 20 4 0.8 2 3 0.6 10 17.8 20.9 2 0.4 12.9 13.6 13.6 14.7 15.0 1 1 0.2 0 0 0 0 Bénin Côte UEMOA Togo Rwanda Sénégal Maroc Bénin Côte d'Ivoire Sénégal Togo Rwanda d'Ivoire Source : Calculs des services de la Banque, du FMI et de la Banque Source : Données CPIA de la Banque mondiale mondiale. Figure 27 - Les réformes ont contribué à la une Figure 28 - avec des gains particulièrement importants entre augmentation des recettes fiscales de 2,3 % du PIB 2014 et 2017 Recettes fiscales avant et après les réformes fiscales Évolution des recettes fiscales avec et sans les réformes TR sans réforme (moyenne annuelle) Tendance TR avec réformes TR avec réformes (moyenne annuelle) 15 15 Gain des réformes (moyenne annuelle) Taxe sur le PIB Tendance TR sans les réformes 14 13 10 12 13.6 11 10.7 10.8 11.3 5 10 2.3 9 0.1 0 8 2005-2013 2014-2023 Source : Estimations des services de la Banque à partir des données Source : Estimations des services de la Banque à partir des données du SCM sur le FMI et la Banque mondiale. du FMI et de la Banque mondiale. 7. Une analyse quantitative attribue les progrès de la mobilisation des recettes aux réformes de la politique et de l'administration fiscale. La comparaison des performances fiscales sur les périodes 2005-2013 et 2014-2023 montre une progression notable. Les recettes fiscales totales sont passées d'une moyenne de 10,8 % du PIB à 13,6 % du PIB entre les deux périodes. Cependant, cette augmentation ne peut pas être exclusivement imputée aux réformes. Des facteurs structurels liés à la nature de l’économie, au niveau de revenu par habitant et à l'ouverture commerciale peuvent également jouer un rôle dans cette dynamique. Dans ce contexte, l'impact propre des réformes fiscales au Togo a été évalué de manière plus formelle à l'aide de la méthode des contrôles synthétiques (Abadie et al., 2015 ; Bayale et al., 2023), qui permet d’isoler l’effet des réformes des effets liés aux transformations structurelles de l’économie. Les résultats indiquent que les réformes mises en œuvre entre 2014 18 et 2023 ont généré un gain cumulé estimé à 2,3 % du PIB en recettes fiscales supplémentaires (figures 27 et 28). L'écart entre les recettes fiscales avec réformes et celles estimées en l’absence de réformes s’est progressivement creusé au fil du temps, à l'exception de 2020, où il s'est temporairement réduit en raison des mesures d'allègement fiscal adoptées pour atténuer l’impact économique de la pandémie de COVID-19. Figure 29 - Les réformes fiscales de 2012 au Togo ont généré plus de gains sur la fiscalité indirecte que sur la fiscalité directe, reflétant la structure actuelle de l’assiette fiscale togolaise. Impact des réformes sur les recettes fiscales directes Évolution des recettes fiscales directes avec et sans les réformes 5 4 TR sans réforme (moyenne annuelle) Taxe sur Tendance TR avec réformes le PIB TR avec réformes (moyenne annuelle) Tendance TR sans les réformes Gain des réformes (moyenne annuelle) 4 3 3 2 2.9 2 0.9 1 2.0 2.1 2.0 0.1 1 0 2005-2013 2014-2023 Source : Estimations des services de la Banque à partir des Source : Estimations des services de la Banque à partir des données données du FMI et de la Banque mondiale. du FMI et de la Banque mondiale. Impact des réformes sur les recettes fiscales indirectes Évolution des recettes fiscales indirectes avec et sans les réformes TR sans réforme (moyenne annuelle) 12 Tendance TR avec réformes 12 TR avec réformes (moyenne annuelle) Taxe sur le Tendance TR sans les réformes Gain des réformes (moyenne annuelle) PIB 11 10 10 8 9 6 10.6 8 8.6 9.2 4 8.6 7 2 1.4 0.0 6 0 2005-2013 2014-2023 Source : Estimations des services de la Banque à partir des Source : Estimations des services de la Banque à partir des données données du FMI et de la Banque mondiale. du FMI et de la Banque mondiale. 8. Les recettes fiscales indirectes sont celles qui ont le plus bénéficié des réformes engagées au cours de la dernière décennie. Les résultats de l'évaluation d'impact indiquent que les réformes ont permis un gain annuel de 1,4 % du PIB en recettes fiscales indirectes contre 0,9 % du PIB pour les recettes fiscales directes (figure 29). Cette différence s'explique en partie par la structure du système fiscal togolais, qui repose davantage sur la fiscalité indirecte que sur la fiscalité directe. Elle reflète également l’ampleur croissante des exonérations fiscales dans l’imposition directe et l’usage accru de régimes fiscaux préférentiels. Ces dernières années, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a constitué 41,7 % des recettes fiscales totales, suivie par les taxes et droits sur le commerce (20,9 %), l'impôt sur le revenu des sociétés (15,9 %) et l'impôt sur le revenu des personnes physiques (8,6 %) (figure 39). Cette forte dépendance à l'égard d'un nombre limité de sources de recettes illustre l’insuffisance de 19 diversification. Une assiette fiscale étroite limite la capacité de l’État à mobiliser durablement des ressources, ce qui peut freiner l’investissement public à long terme, nuire à la qualité des services publics, et affaiblir la résilience face aux chocs économiques. 2.2. STRUCTURE ET EFFICACITÉ DE LA FISCALITÉ 9. La structure des recettes fiscales du Togo apparaît plus concentrée que celle de nombreux pays comparables. Le pays demeure fortement dépendant d’un nombre restreint de sources fiscales, notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et les taxes sur le commerce. Cette concentration rend l'assiette fiscale particulièrement vulnérable aux chocs sectoriels et aux fluctuations économiques (figure 30). En outre, une dépendance excessive à l'égard des impôts indirects peut exacerber les inégalités de revenus, car ces impôts étant généralement régressifs et affectant de manière disproportionnée les ménages à faible revenu. Pour évaluer cette concentration, l'indice de Theil est utilisé comme mesure de la dispersion des recettes fiscales entre les différentes catégories. Une valeur plus élevée de cet indice indique une plus forte concentration (Theil, 1972 ; Cadot et al., 2011 ; Giri et al., 2019 ; Compaoré et al., 2020 ; Bayale et Yao, 2024). Sur la période 2010-2022, l'indice moyen de concentration des recettes fiscales (ICR) du Togo s’élève à de 0,58, un niveau relativement élevé comparé à des pays comme la Côte d’Ivoire (0,35) et le Sénégal (0,49), et encore davantage par rapport à l'Afrique du Sud (0,16), le Kenya (0,17) et le Rwanda (0,21) (figure 31). Par ailleurs, la corrélation négative observée entre l'ICR et le ratio impôts/PIB dans l’ensemble des pays analysés souligne le rôle essentiel de la diversification fiscale dans performance de mobilisation des recettes nationales (figure 32). Figure 30 - Les recettes fiscales du Togo sont concentrées sur quelques composantes de l'impôt, principalement les taxes sur les biens et services, les taxes sur les échanges et les transactions internationales, et les taxes sur les revenus, les bénéfices et les gains en capital. Composition des recettes fiscales, 2013-23 Part des composantes de l'impôt (en pourcentage de l'impôt total) Taxe sur le PIB Impôt sur les sociétés Autres taxes Impôt sur le revenu des personnes physiques 20 Taxes sur le commerce int et les transactions Impôt sur la fortune Taxes sur les biens et services Autres impôts directs Impôts sur la propriété Taxe sur la valeur ajoutée Impôts sur les salaires et la main-d'œuvre 1.8 15 Impôts sur le revenu, les bénéfices et les gains en capital 15.9 20.9 0.1 10 8.6 0.3 0.3 0.3 2.2 5 6.5 1.4 41.7 0 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 Source : Calculs des services de la Banque, du FMI et de la Banque Source : Calculs des services de la Banque, du FMI et de la mondiale. Banque mondiale. 10. La structure de l'économie et les conditions institutionnelles influencent fortement la composition et le niveau de diversification des recettes fiscales. Pour identifier les principaux déterminants de cette diversification, une analyse utilisant un modèle bayésien (BMA) montrent qu’au-delà du niveau de développement (mesuré par le PIB réel par habitant), qui est positivement corrélé à des institutions plus solides et à une meilleure capacité de politique et d'administration fiscales, les efforts de numérisation et le développement financier exercent 20 également un effet positif sur la diversification des recettes fiscales (figure 33). Ces constats soulignent que les efforts visant à diversifier la base fiscale doivent s’inscrire dans une stratégie plus globale de transformation structurelle et de renforcement institutionnel. Les politiques publiques devraient privilégier l’accélération de la transformation économique, le développement des capacités des institutions fiscales, et la numérisation des services fiscaux. En particulier, l’adoption de plateformes électroniques pour la collecte des impôts, l'enregistrement et de la conformité des entreprises, ainsi que le renforcement des organes de contrôle, constituent des leviers essentiels pour élargir l’assiette fiscale et renforcer la résilience budgétaire à long terme. Figure 31 - L'ICR moyen du Togo est relativement élevé par Figure 32 - Corrélation négative entre le ratio impôt/PIB et l'ICR, rapport à certains pays de référence, ce qui indique une soulignant l'importance de la réduction de la concentration concentration des recettes fiscales fiscale et de l'élargissement de l'assiette fiscale Indice de concentration des recettes fiscales (ICR) au cours des Corrélation entre le ratio impôts/PIB et l'ICC au cours de la dernières décennies (2010-2022) dernière décennie (2010-22) 0.7 35 0.58 0.58 0.6 30 0.49 0.50 0.5 y = -9.8653x + 21.988 25 R² = 0.2442 Taxe sur le PIB 0.4 0.35 0.3 20 0.21 0.15 0.17 0.2 15 0.1 10 0.0 Afrique Kenya Rwanda Côte Sénégal Maroc Togo Bénin 5 du Sud d'Ivoire 0 0 0.5 TCI 1 1.5 Source : Calculs des services de la Banque Source : Calculs des services de la Banque Note : Un indice de Theil plus élevé indique une diversification moindre, tandis qu'un indice de Theil plus faible indique une plus grande diversification. Figure 33 - La structure de l'économie, les efforts de numérisation et le développement financier jouent un rôle crucial pour soutenir la diversification des recettes fiscales Facteurs de diversification des recettes fiscales : coefficients d'estimation (normalisés) Part du secteur informel Education HC Valeur ajoutée agricole Indice de corruption Valeur ajoutée industrielle Investissement Diversification économique Recettes tirées des ressources naturelles Indice de stabilité du gouvernement Développement financier Indice de numérisation log (PIB par habitant) 0.0 0.1 0.1 0.2 0.2 0.3 0.3 0.4 Source : Estimations des services de la Banque, Note : Les barres vertes sont en valeurs absolues 21 2.3. LA POLITIQUE FISCALE ET LES MESURES ADMINISTRATIVES COMME SOLUTIONS POUR STIMULER LA MOBILISATION DES RECETTES FISCALES AU TOGO 11. La rationalisation des exonérations fiscales constitue un levier important pour renforcer la mobilisation des recettes au Togo. En complément des réformes visant à diversifier les sources de revenus, la rationalisation des exonérations fiscales reste une priorité stratégique. Ces dépenses, qui correspondent aux pertes de recettes publiques résultant de dispositions fiscales dérogatoires (exonérations, crédits, déductions, taux préférentiels, etc.), représentaient 17,6 % des recettes fiscales totales en 2023, en légère baisse par rapport aux 18 % enregistrés en 2021. Lorsque l’on compare ces chiffres à ceux de pays comparables, le niveau des dépenses fiscales du Togo apparaît relativement élevé (Figure 34). Les principales sources de ces pertes fiscales proviennent de l'impôt sur les sociétés, de la taxe sur la valeur ajoutée et des droits de douane. Cette situation souligne l’importance d’une revue systématique des dispositifs fiscaux dérogatoires afin d’en évaluer la pertinence économique et sociale, et d’envisager leur rationalisation pour élargir l’assiette fiscale tout en préservant l’équité et l’attractivité du système fiscal. Figure 34 - Les dépenses fiscales du Togo sont relativement Figure 35 - Le Togo est passé d'incitations basées sur les élevées par rapport à celles de la plupart de ses pairs, indiquant bénéfices à des incitations basées sur les coûts à la suite la nécessité de poursuivre leur rationalisation. de l'introduction du nouveau code en 2019 Dépenses fiscales en pourcentage des recettes fiscales totales Nombre de mesures d'incitation au financement du et comparateurs, 2021 terrorisme offertes au Togo, par type d'instrument 30 40 35.7 Taxe réduite Dépenses fiscales, % du TR 35 25 Congé fiscal 30 Nombre d'incitations au transport de Crédit d'impôt 25 21.7 20 20 18.0 15.6 15.6 16.6 14.8 15 15 10 7.1 fonds 10 5 0 5 0 2011 2009 2010 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Source : Calculs basés sur la base de données Global Tax Source : Banque mondiale Expenditures Database (GTED) 12. Les incitations liées à l'impôt sur les sociétés (IS) représentent l'une des parts les plus importantes dans les dépenses fiscales du Togo. Conçues pour attirer et retenir les entreprises en allégeant leur charge fiscale, ces incitations visent à encourager le développement du secteur privé. Toutefois, leur efficacité en tant qu’outil de politique économique dépend de plusieurs facteurs contextuels, notamment la qualité des institutions, le niveau des infrastructures et le climat des affaires. De nombreuses études, dont James (2013), soulignent que les incitations fiscales ne sont souvent pas le facteur déterminant des décisions d'investissement, les opérateurs accordants généralement plus d’importance à des éléments comme la stabilité politique, la taille du marché et l’accès aux infrastructures. Au Togo, la part importante des allégements de l'IS dans les dépenses fiscales (représentant 22,2 % en 2023) a coexisté avec des niveaux relativement faibles d'IDE sur la dernière décennie. Une grande part des IDE s’est concentrée dans les zones industrielles, suggérant que l’accès à l’infrastructure et 22 un environnement propice aux affaires ont probablement pesé davantage dans les décisions d’investissement. Avant 2019, le Togo s’appuyait principalement sur des incitations fondées sur les bénéfices, telles que des exonérations fiscales (conges fiscaux, taxe réduites). Cependant, le pays a depuis amorcé une transition vers un modèle favorisant les crédits d'impôt, qui sont des incitations fondées sur les coûts, jugées plus efficaces car elles influencent directement les dépenses engagées par les entreprises et peuvent mieux orienter leur comportement économique (Figure 35). 13. La part importante des abattements d'IS dans les dépenses fiscales reflète le nombre d'incitations à l'IS introduites avec le nouveau Code des impôts de 2019. Ce cadre juridique, aligné sur le Plan national de développement et vise à faire du le secteur privé un moteur essentiel de la croissance économique. Le Togo propose aux investisseurs deux régimes d’incitations : le Code des investissements et le régime des zones franches d'exportation (ZFE). Le premier, destiné aux unités industrielles orientées vers la CEDEAO, prévoit des mesures telles que la réduction du taux d’IS, la simplification des procédures fiscales via l’automatisation des paiements et la mise en place de plateformes numériques pour la déclaration de l’IS et de la TVA Toutefois, certains secteurs stratégiques tels que la banque, les services financiers et les télécommunications restent soumis à une accréditation préalable et à des réglementations spécifiques édictées de l'UEMOA. L'Agence de promotion des investissements et des zones franches (API-ZF) est chargée de promouvoir les investissements, d’évaluer l'éligibilité aux avantages prévus par le Code des investissements et de superviser les demandes spécifiques aux zones franches. Il est crucial que le Togo trouve un équilibre entre l’attractivité de ces incitations et la soutenabilité de sa politique fiscale durable. La rationalisation et l’optimisation des incitations liées à l’IS devront s’appuyer sur une évaluation régulière coûts-avantages, afin de garantir qu’elles soutiennent réellement le développement économique sans éroder durablement les recettes publiques. Par ailleurs, les exonérations de TVA et de droits de douane représentent également une source importante perte de recettes fiscales, sans que leurs bénéfices socio-économiques soient toujours clairement démontrés. En 2023, la TVA et les droits de douane ont représenté respectivement à 42 % et 17 % du total des dépenses fiscales. Le succès des efforts de mobilisation des recettes du Togo dépendra ainsi non seulement de l'élargissement de l’assiette fiscale, mais également d'une meilleure gestion des exonérations fiscales, en particulier celle liées à la TVA et aux droits de douane. 14. Des stratégies fiscales ciblées sont essentielles pour intégrer le secteur informel dans l'économie formelle et élargir l'assiette fiscale. Au cours de la dernière décennie, le secteur informel a représenté en moyenne à 33,4 % du PIB, ce qui explique en partie l'étroitesse de l'assiette fiscale actuelle. Ce secteur regroupe une multitude de micro et petites entreprises actives dans des domaines variés telles que les petites de production manufacturière, l'artisanat, le commerce et les services. L'expérience d’autres pays africains montre qu’une intégration progressive de l’économie informelle au système fiscal est possible grâce à des approches ciblées et adaptées (le régime fiscal présomptif au Ghana et au Kenya, le système de gestion par blocs (BMS) pour améliorer la conformité fiscale des PME en Tanzanie, la campagne d'enregistrement fiscal basée sur l'approche BMS en Sierra Leone). Au Togo, la taxe professionnelle unique (TPU) illustre cette transition vers des stratégies plus nuancées. Elle fonctionne selon deux régimes distincts. Un régime forfaitaire pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à 30 millions de francs CFA, et un régime déclaratif pour celles dont le chiffre d'affaires est compris entre 30 et 60 millions de francs CFA. Le paiement de la TPU exonère les entreprises concernées de l'impôt sur le revenu, de la TVA et de la taxe sur les licences. La TPU forfaitaire est déterminée par l’activité exercée, tandis que le taux applicable dans le régime déclaratif varie de 2 à 8 % du chiffre d'affaires. Par ailleurs, des mesures incitatives comme les exonérations temporaires de deux ans et des déductions allant de 30 % à 50 % pour les entreprises situées en dehors de Lomé ont été introduites. Ces éléments montrent une évolution 23 notable : le Togo est passé d’une approche généraliste à des stratégies ciblées, plus efficaces sur le plan fiscal et plus équitables sur le plan économique. 15. Les solutions numériques jouent un rôle crucial dans le renforcement de la mobilisation des recettes. L'utilisation des technologies numériques, telles que l'enregistrement électronique des entreprises et les systèmes de paiement numérique des impôts, peut faciliter l'intégration du secteur informel dans l'économie formelle en simplifiant les procédures administratives et en rendant la conformité fiscale plus accessible. Une approche holistique de la lutte contre l'informalité implique également une meilleure compréhension de ses multiples dimensions, incluant son impact sur la mobilisation des recettes, le bien-être des individus et l'environnement des affaires. Par exemple, la numérisation complète des titres fonciers pourrait non seulement sécuriser les droits de propriété, mais aussi faciliter la taxation foncière, élargissant ainsi l'assiette fiscale et augmentant les recettes publiques. 16. De même, l'amélioration de l'efficacité, de l'équité et de la transparence de la collecte de l'impôt foncier est essentielle pour soutenir les finances locales et améliorer la prestation des services publics. Au Togo, la collecte de l’impôt foncier est historiquement freinée par une administration faible, une couverture cadastrale limitée et un taux de conformité réduit. Des réformes récentes, notamment la révision du cadre juridique, la numérisation de la cartographie foncière et l'enregistrement des contribuables et la décentralisation de la gestion fiscale vers les collectivités locales, ont montré des résultats positifs, en particulier dans les centres urbains comme Lomé. Ces mesures ont permis une augmentation des recettes et un renforcement de la responsabilité locale, notamment grâce à la formation du personnel municipal et aux campagnes de sensibilisation. Toutefois, des défis persistent, tels qu'une couverture cadastrale incomplète, l’imprécision des évaluations foncières et une résistance à l'impôt due à la méfiance du public. Pour y faire face, il est nécessaire d’accélérer la modernisation des systèmes cadastraux, d’investir dans l'infrastructure numérique et de renforcer les efforts d’éducation fiscale. Le renforcement des capacités techniques des collectivités locales, associé à une gestion transparente des recettes et à des réformes urbaines et foncières est indispensable pour faire de l’impôt foncier une source durable, équitable et efficace de financement du développement local. 17. L'écologisation de la structure fiscale du Togo pourrait contribuer à stimuler la mobilisation des recettes tout en soutenant les efforts d'adaptation au changement climatique et d'atténuation de ses effets. Actuellement, plusieurs écotaxes sont perçues par l'OTR, mais leur utilisation effective pour financer des actions climatiques reste incertaine. Par ailleurs, les dépenses fiscales, qui représentent actuellement 17,6 % des recettes totales, contribuent à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et à la dégradation de l'environnement. Le Togo a mis en place un fonds national pour l'environnement (FNE) destiné à gérer les ressources issues des écotaxes, des redevances écologiques et des mécanismes carbone bien que ces fonds ne soient pas encore opérationnels. Dans ce contexte, les instruments fiscaux peuvent servir à la fois de leviers financiers et d’incitations pour les activités de décarbonisation et d'adaptation au climat. Une stratégie intégrée de financement du climat élaborée en coordination avec les ministères des finances et de la planification, et s’appuyant sur le cadre développé avec le soutien de l'Institut mondial pour la croissance verte (GGGI) en 2022, permettrait de maximiser l’impact de ces instruments et de mieux aligner la politique fiscale sur les objectifs environnementaux du pays. 24 Figure 36 - La taxation du carbone pourrait générer des gains Figure 37 - ...et réduire l'intensité des émissions même avec de revenus significatifs des niveaux de taxation modestes Recettes fiscales d'ici 2035 selon différents scénarios de Variation de l'intensité des émissions de GES d'ici 2050 taxe carbone selon différents scénarios d'adaptation et d'atténuation Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale Note : Les simulations du modèle EGC reposant sur les Note : STR correspond au scénario de transformation données de l’enquête MCS 2019, l’année de référence structurelle et ADP au scénario d'adaptation. retenue est 2019. 18. Une taxe carbone soigneusement conçue pourrait constituer une source importante de financement pour les efforts d'adaptation et d'atténuation au Togo. En particulier, l'introduction progressive d'une taxe de 7,5 USD par tonne de CO2 dans des secteurs fortement émetteurs, pour lesquels il existe des alternatives à faible intensité carbone, comme l'énergie, les transports, l'industrie et l'agriculture, pourrait générer en moyenne l’équivalent de 1 % du PIB par an d'ici 2035 ( Figure 36) et permettre une réduction des émissions de 9,9 millions de tonnes de CO2 équivalent d'ici 2050, ce qui abaisserait l'intensité des émissions de l'activité économique de 6 % ( Figure 37). Dans le secteur de l'électricité la disponibilité d'alternatives solaires rentables pourrait entraîner une baisse des émissions de 9 % à l’horizon 2050. Dans d'autres secteurs, l'efficacité d’une telle mesure dépendrait de la possibilité de développer à grande échelle des technologies de substitution à faible émission, ce qui pourrait prendre du temps, notamment dans l'agriculture, des transports ou de l'industrie. Les simulations suggèrent toutefois que c'est dans les secteurs industriel et de l'agricole que le potentiel de réduction des émissions est le plus élevé. Des niveaux de taxation plus ambitieux et mieux ciblés pourraient réduire l’intensité des émissions jusqu'à 27 %. Par ailleurs, un système de redevances et de remises pourrait renforcer les incitations en subventionnant les activités sobres en carbone, tout en en pénalisant les plus polluantes. L'expérience internationale montre qu'il est essentiel d'annoncer ces mesures suffisamment tôt avant leur mise en œuvre, afin d’éviter le verrouillage dans des technologies intensives en carbone et de stimuler l’innovation vers des solutions plus propres, réduisant ainsi le coût global de la transition. 2.4. PRINCIPALES OPTIONS POLITIQUES 19. Le Togo devrait continuer d’accorder une priorité stratégique à la mobilisation des recettes fiscales afin de créer un espace budgétaire, renforcer la viabilité de la dette et soutenir une croissance économique durable. Bien que des progrès notables aient été réalisés ces dernières années grâce à des réformes des politiques et 25 d'administration fiscales, des marges d'amélioration subsistent. La poursuite de la mise en œuvre d'une stratégie de mobilisation des recettes bien structurée, combinant mesures de politique fiscale et d'administration des recettes, sera cruciale pour assurer un assainissement budgétaire équilibré. Cette stratégie pourrait inclure l'élargissement de l'assiette fiscale, la rationalisation des dépenses fiscales et le renforcement des capacités institutionnelles de l'administration fiscale. Elle devra s’inscrire dans une approche budgétaire globale intégrant les politiques de dépenses cohérentes. Pour maximiser les chances de réussite, cette stratégie devra être clairement communiquée au public, accompagnée de mesures ciblées pour protéger les populations les plus vulnérables face à la hausse du coût de la vie, et soutenue par des initiatives visant à renforcer la transparence, la redevabilité et la bonne la gouvernance. P Options politiques Horizon temporel 1. Évaluer rigoureusement et régulièrement les coûts et bénéfices des incitations fiscales, notamment celles liées à l’impôt sur le revenu des sociétés Court terme et de droits de douane. 2. Supprimer les exonérations régressives de TVA et automatiser l'évaluation des risques pour le traitement des demandes de remboursement de crédit de Court terme TVA 3. Verdir la structure fiscale du Togo en introduisant des écotaxes, des Moyen terme mécanismes de marchés du carbone. 4. Renforcer la capacité institutionnelle de l'OTR par la formation continue et l'adoption d'une approche centrée sur le client afin d'améliorer l'efficacité de Moyen terme l'administration fiscale. 5. Intensifier les efforts pour améliorer la transparence fiscale et la gouvernance afin de rassurer le public dans l’utilisation des recettes publiques, notamment Moyen terme par le renforcement du système de gestion des finances publiques. 6. Améliorer le système de déclaration fiscale électronique afin d’y intégrer Moyen terme davantage d'entreprises du secteur informel, en particulier les PME. 7. Promouvoir le paiement des taxes via la téléphonie mobile afin de faciliter la Court terme conformité et d'élargir l'assiette fiscale. 8. Renforcer les audits des crédits de TVA afin de réduire les fraudes et Moyen terme d’améliorer la gestion des remboursements 9. Développer la fiscalité foncière en achevant la numérisation des titres de propriété et en étendant la couverture du cadastre fiscal à l'ensemble du Moyen terme territoire national. 10. Accélérer la modernisation des systèmes cadastraux, la planification urbaine et les réformes de la gestion foncière, tout en investissant dans Moyen terme l'infrastructure numérique pour la collecte de l'impôt foncier. 26 3. GESTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS 20. Le renforcement de la gestion des investissements publics peut significativement améliorer la qualité des infrastructures et des services publics. Des gains d'efficacité notables pourraient être obtenus en améliorant la sélectivité, la planification et l'exécution des projets d'investissement public, tout en mobilisant les capitaux du secteur privé par le biais de partenariats public-privé (PPP) transparents et de réformes réglementaires. Ces efforts conjugués permettraient de combler les déficits d’infrastructures, à réduire les pressions sur les finances publiques et de stimuler l'innovation. 3.1. RENFORCER L'EFFICACITÉ DES INVESTISSEMENTS PUBLICS 21. Les mesures d’efficacité des investissements publics indiquent que le Togo pourrait améliorer de manière significative la qualité des services publics4 en optimisant l’utilisation des ressources existantes. L'efficacité de l'investissement public est considérée ici comme le rapport entre le niveau d’investissement public et la qualité des infrastructures, mesurée par la distance à une frontière d’efficience estimée. L'analyse5 montre que le Togo a un score d'efficacité de 0,32 fondé sur un indice composite regroupant l'accès à l'électricité rurale, l'accès aux routes rurales, l'accès à l'internet et l'accès au transport maritime. Ce score suggère que le Togo pourrait potentiellement améliorer la qualité de ses infrastructures jusqu'à 68 % sans augmenter le stock de capital public par habitant, s'il atteignait l'efficacité allocative de Singapour, le pays le plus performant parmi les 153 étudiés (Figure 38). Comparé à des pays plus proches en termes de développement, le Togo pourrait améliorer la qualité de ses infrastructures de 14 % en atteignant le niveau de la Côte d'Ivoire, de 27 % avec celui du Vietnam, et de 37 % avec celui du Bangladesh (figure 39). Des analyses de robustesse utilisant d'autres indicateurs confirment largement ces résultats6. 4 La mesure de l'efficacité de l'investissement est calculée en utilisant les valeurs moyennes des données 2015-2019 sur l'investissement et le stock de capital comme données d'entrée, et la valeur la plus récente des mesures de connectivité des infrastructures comme données de sortie. 5 L'analyse non paramétrique de l'enveloppement des données (DEA) a été choisie pour estimer les scores d'efficacité car elle impose moins de restrictions fonctionnelles et permet de prendre en compte plusieurs variables d'entrée et de sortie. L'absence d'hypothèses sur les distributions statistiques signifie qu'il n'y a pas d'estimations ou de tests de signification pour les scores d'efficacité et qu'il peut en résulter une sensibilité à la spécification des entrées et des sorties 6 Parmi les mesures alternatives, on peut citer le score d'accès aux infrastructures et aux marchés de l'indice de prospérité Legatum (2023), la qualité des infrastructures dans l'indice mondial de l'innovation (2023) et la qualité des infrastructures liées au commerce et au transport (par exemple, les ports, les routes, les chemins de fer et les technologies de l'information) dans l'indice mondial de performance logistique (2023). Il s'agit d'indicateurs basés sur des enquêtes, alors que l'indicateur principal utilisé dans cette analyse mesure l'accès réel aux infrastructures, en mettant l'accent sur les zones rurales. 27 Figure 38 - L'accès aux infrastructures au Togo pourrait être Figure 39 - D'autres indicateurs de la qualité des renforcé sans nécessairement augmenter le stock de capital infrastructures indiquent l’existence d’une marge public d’amélioration de l’efficacité des investissements Accès aux infrastructures et stock de capital public, 2021 Scores d'efficacité des investissements publics, 2021 Togo Ghana Maroc Vietnam Indice d'accès aux infrastructures SGP Côte d'Ivoire Bénin Bangladesh Sénégal 100 0.8 90 Score d'efficacité des investissements 0.7 80 0.6 70 0.5 60 0.4 50 0.3 40 0.2 30 0.1 20 0.0 TGO 10 Indice de Indice de Indice de Indice Stock de capital public par personne connectivité performance prospérité mondial de 0 1 2 3 4 5 moyen logistique Legatum l'innovation Source : Banque mondiale Source : Banque mondiale Note : Ce graphique représente le stock de capital public par personne Note : Ce score d'efficacité de l'investissement permet d'évaluer la sur l'axe horizontal et la production d'investissement réalisée sur l'axe manière dont un investissement utilise les ressources pour générer vertical. La courbe de la frontière efficiente montre quels sont les pays des rendements. Une valeur plus élevée indique une meilleure qui présentent la meilleure combinaison des deux facteurs. Les pays efficacité de l'allocation des ressources. L'indice de connectivité situés en dessous de la frontière efficiente sont moins efficients car ils moyenne est la moyenne simple des taux d'accès à l'électricité rurale (2021), d'accès aux routes rurales (2020), d'accès à l'internet offrent une production plus faible pour le même niveau d'intrants. (2021) et d'accès au transport maritime (2023). 22. Les réformes de la gestion des investissements publics pourraient être associées à des gains d'efficacité notables. Comme le montrent les estimations issues des régressions portant sur 34 pays d'Afrique subsaharienne7 une relation positive et significative8 existe entre les scores PIMA et l'efficacité des investissements publics, suggérant que des réformes ciblées peuvent significativement améliorer la qualité des infrastructures sans nécessiter une augmentation des allocations budgétaires. Pour le Togo, une amélioration du score PIMA au niveau des meilleurs pays de la région (Botswana, Gambie et Côte d'Ivoire) pourrait se traduire par un gain de 14 et 23 % de la qualité des infrastructures (Figure 40). Ces résultats soulignent l'importance des institutions et de la gouvernance du secteur public qui renforce l’efficacité de la planification, de l’exécution et du suivi des projets d’investissement. 7 L'analyse utilise les scores PIMA 2016 du Togo (dernières données officielles) et pourrait donc surestimer les gains des réformes étant donné les progrès réalisés depuis lors. Une évaluation PIMA actualisée prévue pour 2023 est toujours attendue. 8 La régression MCO spécifiée ne met en évidence qu'une corrélation entre l'efficacité publique et les institutions régissant les systèmes de gestion des investissements publics, et non une causalité. 28 Figure 40 - Si le Togo pouvait améliorer son score PIMA pour atteindre les meilleures performances de la région, les gains en matière d’efficacité des investissements publics pourraient être significatifs. Gains d'efficacité estimés en faisant correspondre les scores PIMA à une sélection de pays d'Afrique subsaharienne Score d'efficacité 0.6 Score d'efficacité après les réformes PIMA Score d'efficacité actuel 0.5 0.4 0.3 Gambie Burkina Faso Zambie Maurice Côte d'Ivoire Bénin Ghana Kenya Sierra Leone Cameroun Sénégal Botswana Mali Nigéria Source : Banque mondiale Note : Basé sur les scores officiels PIMA les plus récents, qui, dans le cas du Togo, datent de 2016. 23. Les réformes prioritaires pourraient contribuer à améliorer l'efficacité de l'allocation des ressources, à renforcer la mise en œuvre et le suivi des projets, ainsi qu’à garantir des investissements publics résilients face au changement climatique. Sur le plan juridique, le Togo pourrait mettre en place un cadre réglementaire et institutionnel clair et efficace clarifiant les responsabilités des différents acteurs et leurs interactions, ainsi que les procédures et normes à appliquer tout au long du cycle de gestion des investissements. Sur le plan opérationnel, le manuel de procédures pour la sélection, la hiérarchisation et la programmation des projets d'investissement public pourrait être renforcé, afin d'assurer une plus grande cohérence entre de la planification nationale et le cadre budgétaire à moyen terme de même que des objectifs de la stratégie climatique. Cela implique d'aligner les investissements sur les objectifs stratégiques, d'intégrer les coûts récurrents dans la budgétisation, d’exécuter les projets dans les délais et les limites du budget, de systématiser la production et la publication d'études de faisabilité, de mieux coordonner les plans de passation de marchés, d'engagement et de trésorerie, de publier des rapports périodiques sur la mise en œuvre des projets. Par ailleurs, l’amélioration de la qualité de la comptabilité des actifs publics et le développement de règles et procédures permettant une évaluation systématique des dimensions d’adaptation et d’atténuation climatiques dès la phase de planification constituent des leviers essentiels pour garantir la durabilité des investissements. 24. L'intégration de la dimension spatiale dans la phase de planification des investissements publics est essentielle pour garantir une répartition équilibrée et efficiente des ressources et des infrastructures sur l'ensemble du territoire. Bien que le manuel de procédures de 2019 relatif à la sélection, la priorisation et la programmation des projets d'investissements publics au Togo souligne l'importance de considérer les spécificités géographiques et les besoins régionaux lors de l'évaluation et de la priorisation des projets, il n'existe pas de règles encadrant l'intégration de la dimension spatiale dans la phase de planification des investissements. Or, les bonnes pratiques 29 internationales recommandent que les stratégies nationales et sectorielles soient guidées par une vision claire et des plans sectoriels qui tiennent compte des disparités régionales et des besoins locaux en infrastructures. En outre, ces stratégies devraient reposer sur des analyses ex ante rigoureuses, intégrant des critères géographiques permettant d’évaluer l’impact spatial des projets dès la phase de sélection pré-budgétaire. 25. La gestion des investissements publics gagnerait à intégrer de manière plus explicite des risques climatiques et de la résilience. En effet, les investissements dans des infrastructures plus résilientes génèrent des bénéfices qui peuvent largement excéder le coût initial. Pour chaque dollar investi dans des infrastructures résilientes, on estime que le bénéfice net peut atteindre $ 4 à long terme. Le coût différentiel de la construction de ces infrastructures est généralement faible. En tenant mieux en compte les risques climatiques lors de l'évaluation des projets, en particulier pour les projets autofinancés, de la sélection, de la planification, de la conception et de la mise en œuvre, les investissements publics pourraient mieux contribuer aux objectifs d'adaptation et d'atténuation du climat du Togo. Les priorités clés comprennent une meilleure intégration des considérations climatiques dans les plans de développement nationaux et sectoriels, notamment dès l’évaluation préalable, afin d'aligner les efforts sur les objectifs climatiques du gouvernement. Il est également crucial de développer la capacité d'évaluer les risques climatiques pesant sur les infrastructures, ainsi que de mettre en place des systèmes de suivi pour mesurer l'impact du changement climatique sur leurs investissements ajuster les actions en conséquence. Un système d'évaluation de la résilience (RRS) pourrait être mis en place pour aider au financement des projets et aux décisions de mise en œuvre, et pour donner de la visibilité à l'utilisation des données sur les aléas et le changement climatique pour les opérations d'infrastructure, les mises à jour des codes de construction ou les réglementations du secteur de l'infrastructure. 3.2. STIMULER L’INVESTISSEMENT PRIVÉ 26. Le renforcement de la qualité des services publics dans un contexte budgétaire contraint nécessite la mobilisation accrue des investissements du secteur privé. L'implication du secteur privé dans le développement des infrastructures est essentielle pour combler le déficit d'investissement, alléger la pression sur les finances publiques, améliorer la gestion des risques et stimuler l'efficacité et l'innovation dans l'exécution des projets, ce qui conduira in fine à une meilleure fourniture de services d'infrastructure. En outre, la participation active du secteur privé favoriserait l'innovation et stimulerait la concurrence et améliorerait les avantages pour les usagers finaux. Cependant, l'exploitation de ce potentiel dépend largement de l'efficacité de l'allocation des ressources ainsi que de considérations plus larges sur la gouvernance et le climat des affaires (Cavallo et Daude 2011 ; Matvejevs et Tkacevs 2022 ; Chinzara, Dessus, et Dreyhaupt 2023). Selon une analyse de seuil de la relation entre l'investissement public et privé, les effets d'éviction ont tendance à être plus importants lorsque les investissements publics initiaux sont faibles, les niveaux de dette et de déficit publics sont modérés, la part des financements concessionnels est plus importante, la structure fiscale et le contrôle de la corruption sont efficaces. Au Togo, plusieurs de ces facteurs semblent dissuader l'investissement privé dans la conjoncture actuelle, en particulier le niveau de la dette publique, le recours insuffisant aux financements concessionnels, la structure fiscale et le contrôle de la corruption, ce qui souligne le besoin le potentiel de réformes favorables à la croissance dans ces domaines (figure 41). 30 Figure 41 - Limiter la dette publique, augmenter la part des financements concessionnels, réformer la fiscalité et améliorer la gouvernance publique pourrait permettre de stimuler l’investissement privé Écart par rapport aux valeurs seuils estimées pour le « crowding-in » des investissements privés au Togo 2 0 -2 -4 -6 -8 -10 -12 -14 -16 -18 Investissements Efficacité Dette publique Dette Solde budgétaire Réforme fiscale Corruption Gouvernement publics concessionnelle efficacité de la dette Source : Banque mondiale Note : L'écart est calculé comme la différence entre la moyenne pour le Togo et le seuil estimé. Les barres vertes indiquent que le Togo se trouve dans la zone de crowding-in, tandis que les barres rouges indiquent un effet de crowding-out ou que l'investissement public n'a pas d'effet statistiquement significatif sur l'investissement privé. 27. D'autres réformes sont nécessaires pour mieux valoriser les investissements du secteur privé, notamment en assurant une préparation plus transparente et plus efficace des projets de PPP. Cela implique notamment de revoir l'organisation des responsabilités au sein du gouvernement et des agences en ce qui concerne la conduite des PPP, de simplifier les processus de passation des marchés publics afin de garantir des appels d'offres plus compétitifs, ainsi que de renforcer les organismes de réglementation afin de garantir une concurrence loyale. Selon les estimations, quatre années d'amélioration continues des réformes du cadre réglementaire permettraient de générer 0,8 % de PIB rapport à une situation sans réforme (Chinzara, Dessus et Dreyhaupt 2023). Par ailleurs, l'évaluation du Public Expenditure and Financial Accountability (PEFA) 2023 a souligné que, bien que des progrès aient été réalisés dans l'amélioration de la transparence des marchés publics, plusieurs défis subsistent, en particulier la nécessité de diffuser plus largement l'information auprès du public, afin de garantir une transparence optimale et de prévenir les pratiques frauduleuses. Ainsi, renforcer la transparence, clarifier la répartition des responsabilités, rationaliser les processus d’appels d’offres et consolider la régulation restent des priorités essentielles pour maximiser l’impact des investissements privés. 3.3. PRINCIPALES OPTIONS POLITIQUES 28. Les réformes de la gestion des investissements publics devraient contribuer à renforcer l'efficacité de l'allocation des ressources, la mise en œuvre et le suivi des projets, tout en garantissant leur résilience face au changement climatique. Sur le plan juridique, le Togo pourrait se doter d'un cadre réglementaire et institutionnel clarifiant les responsabilités des différents acteurs et leurs interactions, ainsi que les procédures et normes à 31 appliquer tout au long du cycle de gestion des investissements. Sur le plan opérationnel, le manuel de procédures pour la sélection, la priorisation et la programmation des projets d'investissement public pourrait être renforcé pour améliorer la préparation et la programmation des projets d'investissement public, en assurant une plus grande cohérence avec la planification nationale et le cadre budgétaire à moyen terme, ainsi qu'avec les objectifs de la stratégie climatique. Cela suppose notamment les investissements sur les objectifs stratégiques, d'intégrer les coûts récurrents dans la budgétisation, de mettre en œuvre les projets dans les délais et dans les limites du budget, de systématiser la production et la publication d'études de faisabilité, de mieux coordonner les plans de passation de marchés, d'engagement et de trésorerie, de publier des rapports périodiques sur la mise en œuvre des projets, d'améliorer la qualité de la comptabilité des actifs publics, ainsi que de développer des règles et des procédures pour permettre une évaluation systématique des dimensions d'adaptation et d'atténuation du climat dans la planification des projets. Options politiques Horizon temporel Améliorer les procédures opérationnelles 1. Renforcer le manuel de procédures pour la sélection, la hiérarchisation, la Moyen terme programmation et l'évaluation des projets d'investissement public 2. Revoir l'organisation des responsabilités au sein du Gouvernement et des Court terme agences concernant la conduite des partenariats public-privé (PPP). 3. Simplifier les procédures de passation des marchés publics afin d'assurer une Court terme plus grande compétitivité des offres 4. Inclure systématiquement les coûts d'entretien et de maintenance dans la Court terme budgétisation des investissements Améliorer la mise en œuvre et le suivi des projets 5. Mettre en œuvre des mesures garantissant que les projets sont achevés dans Court terme les délais impartis et dans le respect du budget. 6. Intégrer les coûts récurrents dans la budgétisation, systématiser la production et la publication d'études de faisabilité et mieux coordonner les plans Court terme d'approvisionnement, d'engagement et de trésorerie. 7. Mettre pleinement en œuvre le mécanisme de report de crédit afin d'assurer Court terme la continuité du financement des investissements. Élaborer des stratégies d'investissement adaptées au climat 8. Établir des règles et des procédures pour évaluer systématiquement les dimensions de l'adaptation au climat et de l'atténuation de ses effets dans le Moyen terme cadre de la planification des projets 9. Formaliser le cadre de la gestion des projets d’investissement en intégrant les Moyen terme enjeux climatiques, accompagnée de la publication d'une évaluation révisée 32 dudit cadre de gestion des projets d’investissement (PI) 10. Lancer une déclaration de risque budgétaire incluant une évaluation quantitative et qualitative des risques climatiques pesant sur les Moyen terme infrastructures publiques 33 RÉFÉRENCES Abadie, A., A. Diamond, & J. Hainmueller. (2015). Comparative Politics and the Synthetic Control Method. American Journal of Political Science 59 (2), 495–510. Adam, S., & Miller, H. (2021). The economic arguments for and against a wealth tax. Fiscal Studies, 42(3-4), 457- 483. Bayale, N., Tchagnao, A. F., Nagou, M., & Tchila, P. (2023). Beneficial impact of tax reforms on tax revenue performances in Togo: Myth or reality?. Bulletin of Economic Research, 75(4), 1323-1343. Bayale, N., & Yao, J. P. A. (2024). Analyse de la diversification des recettes fiscales en Afrique. Africa Development/Afrique et Développement, 49(1), 19-44. Cadot, O., Carrère, C., & Strauss-Kahn, V. (2011). Export diversification: What's behind the hump? Review of Economics and Statistics, 93(2), 590–605. Cavallo, Eduardo, and Christian Daude. (2011). Public Investment in Developing Countries: A Blessing or a Curse? Journal of Comparative Economics 39 (1): 65–81. Chinzara, Zivanemoyo, Sebastien Dessus, and Stephan Dreyhaupt. (2023). How Institutional Reforms Can Attract More Private Investment. INFRASTRUCTURE IN AFRICA. Combes, J. L., Minea, A., & Sawadogo, P. N. (2021). Do Illicit Financial Flows Hurt Tax Revenues. Evidence from the Developing World. World Bank. 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Togo - Principaux indicateurs macroéconomiques 2021 2022 2023 2024e 2025f 2026f 2027f Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire Comptes nationaux Croissance du PIB réel, aux prix constants 6.0 5.8 6.4 5.3 5.0 5.4 5.5 Consommation privée 12.0 4.7 4.3 5.4 5.4 5.0 4.8 Consommation des pouvoirs publics 0.2 7.2 6.3 5.7 1.4 6.8 6.0 Investissement fixe brut -0.4 11.3 12.0 4.4 5.1 6.4 8.0 Importations, biens et services 8.8 2.8 6.8 5.8 5.4 5.8 7.0 Exportations, biens et services 14.3 5.3 5.8 5.4 5.2 6.0 7.0 Contribution sectorielle à la croissance Agriculture (ppts) 0.8 1.1 0.9 0.9 1.0 1.0 1.1 Industrie (ppts) 1.3 1.4 1.5 0.9 0.9 1.3 1.5 Services (ppts) 3.3 3.4 4.0 3.5 3.1 3.1 2.9 Emploi et inflation Emploi (% de la pop. en âge de travailler) 56.4 57.0 57.0 56.7 56.7 56.7 56.8 Déflateur du PIB 2.5 4.2 2.7 2.7 3.0 2.7 2.4 Prix à la consommation (moyenne) 4.5 7.5 5.3 2.9 2.6 2.7 2.4 Sélection de comptes monétaires Monnaie au sens large (M2) 16.4 13.4 12.1 9.6 9.2 9.2 8.9 Taux d'intérêt directeur 2.0 2.0 5.2 5.6 4.3 3.8 3.4 Secteur extérieur Exportations fob 25.8 25.1 25.2 25.3 25.4 25.5 25.9 Importations fob 35.5 35.3 35.1 35.2 35.2 35.4 35.9 Balance des comptes courants -0.9 -3.0 -3.3 -3.2 -3.2 -3.1 -3.0 (pourcentage du PIB) Investissement direct étranger net 0.3 0.3 0.4 0.4 0.5 0.5 0.5 Termes de l'échange 1.4 -5.5 -1.6 0.1 0.9 0.6 0.5 Pourcentage du PIB, sauf indication contraire Dette Dette publique (extérieure et intérieure) 64.8 67.1 68.6 72.1 70.5 68.0 66.3 Dette extérieure 27.2 25.6 26.3 30.4 30.7 31.0 31.7 Comptes budgétaires Total des recettes et des subventions 17.1 17.8 18.2 19.0 19.2 18.8 19.0 Dépenses totales et prêts nets 21.8 26.0 24.8 25.4 22.7 21.8 21.9 Solde budgétaire global (dons compris) -4.7 -8.3 -6.6 -6.4 -3.5 -3.0 -3.0 Postes pour mémoire PIB par habitant (%) 3.5 3.3 4.0 2.9 2.6 3.0 3.1 PIB nominal (milliards, US$) 8.3 8.2 9.2 10.0 10.8 11.7 12.6 Population (millions) 8.9 9.1 9.3 9.5 9.7 10.0 10.2 Source : Banque mondiale xii Tableau A2. Togo - Comptes budgétaires et besoins de financement 2021 2022 2023 2024e 2025f 2026f 2027f Pourcentage du PIB Total des recettes et des subventions 17.1 17.8 18.2 19.0 19.2 18.8 19.0 Recettes fiscales 14.0 14.0 14.7 15.2 15.7 16.2 16.7 Impôts directs 3.6 3.8 4.0 4.3 4.6 4.8 5.0 Taxes sur les biens et services 4.2 3.7 4.0 4.2 4.4 4.6 4.8 Taxes sur le commerce international 6.2 6.5 6.8 6.7 6.7 6.8 6.9 Subventions 1.8 2.5 2.5 2.7 2.4 1.5 1.2 Dépenses 21.8 26.0 24.8 25.4 22.7 21.8 21.9 Dépenses courantes 13.6 16.2 14.6 15.6 14.5 14.1 14.1 Salaires et indemnités 5.4 5.1 5.0 5.3 5.3 5.4 5.3 Biens et services 2.9 3.5 3.4 3.1 3.2 3.1 3.1 Paiements d'intérêts 2.2 2.4 2.2 2.7 2.6 2.6 2.6 Transferts courants 3.1 5.2 3.8 3.2 3.5 3.4 3.2 Dépenses en capital 8.2 9.7 11.5 9.6 8.0 7.1 7.8 Solde global -4.7 -8.3 -6.6 -6.4 -3.5 -3.0 -3.0 Solde primaire -2.5 -5.8 -4.4 -4.7 -0.9 -0.4 -0.4 Financement public 4.7 8.3 6.6 5.7 4.1 3.9 3.8 Extérieur (net) 2.7 3.6 3.2 0.4 -0.5 -0.4 -0.2 Intérieur (net) 5.9 6.9 4.2 5.3 4.6 4.3 4.0 Source : Banque mondiale xiii